‹ Lettres d'aristocratesChapitre 504 sur 541 · Du même à sa mère · texte numérisé non relu

Du même à sa mère

{Ibid., p. 150-152.) Paris, 23 janvier i793. Mercredi matin.

Ma très chère maman, je vous envoie l'âme du malheureux Louis XVI. Elle est tout entière dans son testament qu'il fil la veille de sa dernière comparution à la barre, ne croyant pas alors revenir dans sa prison. 11 a perdu la vie lundi, à 10 heures et demie du matin, et jusqu'à son dernier moment il a conservé le plus grand courage. Sur l'échataud, il se disposoit à parler au peuple ; mais il a été interrompu par un roulement de tambour, et saisi par les bourreaux qui en avoient reçu l'ordre et qui l'ont sur-le-champ précipité sous le fatal tranchant. Il n'a pu prononcer que ces paroles d'une voix très forte: « Je pardonne à mes ennemis ; je souhaite que ma mort fasse le bonheur du peuple, mais je plains la France et je crains que la colère de Dieu ne s'appesantisse sur elle. » Il quitta lui-même son habit au pied de l'échafaud, et lorsqu'on voulut lui aider, il dit avec bonté : « Je n'ai besoin de personne ». II refusa aussi, pour monter sur l'échafaud, toute aide, et y monta d'un pas ferme et hâtif. Le bourreau voulut lui couper ses cheveux; il s y refusa, endisantquecelan'étoitpas nécessaire. Mais sur l'échafaud, le bourreau lui attacha les mains derrière le dos (et ce fut le temps que le Roy prit pour parler au peuple), et après il lui coupâtes cheveux. Des Anglois les ont achetés et les ont payés chèrement. Après sa mort, son corps et sa tête furent sur-lechamp portés au cimetière de la paroisse et jetés dans une fosse de 15 pieds de profondeur, où ils furent dévorés par de la chaux vive. Ainsi, il ne reste plus de ce malheureux prince que le souvenir de ses vertus et de son infortune.

Tous les détails de ses derniers momens sont dans toutes les bouches. Ceux que je vous donne sont les plus exacts. Il on est d'autres plus aflreux, s'il est possible, et que j'ai peine à écrire. J'ai vu, le soir du lundi, un homme qui couroit dans les rues de Paris, et qui avoit les joues teintes de sang» avec le même soin que les femmes mettent leur rouge un jour de parure. Sa cravate blanche en étoit couverte ; il le faisoit remarquer aux passans, et je reculai d'ciïroi. La plupart des Marseillois et des fédérés trempèrent leurs sabres, leurs piques, leurs baïonnettes dans le sang de ce malheureux prince. On dit même que

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