A MONSIEUR EDOUARD FOLK Y
taipe que je connaisse. Quand sa conversion sera poussée jtisque-là, je m en féliciterai beaucoup, à titre d'événement capital dans l'avancement social du positivisme.
Néanmoins, le cas actuel concerne un digne prolétaire, que je pourrai peut-être nommer Mercredi prochain pour annoncer la convocation relative au préambule positiviste du lien conjugal. Afin de dissiper votre incertitude, je crois même pouvoir, ici, vous confier personnellement, sous le sceau du secret provisoire, qu'il sagit de M. Fili.
Son âge étant le même que le vôtre, je me suis aussi trouvé spécialement conduit à m'occuper de vous. Votre digne lettre me confirme dans la conviction que vous sentez profondément le besoin d'un tel lien pour consolider et développer votre bel avenir. Mais je vois aussi que vous avez bien apprécié la difficulté de l'instituer convenablement et les dangers d'un mauvais choix, -tant caractérisés par ma propre expérience.
Votre belle profession commence dignement à tous égards, en se vouant à rétablir votre vieux père, si son imprudence ne fait pas avorter vos soins. Les réflexions que ce cas vous suggère sur l'importance de l'unité morale pour garantir la santé physique me font lieureusement reconnaître votre aptitude à développer Tefficacité médicale du positivisme, qui sera bientôt envisagé comme augmentant la longévité par l'établissement de l'harmonie cérébrale et dès lors corporelle. Mais en cas d'une triste éventualité, que vous éviterez, j'espère, je dois ici prévenir la générosité trop irréfléchie vers laquelle vous nous avez quelquefois semblé tendre, au sujet de l'héritage auquel on pourrait vous pousser à renoncer mal à propos. D'abord l'engagement normal à cette renonciation ne se contracte qu'en recevant l'ordination sacerdotale dont vous êtes encore éloigné, quelque ferme que soit mon assurance que vous l'obtiendrez. Surtout il faut considérer que cette règle est propre à l'état normal, et ne pourra convenir à la transition que lorsque le subside
ai8 LETTRES d'aUGUTB COMTE
positiviste garantira pleinement Fexistenee des théorieiens ; en sorte que j'aoceptepais moi-même ma part de Théritage paternel, fiit^elle plus grande qu'elle ne le sera jamais.
Peut-être mentionnerai«je ce soir, sans la lire, une fâcheuse lettre que j'ai reçue vendredi de M. H...^ dont les dispositions radicalement protestantes me semblent maintenant annoncer une prochaine défection, qui me surprendrait peu dans une classe aussi versatile que la sienne. Heureusement je fus, quelques heures après, consolé de cette impression par une excellente visite de M. Papo), quoique sa triste santé me fasse aujourd'hui craindre que nous soyons bientôt privé de ce noble et tendre ami, chez lequel le cœur guide et soutient l'esprit. Le lendemain, outre une mémorable lettre de M, Audif*frent, sur mon récent opuscule, j'en reçus une, encore plus précieuse, du digne M. Fisher, où je vois de plus en plus le chef prochain des positivistes britanniques et môme le quatrième des prêtres que j'aurai la satisfaction de consacrer à l'Humanité.
(10, rue Monsieur-le-Prince.)
p. S. Tant que durerf^ votre douloureuse absence, suivez sans scrupule l'heureuse impulsion qui vous dispose à vous épancher auprès de moi. Si je vous ai souvent reproché de ne point user ^ssez des entretiens personnels que je vous ai cordialement offerts, j'espère que vous serez moins réservé par écrit, envers des contacts que je regarde, outre la satisfaction individuelle qu'ils me procurent, comme formant une partie essentielle de mou office religieux^, quand ils peuvent autant fructifier que dans votre cas.
A MONSIEUR EDOUARD FOLEY aiQ
TROISIEME LETTRE
A Monsieur le Docteur Foley, a Marly-le-Roi.
?^m, le Jfiudi matin, 4 Pescartes 67,
Mon cher Disciple,
Je m'empresse de répondre brièvement à la bonne lettre qne j'ai reçue de vous hier soir. Cette réponse vous parviendra, j'espère, assez tôt pour que votre intéressante prosélyte puisse conduire ses jeunes fils ji la oéré^ monie où vous raccompagnerez demain (à 2 h. précises). Avec vous, et M. Henry, le troisième témoin sera M. Magnin, dont le digne concours, après l'explication spéciale qu'il est venu me demander, constitue une pleine adhésion au sacrement décisif que ce préambule caractérise.
