‹ Lettres d'aristocratesChapitre 31 sur 541 · Le futur Georges IV · texte numérisé non relu

Le futur Georges IV

i. Pierre- A mbroise-François Choderlos de Laclos, né en 1741, mort en 1803, secrétaire d«s commandements du doc d'Orléans.

7. Charles-Louis, marquis de Ducrest (1747-1824), chevalier delà maison d'Orléans, frèr» «Je M" de Gcnlis.

8. Georgina Spencer, femme de William Carendisb. 5* duc de Devonshire, née en 1757, ■wle en 18u6.

30 LE COMTE DE QtTELEN

Bruxelles, soupçonnée d'activer le feu de la révolte du Brabant^ Le fameux Linguet ^ est en prison dans la môme ville, s'il en faut ajouter foi aux bruits publics, et à la Gazette de Leyde.

On se confesse à Douai, témoin la fille d'un médecin qui, un soir, au pied du tribunal, entend un quidam dire à son camarade parlant du roy de France : « Allons Tenlever, ou nous aurons sa vie ! » Les cris qu'elle fait lui attirent un coup d'épée à l'épaule ; on veut redoubler ; elle saisit la lame qui lui coupe les doigts ; elle crie ; le secours lui vient trop tard pour arrôrerles quidams qui échappent. La demoiselle aperçoit à terre une bourse de cuir, dans laquelle se trouve un écrit en chiffre sur quatre pages. Le père, la fille, la bourse et l'écrit viennent d'arriver à Paris. Voilà la nouvelle co.urante ; mais il en paroît souvent qui se détruisent. Je tiens celle-ci d'un député qui peut être trompé, tout aussi bien qu'un autre qui ne l'est pas ^.

1. Les troubles duBrabant étaient suscités à la fois par les défenseurs des anciennes franchises contre les réformes do Joseph II, parles statistes oui tenaient pour les Etats contre le souverain, et par les Vonckisles, du nom de leur chef l'avocat François Vonck, dont les idées se rapprochaient de celles oui prévalaient en France. Au mois d'octobre 1789, ils avaient réussi à former en Ilollauae une petite armée de 3.500 hommes environ et comptaient sur l'appui de l'Angleterre. Le 23 ils passaient la frontière, et le 18 décembre entraient à Bruxelles (dorel, L Europe et la Béoolulion, t. II, p. 49 etsuiv.).

2. Le célèbre pamphlétaire, Simon-Nicolas-Henry Linguet (17361794), passa les premières années de la Révolution à Bruxelles et no revint à Paris qu'en 1791.

3. La lettre suivante adressée {lar un certain Dupont, adjudant de la première compagnie de la garde bourgeoise de Douai, à M. Rouen, notaire à Paris, rend compte avec plus de détails de celte affaire.

MoNsifcLR, vous entendiez sûrement parler de l'arrivée d'une héroïne de notre ville cbex vous. L'objet de son voyage est une histoire qui auroit pu faire fortune dans le xv* siècle. Malgré l'invraisemblance des faits, elle trouve des gens qui y cloutent foi, parce qu'elle est bien cousue. Observez, s'il vous plaît, que la demoiselle en question est la fille d'un docteur et professeur en médecine, qui jouit par ses deux places de 6 à 7.000 livres de revenu. Il tient un peu aux espèces. 11 a eu le talent de se faire donner un canonicat de 4.000 livret au moins, il v a deux ans, sans être obligé de remplir aucun devoir.

Voici l'histoire. La veille de la Toussaint. M"* Mêliez [Rosalie-Julie-Josèphe], c'est le nom en question, est sortie pour aller ù confesse à Saint-Pierre, sa paroisse. Après sa confession faite, elle est allée derrière le maitre-aulel pour faire sa pénitence, lorsqu'elle vil deux étrangers, habillés de noir, comploter pour attenter aux jours de notre bon Koy et de toute la famille royale. Ladite demoiselle a entendu toute leur conversation, chose tout k fait incroyable. Ces deux messieurs s'étant vus découverts sont sortis de cette église et sont venus dans la cour des Carmes déchaussés à l'effet de suivre celte môme conversation. M'>« Mêliez les a suivis loin comme de la place des Victoires jusqu'à l'hôtel des Bons- Enfants, où je logeois lorsque j'élois à Paris, autant que la mémoire peut me fournir. Voilà le grand de l'histoire. Ces mêmes messieurs s'étant vus découverts, se soûl jetés sur H"> Mêliez, lui ont allongé un coup d'épée, qu'elle a eu l'adresse de tenir. Le rnéme coup lui a égratigné la main et coupé le gant, eu se débattant. Ces messieurs ont laissé tomber trois lettres que M"" Mêliez a eu l'adresse et la présence d'esprit de jeter son mouchoir dessus. Elle cria au secours, que personne n'a entendu. Observez bien qu'il étoit entre 6 et 7 heures du soir. J'étois à souper a l'Hùtel de ville, ^iotre première compagnie étoit ce jour de garde. lorsque M. Mêliez est venu demander le commandant du poste, M. Hubert, à 10 heures et demie, notre capitaine, ancien sergent aux Gardes françaises, oui a fait mettre toutes les compagnies sur pied. On a fait convoquer le Comité à minuit, etaeux ex.près sont partis pour Paris de suite, mondil sieur Hubert et Fontaine. Depuis lors nous sommes harassés de fatigue. J'ai rempli raoi-niéme les fonctions de lieutenant do police dans cette même nuit. J'ai été visiter la rue et la cour des Cainres : j'ai arrêté deux aLbés qui avoieut

