‹ Lettres d'aristocratesChapitre 393 sur 541 · Du même au même · texte numérisé non relu

Du même au même

(Ibid., D» 74.)

Paris, le 22 avril 1793.

11 me paroît. Monsieur, que le désarmement général a été fait à Château-Renard d'une façon violente et malhonnête. Mais les propos injurieux ne sont pas, au temps qui court, regardés comme importans, et, comme dit la comédie :

Ce sont-là blessures légères Et je ne m'en offense guères !

Mais le désarmement décrété ne parle que des armes offensives, et assurément des croissans, pour tondre les charmilles.

t A U guile du décret du 6 avril 1793 lArch. pari., t. LXI, p. 38S|, on procéda à TarresUtioB du duc d'Orléans et de ses deux fils, le duc de Montpensier et le duc de Beaujolais, At la duchesse d'Orléans, de la duchesse de Bourbon, soeur du duc d'Orléans, et du prince •ieConU.

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des serpes, des faux et faucilles, encore moins des bêches n'ont jamais été regardées comme armes offensives...

On guillotine ici journellement des commandans, officiers, soldats, cuisinières, prieurs, etc., et la presse y est si forte que les dimanches ne font point vaquer l'instrument fatal. Je suis fâché du peu de civilité de nos messieurs dans leurs visites, car la continuité de supplices rend le séjour de Paris pénible et j'aimerois mieux être loin que près de pareils spectacles.

Je ne suis point étonné de l'augmentation du prix des ouvrages, denrées et journées de toute espèce. C'est toujours la comparaison du numéraire avec l'effet courant qui décide le vulgaire malgré les raisonnemens qu'on peut lui faire ; et outre qu'un louis est balancé par 50 à 55 livres d'assignats, la diminution des revenus fait que chacun se réduit à ce qui est indispensablement nécessaire, et pour le vêtement et pour le vivre, et l'ouvrier, ne trouvant pas à employer tout son temps, est forcé pour vivre de faire porter au temps employé tout celui où il ne fait rien. Gela est bien fâcheux ; mais le propriétaire se sauve et ne peut se sauver qu'à force de privations, et en faisant faire seulement ce dont il lui est impossible de pouvoir se passer.

Le vin commun au port se vend à raison de 17 sols la pinte. Le savoir-faire du cabaretier fait qu'il en donne encore à 13 et 14 sols. Pour la viande, 14, 15, 16, 17 sols la livre. Journellement elle augmente de prix, et il a été proposé de défendre de tuer de veaux, et puis un carême politique. A défaut de bœuCs et vaches, on donne au soldat du mouton pour partie de la ration. Qui auroit cet hiver nourri des bœufs, au lieu de louer ses prés, feroit de bien bonnes affaires.

Adieu, Monsieur. Rassurez M™' Lecoy et vous-même. La peur ne guérit de rien et ne fait que troubler le sang.

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