MM. SIMON ET PIERRE N. Â M. LHQSTE
tous les faubourgs avoient descendu pour venir piller et voler le Château, au moment que le Roy avoitreçu sa déchéance à TAssemblée nationale, toute la populace s'est jetée dans les cours du chdteau des Tuileries et la Garde nationale, qui étoil dans les dites cours pour garder la famille royale, s'est sauvée du peuple comme des péteurs ; elle a laissé pour toute défense un régiment suisse, encore pas complet, lesquels se sont défendus trùs longtemps. Malheureusement pour eux et pour nous que la munition a manqué ; sans cela, ils auroient été les maîtres, car à la première décharge, ils ont repoussé tout le peuple armé de plusieurs canons, qu'ils* ont été ohlig-és d'abandonner et de se sauver. Les Suisses se sont emparés de leurs canons et ont tiré dessus, comme sur un tas de pigeons, jusqu'à ce que la munition leur manque, et après ils ont été obligés d<* se rendre. Toute la populace s'est jetée dessus ; autant ils ont pu en attraper, autant ils en ont coupés à coups de sabre, hachés en morceaux. Il y en a peut-être de réchappes qui ont eu le bonheur de se sauver, encore ne sont-ils pas encore sauvés, parce que l'on en a rattrapés environ 140, qui étoient cachés aux Feuillans ; on les a pris et menés à la ville, et on va nommer une cour martiale pour les juger à leur malheureux sort *.
Non contens de tout cela, ils se sont jetés dans le Château où ils ont volé, pillé mis à feu et à sang, de manière que, dans ce moment, tous les alentours du Château sont réduits en cendres. Tous des gens qui appartenoient au Roy, ils n'en ont pas laissé un seul ; il n'y a uniquement que les appartemens du Roy et de la Reine qui ne sont pas brûlés, mais volés, pillés, cassés de manière qu'il n'y a plus que les murs. La famille royale étoil à l'Assemblée nationale, heureusement, dans le moment qu'ils ont fait ce beau chef-d'œuvre. Mais ce n'est pas encore fini à présent : ils sont après les statues sur les places, pour les tirer à bas. Ils sont comme des enragés. Ce matin, ils ont mis 40 chevaux après la statue de Louis XV, sans pouvoir l'arracher. Quand ils ont vu qu'ils ne pouvoient en venir à bout par
1 lis, c'est-à-dire Ici insurgés.
i. J'ai dit rjup le 10 août et jours suivants on intercepta tout le courrier dee habiliBl» des Tuileries. Voici, à propos du massacre des Suisses, la lettre bien naîre que le 6is d •■ soldat suisse «'crivail à sa laraillc le 11.
« De Uancourt, le 11 août i79i.
•f Mon Ir^s cher père cl ma très chère mère, je vous écris cette lettre, qu'on m'a fut savoir que *oui étiez tués dans ces bagarres. Ouand j*ai entendu parler que vous éUei la**cela m'a fait beaucoup de peine. Je fais bien des complimens à ma sœur» et j'embrasM toos mes parens. Je vous prie, réponse sur-le-champ.
« Je finis eu vous embrassant du plus profond do mon cœur.
• Jean-Frédéric Wachler. ■
lArch. nal., \V 253, n» 106,}
LE COMTE d'aUBARÈDE A m"* DE GRILLON
le moyen des chevaux, ils lui ont coupé les pieds, de mani que, dans ce moment, elle est à bas avec celles de Louis XV d'Henry IV. Et après ce bel ouvrage, ils vont se transporter c tous les seigneurs prendre leurs chevaux dans les écuries a les personnes qui les pansent, pour mener les canons aux fr lières. Ils ont commencé au Palais-Bourbon ; ils y ont { trois chevaux de selle. Ainsi, mon ami , je crois que nous pouvc vous faire nos adieux avec toute assurance. Quand je pens cet affreux carnage, cela fait frémir. Vous les voyez ces 1 gands par les rues se promener, avec des habits de Suis plantés au bout de leurs piques, en criant: «Vive la nation! >; d'autres, avec une charrette qui les suit par derrière; et to personne un peu comme il faut, ils la prennent par les c veux, en lui disant : « Allons, tu es un aristocrate, il faut couper la tête », et à l'instant ils le font, et la jettent dans charrette avec les autres. Vous croyez que Ton peut voirtou ces horreurs sans frémir ! Il faut être presque barbare ! Ap avoir eu tué ces malheureux Suisses et déshabillés tout n ils les brûloient encore avec les meubles du Château ; ils jetoient au feu comme des pommes de terre.
Je vous dirai aussi qu'il vient d'arriver un courrier extraoi oaire qui annonce que M. Lafayette a battu les Autrichiei tant tués que blessés il fait nombre de 20.000, et que lui a pei environ 6.000 hommes nationaux*.
Simon et Pierre.
1 ^• Du comte (tAubarède^ à A/"* de Crillon,
(Arch. nal., W 431, doss. 967, n» 135.)
Paris, le 17 août 1792.
J'ai reçu, il y a deux jours. Mademoiselle, la lettre que vc avez eu la bonté dem'écrirelel" de ce mois ; elle est un gra soulagement aux peines cruelles que je ressens avec tou les âmes honnêtes et sensibles, et qui ont bien augmei depuis la journée du 10, dont vous aurez appris quelqi détails à la réception de ma lettre.
Je m'hasardois ce jour-là. Mademoiselle, après avoir <