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LETTRES DU MARQUIS DE ROME A M. DE SALABERRY

(avril-mai 1793)

Notice. — Arrestation du prince de Conti et de Philippe-Egalité. — Au Conit^ et h guerre. — La guillotine. — Les troubles do l'Ouest. — Le général GasloA.

i . — Du marquis de Rome à M. de Salaberry,

(Arch. nal., W 342, doss. 645, n* 12.)

Paris, ce 9 avril 1793.

Au grand hôtel de Vauban, rue de Richelieu.

Je profite de l'occasion de Vibon, mon ami, pour te demander de tes nouvelles. Rappelle-toi que tu m'en as promis; depuis ton départ, j'ai presque tous les jours la fièvre, avec le rhume à l'ordinaire, crachement de sang... tout va dans le genre ordinaire. Le chagrin que j'éprouve en ce moment-ci ne me guérit pas ; tu sais ce qui le cause. L[ouis]-F[rançois] B[ourbon^-Gfonli] a été arrêté hier à 5 heures du matin et traduit à la mairie par cinquante gendarmes ; il y est encore, attendant son sort, destiné à Marseille : impossible de lui parler, le voir ou le suivre, objet de l'ambition d'un de ses amis de quarante ans; tu sais qui c'est. P[hilippej E[galité] est à l'Abbaye, au secret, où il beugle comme un taureau en furie ; on l'entend de la place et pour le soulager le peuple lui chante à haute voix la première traduction de l'air favori Ça ira... Si les projets de nos chefs s'exécutent, notre tour viendra bientôt. On ne veut plus que des sans-culottes, plus de commerce, plus de riches, plus de prêtres d'aucun genre; des laboureurs et des soldats, et vive la République!

Je n'ai pu encore obtenir de réponse du sieur Carré qu'aujourd'hui. Il n'a pu se refuser à l'existence de l'ordonnance, encore plus positive que je ne la disois; mais il se refuse à vouloir me compter plus de 17 ans de services, car il regarde.

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