H. MAILLOT
Le gouverneur fut traîné sous les coups jusqu'à THôtel de ville, mais il ne put pas y monter et le peuple Tacheva. Le sieur du Buqoy (sic)^ dont on plaint le mérite et Finnocence, fut également massacré ; deux autres officiers du fort furent livrés à la mort*. On pendit deux canonniers et trois porteclefs. Les exécutions se faisoient à Tinstant, sans examen et par le peuple. Le sieur de Montbarrey, commandant de l'Arsenal', fut entraîné à l'Hôtel de ville. On lui fît un crime de n'avoir pas livré les armes assez tôt et cinq cents voix le condamnèrent à la mort ; il n'y échappa qu'en faisant valoir le mérite de son fils et en s'abaîssant aux plus viles supplications*. M. de Flesselles étoit à l'Hôtel de ville, présidant le bureau. On lui montra sa lettre par laquelle il promettoit de faire rentrer les armes et la poudre à la Bastille. Ses amis le défendirent vivement et le bureau lui fit grâce. Le peuple le sut, et quatre jeunes gens montant et disant à M. de Flesselles qu'on veut lui parler, ses amis le retinrent ; mais pressé et forcé, il sortit de la chambre, et sur l'escalier on lui tira un coup de pistolet qui le blessa. Il fut traîné sur la place et sa tête abattue à coups de hache. On l'exposa avec celle de M. de Launey, puis on les promena dans la ville. C'étoit le jour des grandes justices ; la terreur régnoit ; l'accusation de traître, bien ou mal fondée, étoit un arrêt de mort, et chacun craignoit pour soi pareille proscription, car il ne falloit qu'avoir un ennemi.
Le mercredi, ce sentiment régnoit encore et rendoit la ville déserte. Le jeudi, il y eut une vive alarme au château de Versailles. On aperçut par les lorgnettes toujours dressées 40 ou 50 personnes qui venoient à Versailles. Le bruit se répandit aussitôt que 60.000 hommes venoient investir le château, el le Roy envoya à l'assemblée des Etats pour les inviter à dépê-
de Whft« de MaUerille, atteint de folie, à qui sa famille avait voulu éviter Charentoo ,- le comte de Solages, qui avait commis des crimes odieux méritant la mort ; eo6n quatre faussaires incarcérés depuis le commencement de 1787 : Jean La Corr^e, Jean Bécbade, Jeaa- Antoine Pujade, et Bernard Laroche (F. Boumon, La Bastille, p. 193).
1. La lettre de Maillot ne nous est parvenue qu'en copie. Je crois bien qu*il y a id one mauvaise lecture et qu'il s'agit de M. du Puget, qui d'ailleurs ne fut pas tué, comme oo Ta vu plus baut, p. 59, note 1.
S. Antoine-Jérôme de Losme-Salbray, major de la Bastille et Pierro-Joseph Miray. aidemajor. On peut ajouter à ces deux noms celui de Nicolas-Josepb Person, lieutenant de la compagnie des Invalides.
3. Alexandre-Maric-Léonor de Saint-Mauris, comte pois prince (du Saint-Empire) de Montbarrey, lieutenant général des armées du Roi. Il avait un logement aux Invalides depuis
4. Louis-Marie-François de Saint-Mauris, comte de Montbarrey (1756-1794), capitaine des Suisses de Monsibcr, avait, en 1788, été du nombre des gentiisnommes qui en FraBcbe- Conit^' se prononcèrent le plus hautement pour la suppression des privilèges do la nobkose.
A M. DBSBROUX 73
cher une seconde députaiion à Paris pour lui faire part qu'il s'y rendroil le lendemain, qu'il avoit écarté de sa personne ses minisires suspects et qu'il confioit à la Nation les soins du retour de M. Necker*. L'Assemblée députa à l'instant six personnes vers Paris pour tranquilliser les habitans par cette heureuse nouvelle-. Les députés nous dirent que l'Assemblée avoit nommé une députation de 140 personnes^ pour accompagner le Roy et qu'elle enverroit plusieurs de Tordre de la Noblesse, pour, avec ceux des Communes restés à Paris, recevoir le Roy au pied de l'escalier de l'Hôtel de ville. Cette disposition nous fit rester, M. de Chérièrcs et moi. Ce jour-là, le comte d'Artois se jeta aux genoux du Roy pour lui demander son pardon des conseils violens et dangereux qu'il lui avoit donnés. Le Roy le reçut mal et lui ordonna de se retirer. On dit qu'il est parti pour Naples et que la Reine est allée passer quelques jours dans une maison royale. MM. de Broglie, deVilledeuil, de Breteuil et de Barentin furent renvoyés à l'instant. Le jour même, le Parlement députa vers le Roy pour lui porter son adresse de remerciemens de la séance royale qu'il avoit tenue et des sentimens de bonté et de justice qu'il avoit témoignés à son peuple. II a été arrêté que cette adresse seroit communiquée à l'Assemblée. Le premier président*, après s'être rendu auprès du Roy, envoya l'adresse à l'Assemblée. On trouva mauvais et indécent qu'il ne l'eût pas présentée luimême. On délibéra de le mander ; plusieurs nobles furent de cet avis. M. d'Eprémesnil parla pour la première fois, et pour blâmer son chef. M. Fréteau*, toujours sage, modéré et justement estimé, ramena les esprits, excusa la Compagnie sur ce mouvement de trouble qui ne permettoit pas d'observer les convenances et la bienséance; enfm on se contenta de la lettre. Ce signe de vie que donnoit le Parlement dans cette occasion fut blâmé. On l'attribua à la frayeur et à la lâcheté. Dans cette séance, la Noblesse, environnée de périls, abjura toute réserve et ne fit plus qu'un corps avec les Communes. Les têtes coupées étoient de terribles instructions.
Nous passâmes une triste journée avec M. de Chérières, car nous faisons à Paris chambre et lit communs. Nous déplorions
I. CL Archive* parlementairet, t. VIII, p. Î44-245. S. Non e, aaif il {Jbid., p. 245).