‹ Lettres d'aristocratesChapitre 499 sur 541 · Du même à la même · texte numérisé non relu

Du même à la même

{Ibid., p. 1W-Î43.)

Paris, 20 décembre 4752.

... Je t'ai promis, ma chère amie, que je t'instruirois de ce qu'il y auroit de plus intéressant concernant le malheureux Louis. Mais, depuis trois jours, on s'en occupe à peine. Seulement le peuple paroît moins avide de son sang, et on dit, plus hautement qu'on ne Tavoit encore fait, qu'il n'a pas mérité la mort.

On lui a permis de voir ses enfans ; mais le malheureux père a répondu qu'il ne pouvoit pas jouir de ce plaisir, parce qu'il étoit obligé de donner tout son temps à sa défense. Il a à présent trois conseils, et il s'en est présenté grand nombre. Moimême je n'ai pu me défendre de lui faire offrir mes foibles services. Samedi soir, je fus chez M. Lamoignon-Malesherbes ^ un de ses conseils, ancien ministre. Je me fis introduire et lui annonçai quel étoit l'objet de ma visite. G*est un homme de 70 ans, ayant encore beaucoup de vivacité. 11 me dit, en me prenant les mains : « Ce que vous faites-là. Monsieur, est bien beau ; on crie dans les rues que la Nation demande la tête du Roy, et plus de cent personnes se sont présentées pour le défendre (il me fit voir alors un gros tas de lettres) ; des maréchaux de France môme sont venus me dire qu'ils avoient encore la force de monter à cheval et qu'ils se cliargeroient de faire les commissions. «J'observai que, quoique j'eusse suivi le barreau pendant dix ans comme avocat plaidant, et que j'eusse été deux ans commissaire du Roy à Grenoble, je ne comptois pas assez sur mes talens pour me présenter comme conseil, mais que j'accepterois toutes les fonctions qu'on voudroit me donner, môme celles de secrétaire du conseil. Il loua encore vivement mon zèle et mon courage, prit mon nom et ma demeure sur une feuille de papier et, en la mettant dans sa poche, me (lit : « Je ne sais si vos services seront acceptés, mais l'offre servira au moins à porter quelques consolations chez le pau\Te prisonnier du Temple ; je sors pour aller le voir, et je lui en

1. Cltrélien-Guillaumc de I^iuoignon, seigneur de Maleshcrbea (1721-1794), anciea premier pri^'sideot do la Cour des Aides, ancien ministre de Louis XVI.

ferai part ». Il me fit quelques autres quesUons, me dema je connaissois telles ou telles personnes en Dauphiné, pi notes et me quitta.

J'ai cru pendant deux jours que je serois appelé, et félicitois d'être utile à un accusé si malheureux. Mais à p je n'espère plus ; et il ne me reste plus que le sentimen solant de m'étre offert.

M... m*accompagna chez M. de Malesherbes, mais il n( ta pas. Je pense, ma chère amie, que tu ne m'auroi détourné de ce dessein, si j'avois pu te consulter davai ma mère non plus ; et si son exécution présentoit qu périls, ce n'étoit pas une raison pour y renoncer.

Il faut tenir cette démarche bien secrète, ne la confie ma mère ; car, si elle se répandoit à Grenoble et qu'elle être connue ici, ce seroit une très mauvaise eb* pcut-êti dangereuse recononandation. Je m'en rapporte à ton et à ton attachement du soin d'éviter tout ce qui pourr faire courir infructueusement quelque danger...

Mes complimens à tous mes parens, amis et connaiss Je t'embrasse de tout mon cœur ainsi que mes petits enfi j'ai une grande impatience d'aller vous rejoindre. Je ne p plaire ici, et j'aime beaucoup la tranquillité de mon m tout mesquin qu'il est.

Adieu, je t'embrasse encore et puis encore et toujour plus de plaisir.

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