‹ Lettres d'aristocratesChapitre 32 sur 541 · Dît même au même · texte numérisé non relu

Dît même au même

{[bid., n« 75.)

Paris, 16 décembre 1789.

Parmi la multitude de libelles qui paroissent contre rAssemblée et les membres qui la composent, celui intitulé Adresse aux provinces, ayant pour épigraphe : «Ils n'ont rien respecté, et ils veulent qu'on les respecte ! » est le plus infâme de tous*. Si les habitans des provinces pouvoient croire une partie de ce qu'on y lit, elles rappelleroient leurs députés. Mais il n'est pas possible que ce soit des vérités, comme il y a des gens qui osent l'affirmer.

Voici deux événemens arrivés l'un à Toulon, l'autre à Senlis. La municipalité de Toulon a mis au cachot M. d'Albert de Rions, commandant de la Marine ', pour avoir chassé du port deux maîtres d'équipage, mauvais sujets. Ils ont attroupé le peuple. D'Albert a invoqué la loi martiale. Il a été refusé. MM. de Gastellet, chef d*escadre ', un capitaine * et Bonneval, major de la Marine*, ont été enveloppés dans la querelle, conduits au cachot. Ce dernier, blessé de deux coups de sabre, a demandé à être mené chez lui, et au contraire on Ta traîné à rhôpital. Sa femme a demandé à le voir ; la permission ne lui a été accordée que pour un moment et en présence d'un détachement de la milice. On disoit hier que 300 hommes de cette valeureuse milice conduisoit à Paris M. d'Albert. L'Assemblée nationale a décrété Télargissemcnt provisoire des prisonniers et a ajourné Taffaire jusqu'à un plus amplement informé des faits ; peut-être pour n'en plus parler du tout*.

Le crime à Senlis est atroce. Le 13 de ce mois, la milice nationale marchoit en armes à la paroisse pour la bénédiction

1. Adresse aux provinces ou examen des opérations de VÂJSSsmblie nationate^ 1789. in-8*. Attribuée à i abbé de Houtesquiou-Fezensac.

2. François-Hector, comte d'Albert de Rions (1728-3 octobre 1802), commandant de la marine du port de Toulon en 1783, contre-amiral en 1792, mis à la retraite le 2 jatUet

3. Jean-Baptiste de Monier, marquis de Gastellet, chef d'escadre, mort en 1811.

4. Jean-François-Alphouse-Gabriol, chevalier do Villages, capitaine de vaisseau, né le Sarril 1742. mort à Port-au-Prince, le 1» mars 179i.

5. M. Roux ou RulTo de Bonneval, maior général de la marine à Toulon depuis le 17 juillet 1784. 11 fut dans l'émeute du 1*' décembre blessé de coups de sabre à la tète et à la main.

C. Dans la séance du 8 décembre 1789 {Journal de Duquesnoy, t. Il, p. 144-145).

A M. LE PRésiOBNT DB SAIMT-LUG 3l

de ses drapeaux. Un malheureux nommé Billou, voulant se venger du refus à lui fait d'être du nombre des miliciens, s'est retranché chez lui, et de sa fenêtre a tué un officier et trois soldats. On s'est jeté sur la maison, la porte a été enfoncée; on s'est aperçu que le feu étoità la maison, on a crié aux pompiers. Au même moment, le feu mis à un baril de poudre l'a fait sauter. Billon a été la première victime, mais les débris ont écrasé 40 personnes et blessé 20 autres *. Voilà un cruel raffinement de vengeance. Ah ! quel siècle, mon cher ami ! Nous avons trop vécu, puisque nous sommes les témoins des horreurs commises dans notre patrie.

Vous êtes trop loin du lieu où se commettent les crimes pour savoir la vérité. Ce que je vous en dirois vous représenteroit mal ce qui se passe. Mais on a pris bien des précautions pour qu'elle ne parvienne pas dans les provinces.

Trente et un témoins ont été entendus dans le procès de M. de Besenval», et pas un à sa charge. Cette instruction est une comédie donnée au public pour le distraire d'un objet autrement important, mais que par des raisons secrètes on ne veut pas pénétrer. Cependant, il y a des gens bien coupables ; car le peuple ne se seroit pas porté à aller assassiner les gardes du Roy, à faire fuir la Reine en chemise de son appartement, après avoir égorgé le garde du corps en faction, s'il n'avoit été poussé par quelques méchans. Quel supplice ne méritent pas ceux qui ont osé attenter aux jours de notre souveraine ! On ne respecte pas l'oint du Seigneur. Dans quel état est ce Roy de France reclus aux Tuileries dont il ne dépasse pas les murs du jardin I D'ailleurs l'anarchie est partout à son comble. Et voilà ce qu'on appelle une régénération !

Le clergé de la paroisse de Saint-Étienne-du-Mont fait une procession depuis huit jours en réparation de la profanation commise contre le Saint-Sacrement, dont un voleur a enlevé le saint ciboire et répandu les hosties sur l'autel ^.

Je ne sais ce qu'aura fait la chambre des vacations [du par-

1. Voir sur celte affaire de Louis-Michel Billon. qui parall n'avoir été d'ailleurs qu'une Tengeuice personnelle, le Moniteur des 18 et 22 décemore 1789; — Bûchez et Roui, Histoire parUmentaire, t. IV. p. il.

2. Pierre- Victor, baron de Besenval de Bronstalt, lieutenant-colonel des Gardes suisses, avait depuis 1781 le commandement des provinces de l'intérieur, c'est-à-dire de rile-de-Prance, Soisaonnais. Berrj, Bourbonnais, Orléanais, Touraine, Maine. Après le 14 juillet, il s'était «•fai. 11 fut arrêté à Villenauxe (S.-etrH.), à Villegruis, près Provins, d'après ses Mémoireê^ transféré à Brie-Comte-Robert, où il fut gardé plusieurs mois par un détachement de la Garde ■atiottsie parisienne. Amené à la fin de novembre 1789 à Paris, il fut traduit devant le Chftielel, défendu par de S^ze et acquitté le 1*' mars 1790.

3. Cette ptoCuaiioB avait eu lieu le 9 novembre 1789 {Moniteur du 23 décembre 1789.^

4 LB GOMTB N <9>1IILBi

tîflieDt de Rennes] aux itératives Lettres de jvssioD\ Dijon a Aregistré avec ces mots : « Par les mômes mottis »> <fi8e ie Roy

saficUonnés.

Qu'est-ce que diront les Comniisaions intermédiaiies du lècrei qu elles recevront de continuer leurs fonctixinfi et de ^ver les impositions qui ne sont pas coosentics ^ ?

Nos 4 livres de pain sont à 10 et i2 sols^ et tant qu*oa ea eut.

le ne crois pas qu'il y ait encore beaucoup de monde qui ait idït sa déclaration du quart de son revenu. Les plus généreux ont payé d'avance par l'envoi à la Monooie de la vaisselle. 'Église est dépouillée complètement ; la Noblesse perd une artie de ses biens ; La magistrature est avilie ; la force publique ^uite à zéro ; le Roy n'en porte plus que le nom, et la lisère augmente.

Adieu.

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