X. Archive* parlemeniaires, t. Vlll, p
A M. DE SAYIGNT 61
« Vous déchirez mon cœur de plus en plus par le récit que vous me faites des malheurs de Paris. Il n'est pas possible de croire que les ordres qui ont été donnés aux troupes en soient la cause. Vous savez ce que j*ai répondu à votre précédente députation ; je n*ai rien à y ajouter* ».
ÛAssemblée nationale prit sur-le-champ l'arrêté suivant qui fut remis aux électeurs :
c L'Assemblée nationale, profondément affectée des malheurs qu'elle n'avoit que trop prévus, n'a cessé de demander à Sa Majesté la retraite entière et absolue des troupes extraordinairement assemblées dans la capitale et aux '.environs. Elle a encore envoyé dans ce jour deux députations sur cet objet, dentelle ne cessera de s'occuper nuit et jour. Elle fait part aux électeurs des deux réponses qu'elle a reçues. Elle renouvellera demain les [mêmes démarches ; elle les fera plus pressantes encore, s'il est possible, et elle ne cessera de les répéter et de tenter de nouveaux efforts jusqu'à ce qu'elle ait eu le succès qu'elle a droit d'attendre et de la justice de sa réclamation et du cœur du Roy, lorsque des impressions étrangères n'en arrêteront plus le mouvement * ».
Au moment où les électeurs se disposoient à partir, un courrier vint donner à quelques-uns de nous l'avis que Paris alloit être attaqué. Je me transportai sur-le-champ, pour examiner s'il y avoit quelque mouvement dans les troupes, sur l'esplanade et les environs de la salle. Je trouvai le calme le plus profond ; et au moment où je rentrois dans la salle, j*aperçus environ cinquante houssards qui revenoiont du côté de Paris ; je m'avançai pour les reconnoître et je distinguai au clair de lune le Saint-Esprit sur le manteau de M. le maréchal de Broglie. Cette observation me fit conclure que le projet d'attaque n'avoit pas lieu, puisque M. le Maréchal revenoit à Versailles. Vers 4 heures et demie du matin, je reçus la déposition d'un particulier qui vint déclarer que huit voitures chargées de farines pour Paris avoient été arrêtées au pont de Sèvres et qu'on leur avoit fait rebrousser chemin. Le mercredi 15, vers 8 heures du matin, tous les membres étant rassemblés, je lus à l'Assemblée une adresse pour le Roy, que j'avois faite la nuit*
Pendant le temps que cette adresse étoit en délibération,