‹ Lettres d'aristocratesChapitre 503 sur 541 · Jeanne Phlipoa, la célèbre M""* Roland · texte numérisé non relu

Jeanne Phlipoa, la célèbre M""* Roland

il a trouvé ses conseils avec lesquels il s*est rendu dans un coio et les a entretenus en particulier.

Bientôt il a été averti de se rendre à la Convention. De Se»* a eu la parole. Pendant son discours le Roy est resté assis, montrant un grand calme. Le Roy s'est ensuite levé pour f»ononcer un petit discours : « C'est peut-être pour la dernière fois que je parois devant vous. Messieurs, leura-t-ii dit, avec beaucoup de dignité. Je vous déclare que je n'ai jamais voulu faire répandre le sang des François. Les reproches que Ton m'a faits à cet égard sont ceux qui m ont été les plus sensibles ». Le Président lui a dit qu'il pouvoit se retirer. Il est revenu dans la même salle où il avoit attendu en arrivant.

11 s'est occupé beaucoup de M. de Sèze qui étoit fort échauffé. Le Roy a demandé lui-même s'il n'y avoit pas moyen de le faire changer, en observant qu'il avoit parlé pendant plus de deui heures.

Remonté en voiture, il a conservé le même calme et la même sérénité. En passant devant le dépôt des ci-devant Gardes françoises, il a remarqué avec étonnement la superbe maison que l'on bâtit sur cet emplacement. Il a dit en plaisantant au secrétaire-greffier ^ qui avoit son chapeau sur la tête dans sa voiture : « La dernière fois que vous êtes venu, vous aviez oublié votre chapeau ; vous avez été plus soigneux aujourd'hui. » Le secrétaire-greffier n'a rien répondu.

On a parlé de l'indisposition du procureur de la Commune', et, à propos de cette indisposition, la conversation est tombée sur les hôpitaux de Paris. 11 a fait des réflexions sur les dépenses de ces maisons et a dit qu'il seroit à désirer qu'il y en eût une dans chaque section pour le soulagement des malheureux.

Le Maire * tenoit sa tabatière à la main, représentant un portrait. Le Roy lui a demandé si c'étoit le portrait de son épouse. Un officier municipal a dit qu elle étoit mieux que le portrait Le Roy a dit, en rendant la tabatière au Maire, qu'il étoit heureux d'avoir mieux que le portrait. Dans ce moment, la Garde a crié qu'on fermât les fenêtres, ce C'est abominable », a dit le Roy. Un officier municipal lui a observé que le Conseil général avoit

1. Raymond, comte de Sèze (1748-1828), ancien avocat an parlement de Parts.

2. Claude, dit Curius, Coulombeau, secrétaire-greffier de la Commune.

3. Pierre-Gaspard Chaumette (1763-1794^, procureur généra! de la Commune.

4. Nicolas Chambon de Mentaux (1748-1826), médecin en chef de la Salpètrtëre, maire de Paris le 30 novembre 171)2, démissionnaire le 2 février 1793.

A SA FBMIÏE 585

ordonné comme mesure de sûreté qu'on fermât les fenêtres, et que la Garde faisoit exécuter l'arrêté. Le Roy a dit alors qu'il avoît cru entendre : « Vive la Fayette ! »

Un officier municipal saluoit quelques sans-culottes qui Irotloient dans la boue, et applaudissoit à leur zèle. Le Roy lui a demandé s'ils étoient de sa section. L'officier municipal a répondu qu'ils étoient du Conseil général du Dix-Août. Alors le Roy a parlé de Demeurier* (sic), municipal tué dans la nuit des visites domiciliaires ; il a dit qu'il l'avoit vu au Temple et il a ajouté qu'il lui avoit paru qu'il craignoit les coups de fusil.

Le discours de De Sèze et celui du Roy ne sont pas encore imprimés. On a porté à Lo.uis les épreuves du sien et il les a corrigées lui-même.

Sa fermeté et son courage ne se démentent point. 11 les doit autant au sentiment de son innocence qu'aux principes de la religion. Sans être fanatique, il en suit très rigoureusement les préceptes dans sa prison. Il jeûne les jours ordonnés et chaque jour dit régulièrement certains offices. Avant qu'il s'occupât de sa défense, il employoit une partie de la journée à l'éducation de son fils ; il lui enseignoit le latin et la géographie, qu'il sait parfaitement bien. Jamais il n'a laissé échapper la plus petite marque de colère, et lorsqu'on lui refusoit un couteau qu'il avoit demandé, ou un dentiste qu'il avoit indiqué pour le guérir d'une fluxion qu'il avoit, il ne répliquoit rien à ces barbares refus. Il ne pouvoit parler bas à sa femme qu'il ne voyoit que dans le moment des repas. Quelquefois, il s'approchoit d'elle et balbutioit quelques mots qu'elle savoit bien saisir. Sur-le-champ, un des officiers municipaux toujours présens se mettoit entre eux deux pour écouter, et lui ordonnoit de parler à haute voix.

La dernière fois qu'il vit son fils, et au moment de se séparer de lui, il le porta vers son sein et, le serrant dans ses bras, lui dit : « Adieu, mon fils, adieu ; embrassez pour moi votre mère et votre tante. »

Il est une infinité d'autres traits, qui tous annoncent sa grande résignation et la fermeté de son âme. Heureux encore de trouver quelques consolations dans ses vertus et sa religion !

Une autre fois, je te parlerai encore de ce malheureux prince dont je voudrois m'entretenir à tous momens.

1. Jean-Théodore Le Meuoier, membre de la Commune du Dix Août, officier municipal, emporté par sou cheral et tué au cours des visites domiciliaires du 29 août 1792.

58d M. DE DEQNA^D

Page 1