U^'* DE THOMASSIN À SON MARI
vellcs. Je suis fâchée de n*avoir pas tenu ma route. Il m'eût été possible d'en avoir à Meaux ou à Claye *. Je ne serai que lundi à Paris. Je voudrais bien que le temps se mil au beau, car le matin il fait froid. Je suis inquiète de toi, mon bon ami, et tu m'occupes plus que moi-môme, ainsi que tous nos parens et amis. Mes pauvres petites ! Pensent-elles à leur malheureuse mère autant qu'elles lui sont présentes. Ha! mon ami, quand te reverrai-je ? Ménage ta précieuse santé, et conserve ta tête courageuse et saine, comme elle a toujours été!
Je n'ai qu'à me louer de tous mes gardiens, jusqu'à présent honnêtes et humains. Sij'avoisété capable de jouir de quelque chose, j'aurois admiré avec plus de plaisir le beau pays que je viens de traverser. Les blés y sont si grands et si avancés qu'on les coupe. J'ai vu dans la maison d'arrôt de Châlons tous les parens du citoyen Gazier, les hommes, comme arrêtés, et les femmes venant leur tenir compagnie et faire leur cuisine. Ils n'ont comme à Chaumont qu'un concierge.
Trouve, je t'en supplie, le moyen de m'écrire; je ne connois personne à Paris, et ne puis t'indiquer que chez ma tante*; et puis il faudroit savoir si elle y est, s'il lui sera possible de me retrouver. Tous ces embarras me chagrinent. Je prévois qu'en arrivant je manquerai de bien des choses que je ferai demander chez elle ou chez son lils^, si je le peux.
Adieu, mon bon et tendre ami, crois à ma tendresse vive et sincère et conserve-moi toujours les mômes sentinciens. k t'embrasse mille fois du plus tendre de mon cœur, ainsi que mes petites et tous mes parens...