La sollicitude que ma précédente lettre vous avait témoignée, envers une éventualité qui, j'espère, sera lointaine, se trouve complètement dissipée par vos éclaircissements directs. Ils me prouvent que votre sagesse est au niveau de votre dévouement, qui doit ainsi développer sa pleine efficacité, tant pour le service de l'Humanité que pour votre vrai bonheur.
Tout à vous.
Auguste Comte.
'(10, rue Mon8ieur4e-Prince.)
âaO LBTTRB8 D AUGU8TB COMTE
QUATRIÈME LETTRE
A Monsieur le Docteur Edouard Foley, a Paris.
Paris, le Samedi 27 Frédéric 67 (i" Décembre 1855).
Mon cher Disciple,
Quand vous m*avez spontanément offert d*écrire en Hollande sur rinsuflBsance du subside, j'ai regardé votre intervention comme moins douce, quoique plus pressante, que celle spécialement adaptée à ce cas. Celle-ci n'ayant rien prpdult, l'urgence me conduit maintenant à vous prier d'annoncer directement ma situation k M. le comte de Stirum, capitaine du génie, à La Baye. Pour plus de clarté, je formule cette annonce, mais en vous réservant sa rédaction.
Monsieur,
Au nom des disciples dont M. Auguste Comte est eiilourc, je dois vous informer, et par vous tous les positivistes hollandais, que, à moins de secours exceptionneU, notre maître va se trouver forcé, d'après l'insuflBsance de son subside de i855, de terminer l'année en suspendant le payement normal de ses provisions habituelles.
Salut et Fraternité.
Le Docteur Edouard Foley, médecin.
Lieutenant de vaisrean démUaionnaire, [X me de la Perme-dea-Maiharins, à Paris.)
Si la Hollande envoie quelque supplément, je présume qu'il sera surtout fourni par M. de Constant. Mais, à ce
A BOmSlBUR BDOUARD FOLEY 9!|I
tilre môme, l'annonce spécialement adressée à lui serait devenue trop directe à son égard et trop indirecte envers les autres. En écrivant à M. de Stirum, on s'adresse à celui que les positivistes hollandais regardent liabituellement comme leur chef qui d'ailleurs sait que la Hollande, loin d'avoir envoyé cette année aucun supplément, a réellement fourni plus de cent francs de moins qu'à l'ordinaire.
Tout à vous.
Auguste Comte.
CINQUIÈME LETTRE
A Monsieur le Docteur E. Foley, a Paris.
Paris, le Vendredi aG Dichal ^.
Mon clicr Disciple,
Mon testament est terminé : je l'ai remis. Lundi dernier a4 Décembre, à M. Laffitte, son perpétuel dépositaire. Vous ayant choisi pour l'un de mes treize exécuteurs testamentaires, je vous invite à prendre, chez M. LaffUte, une exacte connaissance de cet acte, afin de me déclarer par écrit si vous acceptez ou refusez l'office que je vous propose. En cas d'acceptation, vous aurez ensuite la faculté de copier cette pièce à votre seul usage.
Tout à vous.
Auguste Comte.
(lo, rue Monsieup-le-Prince.)
Baft LsrniM d'augustjb gomtb
SIXIÈME LETTRE
A Monsieur le Docteur Edouard Foley, a Paris.
Paris, le Mardi i5 Moïse 6S.
Mon cher Disciple,
Quand vous aurez accepté la convocation ci-jointe, je vous prie de la communiquer d'abord à M. Florez (13, rue Neuve-Coquenard), puis à M. de Constant.
Tout à vous.
Auguste CiOMTls.
(lo, Rue Monsieur-ie-Prince.) Paris, le Mardi i5 Moïse 68.
M. Auguste Comte prie tous ceux de ses exécuteurs testamentaires qui sont maintenant à Paris de vouloir bien se réunir chez lui Dimanche prochain ao Moïse, à deux heures précises (plutôt avant qu'après), pour écouter les explications et communications devenues indispensables, et qu'il ne pourrait plus longtemps retarder sans de graves inconvénients, au début de son troisième et dernier grand ouvrage.
A MONSIBUR EDOUARD POLET 12q3
SEPTIÈME LETTRE
A Monsieur le Docteur Edouard Foley, a Paris.
Paris, le Jeudi a4 Aristote 68.
Mon cher Disciple,
Il est probable que M. Laffitte ne sera pas de retoupour le jour accoutumé du payement trimestriel que vous faites ensemble en mon nom. C'est pourquoi je vous prie de vouloir bien écrire Lundi prochain à cette dame (14, rue de Puteaux, BatignoUes), que vous irez, le Dimanche suivant, 3o Mars, lui porter seul les cinq cents francs usités.
En venant les prendre chez moi le matin de ce même jour, vous ne troublerez p«ts mon travail entre neuf heures et dix heures.
