‹ Lettres d'aristocratesChapitre 464 sur 541 · Du même à la même · texte numérisé non relu

Du même à la même

{Ibid,, n* 13.)

Paris, le samedi 11 août 1792.

Madame, je n'ai que des crimes et des horreurs à vous raconter. Je ne peux cependant vous en faire qu'imparraitemeot le récit, parce que je n'en sais qu'une partie et que, d'ailleurs, je n'ai pas encore vu de gens assez instruits pour pouvoir compter sur l'exactitude de leur rapport. Voici toujours ce qui approche le plus de la vérité.

Avant-hier, jeudi 9, l'Assemblée dcvoit statuer sur h déchéance du Roy. La question fut seulement entamée, et la décision remise au lendemain, qui étoit hier, vendredi 10. Ce retard mit le peuple en fureur ; il craignit qu'on ne Tamusât et qu'on ne prononçât point la déchéance. En conséquence, il annonça qu'il y forceroit bien l'Assemblée, quoiqu'il sût bien qu'elle y étoit disposée ; mais il vouloit avoir un prétexte pour exercer ses fureurs contre le Roy et tous ceux qui lui étoient attachés. Pour cet effet, pendant la nuit du jeudi au vendredi, ce peuple fit de toutes parts sonner le tocsin et battre la gênéraie, pour que tous les gens armés de fusils et de piques se rassemblassent et se tinssent prêts à marcher au château des Tuileries de grand matin hier, 10. Personne n'avoit dormi pendant la nuit, tant la frayeur étoit générale. J'avois à recevoir pour M. Adrien une assez forte somme dans la rue Saint- Honoré. Je craignois qu'elle ne fût pillée, et que la somme ne fût perdue. Je me déterminai donc à braver un peu le danger. J'y courus à 8 heures du matin; je fis mon affaire, et j'eus le

I. Anloine-Jean Galiot. marquis de Mandat (1731 179t), capiUÎDe «ox Garde» fraoçaises, commauvlaut de la Garde naliouale.

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