HH. SIMON ET PIERRE N. A M. LHOSTE
Cette nouvelle, dont le fond est certain, s'éclaircira aujourd'hui, ainsi que celle de la prise de Thion ville * et de l'arrivée des Prussiens près Verdun *. Vous devez en être plus positivement informée, puisque vous n'en êtes pas absolument éloignée. Vous n'ignorez pas sans doute qu'il n'est plus possible depuis le 10 de sortir de Paris, même à pied. Hier, cependant, on commençoit à délivrer des passeports, mais il y a eu contre-ordre aussitôt après l'arrivée du courrier qui a annoncé la marche de La Fayette sur Paris. Vous voyez donc, Madame, tout ce que nous avons à craindre d'ici à la fin du mois. Si cependant l'armée prussienne alloit se réunir à celle de La Fayette, cela ne feroit-il pas un changement dans tous les plans de l'Assemblée nationale ? C'est ce qu'on pense généralement. En attendant, je me recommande à Dieu.
Je ne témoigne aucune de mes inquiétudes à M"* Versey ; elle en perdroit la tête. Je tâche de conserver la mienne jusqu'au dernier moment, et ne veux point désespérer ni de moi ni du salut de la patrie. Si j'échappe au danger, je m'empresserai de vous le faire savoir.
J'ai l'honneur, Madame, de vous présenter mes respects. Dieu veuille que ce ne soit pas pour la dernière fois !
De MM. Simon et Pierre N. à M. Lhoste, à Pesmes {Haute-Saône).
(Arch. nat.. W 358, doss. 753, n* 67.)
LParis], du samedi 41 août d792.
Nous vous écrivons à deux, moi et Pierre. Suivant toute apparence, je crois que nous pouvons vous faire nos adieux, car je crois que de la vie nous ne nous reverrons ensemble; nous sommes menacés par tout Paris. Il y vient d'arriver une boucherie d'hommes et de femmes au Château, où l'on fait nombre de 5 à 6 mille âmes de tuées. Je vous dirai que pour le moment nous n'avons plus de Roy en France; il a reçu sa déchéance vendredi, entre 9 et 10 heures du matin; et comme
1. Les Prussien» assiégèrent inutilement Thionville. du 23 août au 16 octobre 1792.
2. Le 30 août 1792, les Prussiens se présentèrent devant Verdun qui capitula seulement le 27 septembre.