‹ Lettres d'aristocratesChapitre 452 sur 541 · De la même à M. Thoynet^ son père^ à Montbrison · texte numérisé non relu

De la même à M. Thoynet^ son père^ à Montbrison

en Forez.

{Ibid.)

Paris, ce 21 juin 1792.

Mon cher papa, tu es bien heureux de jouir d'une grande tranquillité chez toi. Il n'en estpas de même à Paris. Nous sommes bien mal, et pire que nous n'avons été. Hier, sur les 4 heures, les piques du faubourg Saint-Antoine et du faubourg Saint-Marceau se sont réunies au nombre de 30.000 hommes, avec huit canons, commandées par M. de Santerre, pour se rendre aux Tuileries et forcer le Roy à sanctionner les décrets sur lesquels il avoitmis son veto. Le Roy est descendu seul, leur a parlé et a demandé du temps pour se décider. La Garde nationale n'a pas pu les empêcher d'entrer, parce que la moitié de leurs camarades sont jacobins et qu'ils ne se sont pas trouvés en assez grand nombre; ils se seroient tous fait assommer. Il est certain que nous n'avons plus de force dans Paris pour nous défendre, que l'on n'y est nullement en sûreté. L'Assemblée nationale vient de décréter que l'armée marseilloise se rendroit à Paris pour finir enfin quelque chose, que le peuple étoit pour eux, et que cela les renforceroit. M. Pétion approuve cette journée.

Le décret où chacun montera sa garde, sans pouvoir se faire remplacer, est bien fâcheux ; car cela m'inquiétera beaucoup de savoirmon mari vingt-quatre heures au corps de garde,

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surtout les jours où nous aurons du tapage. Tout le monde est consterné. On attend avec frayeur la fin de tout ceci. 11 faut espérer dans la Providence, car si l'on ne tâchoit pas de se distraire et d'attendre les événemens, vraiment cela seroit aflreux.

Toutes mes sœurs se portent bien. Ma santé est très bonne à présent. Pourvu qu'il ne m'arrive aucun accident de la révolution !

Adieu, mon petit papa; je suis enchantée que tu sois là-bas dans ce moment-ci, car au moins tu y es tranquille et tu ne crains rien. Adieu, encore une fois, je t'embrasse et suis avec respect, mon cher papa, ta très humble et très obéissante servante et fille.

P.'S. — Je crains bien que, peut-être, on ne soit forcé, pour conserver sa vie, de sortir de Paris. Ah! vraiment cette pensée est déchirante î

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