Tout à vous.
Auguste Comte.
(10, rue Monsieur-le-Prince.)
HUITIÈME LETTRE
A Monsieur le Docteur Edouard Foley, a Paris.
Puië, le Lundi i4 Shakespeare 68.
L'absence de M. LafBtte vous oblige à faire seul la commission collective qui s^accomplit à la fin de chaque trimestre. Je vous prie donc d'avertir que vous irez,
Dimanche prochain 38 Septembre, transmettre ce payement. Le matin <le ce jour je vous remettrai les cinq cents francs.
Tout à vous.
Auf^ste Comte.
(lo, puc Monsicnr-lc-P rince.)
I\ S. Airectueux liommage3 a votre aimable compagne. \
NEUVIEME LETTIÎE
A Monsieur le Docteur Edouard Foley, a Paris.
Paris, le Mercredi matin 33 Gulteiuberg 68
Mou cher Disciple,
D'après les renseignements que Mme Jullien est venu me donner hier soir, voici ce ([ue je pense :
i« Quand vous avez vu que votre projet de loger des dames chez vous ù la veille de votre mariage affligeait votre future et choquait ses parents, vous avez eu tort d'y persister ; vous devez immédiatement accepter, et même faire accepter, si vous le pouvez, la proposition <]ue vous fait voire nouvelle famille de recevoir chez ellemême ces personnes ;
a^ Ayant consenti formellement au mariage catholique, ce serait une puérile inconséquence de refuser les cérémonies secondaires que demandent vos parents, quand elles ne vous imposent aucune profession de foi Ihéolopique.
Tout ù vous. Auguste Comte.
(10, rue Monsicui'-lc-Priucc.)
A MONSIEUR EDOUARD FOLET aa5
DIXIÈME LETTRE
A Monsieur le Docteur Edouard Foley, a Mantes.
Paris (10, rue Monsieurle-Prince), le Mardi 6 César 69.
Mon cher Disciple,
Quoique votre bonne lettre de Samedi, que j*ai reçue avant-hier, ne fasse aucune allusion à noire grande cause. Je vous entretiendrais volontiers des récent^ progrès du positivisme. Car je sais que, d'après la plénitude de vos convictions, vos justes préoccupations professionnelles ne pourront jamais altérer le profond intérôt que vous prenez à rinstallation de la religion universelle, malgré qu'elles vous interdisent momentanément d'y coopérer. Mais, comme vous m'annoncez une prochaine visite, j'ajourne jusque-là les communications que j'aurais à vous faire. Je dois aujourd'hui me borner à vous féliciter du succès naissant de votre avènement médical, et des consciencieuses dispositions que vous apportez dans l'exercice de vos fonctions. Les visites d'installation que l'usage vous impose doivent être patiemment accomplies, parce qu'un tel préambule est pleinement convenable. Soyez particulièrement attentif, dans votre office, à réprimer les tendances tranchantes et critiques auxquelles vous êtes spontanément enclin, mais qui furent surtout aggravées par vos habitudes maritimes. Outre que ce ton pourrait beaucoup diminuer voire clientèle, il serait directement contraire à la confiance qu'exigent vos fonctions, où Taménité devient un véritable devoir.
Tout à vous.
Auguste Comte.
P. S. Je vous prie de remercier Mme Foley de la politesse dont elle vous a chargé pour moi.
aa6 LETTRES d'auguste comte
ONZIÈME LETTRE
A Monsieur Edouard F'oley, Médecin, A Mantes (Seine-et-Oise).
Paris (lo, rue Monsieur-le-Prince.) Le Samedi 3 Saint-Paul 69.
Mon cher Disciple,
Je vous s^ai très obligé si vous m'envoyez, le plus tôt possible, une lettre spécialement destinée à recommander, à votre frère d'Alger, un vrai positiviste pratique, M. le capitaine du génie Anfrie. Admis à TÉcole polytechnique en 1836, il y fut profondément frappé des mémorables leçons de mathématiques que j'y fis alors par intérim. Quoique il ait déjà servi cinq ans en Corse, il ne peut finalement éviter la résidence algérienne, où le gouvernement l'envoie pour trois ans ; ce qui le force d'y transporter aussi sa digne épouse et leur jeune enfant.
Tout à vous.
Auguste Comte.
DOUZIÈME LETTRE
A Monsieur Edouard Foley, Médecin, a Mantes.
Paris (10, rue Monsieur-ie- Prince), le Lundi 5 Saint Paul 69
Mon cher Disciple,
Je vous remercie de votre cordial empressement pour la lettre que je vous avais demandée, et que je viens d'envoyer à M. le capitaine Anfrie. Non seulement il ne