M.-L.-M. LE PELLETIER DE ROSAHBO A SA BELLE-SOEUR
moi comme elles étoient au mois d'août, et l'on craint sous peu de voir renouveler les mêmes horreurs que cet été. On arrête beaucoup de monde, émigrés ou autres, hommes et femmes. Quelqu'un, qui a été la nuit passée jusqu'à 4 heures du matin à la mairie pour sa belle-sœur qui y est retenue, m'a dit qu'il avoit cru reconnoître dans le nombre des femmes qui y sont M"*® de Choiseul-Gouflîer S et une autre dont j'ai oublié le nom. On craint fort qu'on ne ferme les barrières au moment du train. On dit que l'on veut faire un mauvais parti au côté droit de la Convention, ou que Ton veut la chasser tout entière pour en rappeler une autre. Le tout semble dirigé pour mettre l'Egalité sur le trône. Joignez à cela le nouveau tribunal, qui doit faire trembler tout le monde. Un homme de ma connoissance a entendu, il y a deux jours, un officier d'artillerie qui se plaignoit de ce que les recrues ne partoient pas ; et l'homme à qui il se plaignoit lui a répondu qu'elles ne partiroient pas que leur coup ne fût fait, et qu'alors, au lieu de 8.000 hommes de Paris, il en auroit trente.
Je vais cependant faire tout ce qui dépendra de moi pour partir, mais je crains que cela ne soit inutile...
Chargez-vous, je vous prie, de témoigner à votre mari, ainsi qu'à Monsieur votre père et à Mesdames vos tantes, tous mes regrets et ceux de ma fille... et adieu, ma chère petite sœur...