‹ Lettres d'aristocratesChapitre 69 sur 541 · JUILLET •— 19 OCTOBRE · texte numérisé non relu

JUILLET •— 19 OCTOBRE

icipitée de Paris à la veill« du 14 juillet. — La Garde natioaale es à Dijon et en Bourgogne. — M. Necker à l'Hôtel de ville. — esenval et de M. de la Vaugiiyon. — Meurtre de M. Ghalelle, maire nination de nouveaux ministres. — Troubles à Paris et aux envi- )line des Gardes du corps. — Saint-Hurugo et son projet de mar- Le banquet des Gardes du corM. — Les journées des 5 et 6 oc- \ femmes à Paris. — Entrée du Roi dans la cubitale. — Défwri de Les pensions de M. de Vcrgennes.

rquis de Vergennes, l'auteur des lettres qui suivent, irles Gravier, comte de Vergennes, le célèbre ministre res. Né à Dijon le 5 novembre 1718, il fut président de nptes de Bourgogne et de Bresse en 1742, et ambassa- 1771 À 1788. Retiré de la diplomatie avec de consldéche par ailleurs de sa fortune particulière, veuf de sa de Chevignard de Chavigny, morte en 1784, M. de it à partager les loisirs que lui faisait sa retraite entre Durgogne et Paris, où habitait son fils aîné Charles- )is-Xavier Gravier de Vergennes, maître des requêtes I, ancien intendant d'Auch. et où revenaient souvent i-Claude Gravier, baron de Vergennes. colonel du régiï 1788, et ses deux filles Anne-Marie-Thérèse et Marieiées l'une à Louis Cachet, seigneur de Montézan, qui en Allemagne en 4777, l'autre à Louis-Paul, marquis de Visigneux, gouverneur d'Autun.

Révolution trouva encore à Paris le marquis de Verï fort effrayé par les premiers troubles, non seulement ais prétendit ne rien changer à l'existence qu'il venait dant près de quatre ans, cet homme tenace y réussit. Tet dans un curieux document qui nous est parvenu livre de comptes régulièrement tenu de 1764 à 1792, — vre pendant les années si troubles pour tant d'autres . Or, ce registre nous prouve qu'arrivé à Paris en ie Soleurc, après un arrêt en Bourgogne, M. de Vcrur ses terres en novembre 1789; que de retour dans 1790, il la quitta pour gagner Vergennes en octobre

>, note I.

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de la même année ; que rentré Paris en janvier 1791, en octobre encore il partait pour Dijon. L'année 1792 seule interrompt le cours si bien réglé de ces voyages. Rentré à Paris en février 1792, M. de Yergennes n'en devait pas ressortir.

On peut s'étonner de l'apparente tranquillité de cette vie en pleine Révolution. Il faut le dire, le marquis prit quelque peine à se l'assurer. Au gré de certains, lui et son fils atné purent paraître <c donner dans la Révolution ». Charles de Yergennes avait été, dès le 25 juillet 1789, élu membre de l'Assemblée des représentants de la Commune provisoire ; le 5 aoAt il était nommé vice-président du Comité provisoire de police de la ville ; démissionnaire le 31 août, il était choisi comme capitaine de la garde nationale du district do Saint-Magloire, devenait ensuite membre de la Commune constitutionnelle en 1790, et enfin administrateur du département en 1791 *. Quant au père, il est amusant de suivi-e dans ce livre de comptes dont je parlais tout à l'heure ou dans sa correspondance les traces de sa bonne volonté à accepter les idées nouvelles, et à se persuader que quelques concessions faites à propos devaient le mettre à l'abri de Torage lui et sa fortune '.

Mais celle-ci était précisément trop considérable ' pour ne point exciter de convoitises, et en fait c'est à la bourse d'abord que fut frappé M. de Vergennes.

Au commencement de 1793, on l'inscrit sur la liste des émigrés. La manœuvre était courante : on en voulait beaucoup moins à l'homme qu'aux biens aussitôt mis sous séquestre. Péniblement notre aristocrate en obtient la levée, se déclarant « bon citoyen et zélé patriote » *. Mais à peine le père est-il hors d'affaire, que vient le tour du fils. Charles de Yergennes se voit confisquer les biens acquis par lui à Cluny, en 1791. Là encore toutefois, les Yergennes obtiennent gain de cause. Le 5 pluviôse an II, la Convention prononce l'annulation de la saisie en félicitant le citoyen Gravier dit Yergennes, des services tant civils que militaires qu'il a rendus depuis 1789\

Ni le père, ni le fils ne purent défendre aussi bien leur vie que leur fortune. Un mois après s'être vu délivrer par la Convention le glorieux témoignage de civisme que j'ai dit, Charles de Vergennes était arrêté avec son père. Ils restèrent emprisonnés jusqu'en thermidor. Le 5 de ce mois, ils comparaissaient devant le tribunal révolutionnaire. L'acte d'accusation fut accablant pour eux. « Yergennes, père et fils, y était-il dit, ont toujours été les inslrumens serviles du tyran et de son comité autrichien, et n'ont paru se couvrir du masque du patriotisme que pour diriger dans les places qu'ils occupoient la Révolution au profit du despotisme et de la tyrannie ». Et plus accablant encore dans ses considérants, le jugement du 6 thermidor an II condamnait à la peine de mort « Jean Gravier dit Yergennes, ex-comte, âgé de 75 ans et Charles Gravier dit Yergennes, âgé de 42, comme convaincus de s'être rendus les ennemis du peuple et d'avoir conspiré contre sa souveraineté, en entretenant des intelligences et correspondances avec les ennemis de l'intérieur et de l'extérieur de la

1. Voir plus loin, p. 80-81, la note relative à Charles de Vergennes.

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