Nous avons du pain à discrétion et nous jouissons en dedans des murs de la plus grande liberté. Mais ne passez pas les barrières sans passeports ! J'y ai été attrapé l'autre jour, voulant aller au Bois de Boulogne. Une baïonnette, sortie d*un fumier trop puant pour le sonder, me fut présentée par Talguazil qui m'obligea de rentrer. D'un tour de timon je me retrouve à la grille, quand un suppôt des aides m'arrête encore et me demande ce que j'ai à déclarer... « Que je suis sans liberté. Estelle sur le tarif ? Faut-il payer ? — Non passez ! » Je rentre en ville sans pouvoir croire à la liberté de l'homme et à ses droits annoncés par la plus auguste assemblée de l'univers. Et voilà comme il faut endurer ce qu'on ne peut empêcher. Je bois, je mange et je dors tout ainsi qu'un pourceau dans son étable, qui n'a d'autre droit sur sa litière que moi dans ma chambre. Res miranda !

M. Thouret * vient d'être nommé président de l'Assemblée.

Trois coquins ont été surpris faisant de faux billets de la Caisse d'Escompte^. Un s'est tué d'un coup d'un couteau qu'on lui avoit envoyé en prison dans une poularde ; mais le misérable avoit appétit ; il a commencé par la manger pour aller en l'autre monde le ventre plein ^. Vous n'en aurez pas davantage pour cette fois.

k même MgnàleaaeDt «[ae M"* MeUez avoit dépeint. J'ose me flatter d'être bon patriote. Je crotrois manquer à moi-mônie si je ne tous instruisois de tout ceci... Mon capitaine sort à ce BMHDentde la maison et me dit que l'affaire va s'instruire au Chfttelet. J'ai l'bonDeor. etc.

Dupont.

(Arch. naL D XXIXB , 2, doss. 18). L'affaire n'eut pas de suite, sembic-l-il.

1. Jacqucs-Goillaume Thouret (1746-1794), député du Tiers aux Etats généraux pour la vifle et Ron«o, fut nommé président de l'Asscmolée le 12 novembre 1789 avec une majoniéâeôO voix sur l'archevêque d'Aix {Journal de DuquesTioy^ L II. p. 42).

t. Celte caisse avait été créée, en 1776, sur la requête d'un nommé Bernard, contenant • qoH déûroil fonder dans la capitale un établissement dont toutes les opérations tenmieot i faire baisser l'intérêt de l'argent, et qui présenteroH un moyen de sûreté et d'écoaoaie au public, en se chargeant de recevoir et tenir gratuitement en recette et en dépense hs fonds appartenant aux particuliers qui voudroient les y faire verser, qu'à cet effet il pnoit Sa Hkiesté de vouloir bien l'autoriser à former une compagnie d'actionnaires a8socl«'s «a eommandite sous la dénomination de Caisse d'Escompte ».

Les opéralious de la Caisse devaient consister : 1* à escompter les lettres de change et «atres effets commer^ables, à la volonté des administrateurs, à un taux d'intérêt qui ne dmii pas excéder 4 p. 100 ; 2* à faire le commerce des matières d'or et d'argent; S*» à se charger en recette et en dépense des deniers, caisses, et payements des particuliers sans KBvoir exiger d'eux aucune commission, rétribution et retenue (Bouchard, Syttème financier de Tancienne monarchie, 1891, in-8», 205 206).

3. Le sieur Marin, ancien procureur du Roi au Domaine, impliqué avec les sieurs Bcnj d'Autua de Champdoé, et Pierre Cannevas de Grandmaison oans une affaire de con- ^efftçon des billets de la Caisse d'Escompte, avait été arrêté le 7 novembre. 11 se tua bien eoaiaie le dit Quélen (S. Lacroix, op. cit.., t. II. p, 676). Des deux nutros inculpés écroués M Cbitelet, run Champclos s'évada le 29 mai 1790, mais fut repris le 24 juin à Montmartre [MofUteur, da 26 juin 1790 et S. Lacroix, V, p. 601).

LE COMTE DE QUEtEN

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