‹ Lettres d'aristocratesChapitre 377 sur 541 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

(/6irf., n«45.)

Paris, le 3 juillet 179*.

Les nouvelles de Paris sont la suite du grand combat entre les Monarchiens ou Feuillans et les Jacobins. L'arrivée de M. de la Fayette au secours des Feuillans a fort surpris, et l'Assemblée en a été fort étonnée. Il a demandé la révocation de la

1. Le 12 jain. Roland, Clavière et Servan avalent été renvoyés. Dumouriez, aupanvut minlelre des AfTaircs étrangères, était devenu ministre de la Guerre; Jacques-AoloiM Mourgucs, ministre de l'Intérieur; Antoine Duranthon, ministre des Finances et de la Jo*tice : Pierre- Paul de Merédicu, baron do Naillac, ancien ministre de France à Deai-Peot». ministre des Aflaireâ étrangères. Mais quatre jours après Uumouriez ayant quitté le miin*tère, celui-ci se reconstitua de la façon suivante : Intérieur : Pierre-Auguste de Terrier dr Monciel; Guerre : Antoine-Marie-René, marquis de Lajard ; Justice: Antoine Duranlhoa- Finances : Julei^-Emile-François Hervé de Beaulieu, ancien commissaire de la complabâit^ nationale ; Affaires étrangères : Victor-Scipion-Charles-Auguste de la Garde, marqvis àt ('.liambonas.

Municipalité, la fermeture des clubs, et la punition des auteurs, acteurs et fauteurs des événemens du 20, et cela au nom de son armée*. Une lettre de M. Luckner en dit autant de la part de la sienne ^. M. de la Fayette, arrivé le soir du mercredi 27, est reparti le 30 pour son armée. Depuis son départ, les dénonciations et les affiches contre lui s'entassent les unes sur les autres, et pendant que les départemens de l'Aisne, de la Seine- Inférieure, et de la Somme'*, c'est-à-dire en bon françois de Soissons, Amiens, Rouen, et 20.000 signataires de Paris* demandent la même chose que M. de la Fayette, quelques autres départemens du Midi et des citoyens prétendus des mêmes villes ou d'autres et de Paris font des pétitions contraires, et comme on ne parle pas du nombre des signatures, une pétition de 5 ou 6 personnes balance celle des 20.000 honnêtes gens de Paris qui en ont signé une chez les notaires*.

On ne dit rien de nos armées, sinon que celle de M. Luckner, de victoire en victoire et de prise en prise, a été contrainte par la prudence sans doute à abandonner ses conquêtes et à regagner Lille. Les Prussiens, les Russes et les Suédois sont en route, et l'avant-garde prussienne déjà arrivée. Tous les émigrés seront dans l'armée de Prusse et à la solde du roy de Prusse. Tout cela est en mouvement.

Les Royalistes se sont joints aux Monarchiens pour résister aux Jacobins ; mais ils n'ont pas une foi entière aux paroles de M. de la Fayette et le soupçonnent fort de n'être pas plus ami du Roy qu'il ne l'étoit en juillet et octobre 1789 et depuis en février et en juin 1791. On est en général fort aise de sa démarche contre les Jacobins, quoiqu'on ne sache ce qui en résultera.

Ce mois-ci doit donner bien des lumières sur le sort de la

i. Eo décembre 1791, La Fayelle avait élé nommé général d'armée. Comme tel il se trouvait en juin 1792 sur la frontière du Nord. Dès le 16 juin, dans une lettre adressée à l'As- Mmblée et datée du camp devant Maubeuffe, il avait approuvé le renvoi de Roland, Sorvan et Clavière. Les nouvelles de la journée du 20 juin, qui lui parvinrent à son camp devant Bavay, le remplirent d'indignation. Il conçut aussilât le projet généreux de venir protester solennellement devant l'Assemblée contre ces désordres. Il partit pour Paris le 26 juin, et le jendi 28 se présentait à TAssemblèe. Celte tentative de La Fayette n'eut d'ailleurs pour effet que d'exaspérer davantage le parti jacobin.

2. La lettre de Luckner, datée de Menin et du 28 juin. Tut transmise à l'Assemblée le Icwleiaain du départ de La Fayette par le ministre de la Guerre Lajard.

). Voir entre autres la pétition du déparlement de la Somme datée du ii juin 1792. dans ««tiaier-Temaui, ffi^totre de la Teneur, t. I.p. 274-278.

4. C'est la fameuse pétition des vingt mille, ainsi appelée, bien qu'elle ait été loin de ^l^onir ce nombre do signatures. On en trouvera le texte au Moniteur de 1792, p. 768. «Mortimer-Temaux, op. cit., L I, p. 274; t. H. p. 6-9.) Elle fut présentée à l'Assemblée le ï" joillet.

5. Sur 113 notaires, 14 seulement refusèrent de recevoir les signatures par crainte de se «•ii^Jromettre.

426 M. FOUGKRET

France, et les étrangers auront le plus grand spectacle qui ait jamais eu lieu. Il est digne de la grandeur de Dieu, ce spectacle-là : un Roy, juste et bon, persécuté et, plein de constance, luttant contre l'adversité et l'injustice des hommes, et au moins douze royaumes coalisés pour venir à son secours. Mon Dieu ! qu'il est fâcheux d'être aussi mal placés que nous le sommes pour voir ce spectacle ! Qu'il nous a coûté et nous coûtera de larmes î

L'Assemblée a, hier, décrété une fédération, au lieu des 20.000 hommes du décret frappé du veto*. Cela en promet peut-être iOO.OOO pour le 14, et les nouvelles du Midi nous annoncent les bataillons nationaux de Toulouse, Montpellier, ou de Bretagne, etc... partis depuis quinze jours sur le décret des 20.000 hommes avant la sanction. Paris sera un peu plein. La difficulté sera d'y vivre. Au reste, bien des gens en sortiront d'ici là pour faire de la place.

Je suis...

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