‹ Lettres d'Auguste Comte à diversChapitre 21 sur 38 · A MONSIEUR EDOUARD FOLEY · texte numérisé non relu

A MONSIEUR EDOUARD FOLEY

m'avait aucunement sollicité là-dessus, mais j'ai même fait cette démarche à son insu. C'était donc à moi qu'il devait exclusivement appartenir de vous pemcpcier d'une intervention à laquelle M. Anfrie ne pensera qu'en recevant mon envoi : vous m'avez aussi procuré la satisfaction de lui ménager une heureuse surprise.

Tout à vous.

Auguste Comte.

TREIZIEME LETTRE

A Monsieur Edouard Foley, a Mantes,

Paris (lOf rue Monsieur-le-Prince), le Lundi 19 Gtiarlemagne 69.

Mon cher Disciple,

Votre longue lettre d'avant-hier m'a produit hier une profonde satisfaction d'après la naïve confiance spontanément manifestée par ce tardif épanchement. Les désappointements et tracasseries que vous me décrivez ne méritent pas l'attention que vous leur accordez. Puisque vous avez déjà trouvé deux ou trois familles avec lesquelles vous pouvez dignement communiquer, c'est au^ delà de ce que j'espérais, et plus qu'il n'en faut pour ne pas s'inquiéter des autres. Il ne faut pas regarder comme particulière à votre séjour actuel une dégradation mentale et morale partout inhérente à l'anarchie spirituelle, et de plus en plus développée à mesure qu'on s'éloigne de Paris. Je ne peux mieux vous conseiller le préservatif et le correctif que vous me demandez qu'en vous invitant à reprendre votre effort positiviste, déplorablement suspendu depuis votre départ ; la vie publique doit seule combler les lacunes qui vous froissent. N'ayant aucune^

aaS LETTRBS d'auguste COMTE

ment renoncé, je présume, au sacerdoce où je n'admettrai personne avant l'accomplissement de la quarante deuxième année, votre digne préparation habituelle» pleinement conciliable avec vos devoirs professionnels, vous aura bientôt délivré de ces soucis puérils. Même quand votre résolution changerait à cet égard, vous ne sauriez jamais oublier que tout homme doit normalement dominer ses occupations journalières, en évitant cette absorption que les pédants érigent en symptôme de force, tandis qu'elle constitue un signe de faiblesse Si chacun doit d'abord remplir son office spécial, une obligation civique et religieuse lui prescrit aussi de consacrer un certain temps de chaque journée à la considération directe de l'harmonie générale, sous peine d'automatisme et de dégradation.

Je ne puis, malgré votre attente, ratifier les prudents conseils conjugaux qui vous poussent à la défiance : il vaut mieux perdre votre argent que d'altérer votre altruisme, où réside votre principal trésor. M. Audiffrent m'a récemment écrit que, quand il exercerait la médecine, il n'enverrait jamais de note, attendant avec résignation la rétribution quelconque qu'on jugera spontanément convenir à ses soins, quoiqu'ils puissent ainsi souvent rester frustrés de toute compensation pécuniaire. Dans une profession fausse, où la démoralisation est toujours imminente, parce qu'on y vend ce qui ne saurait normalement se vendre, on ne peut radicalement éviter ou surmoiilcr la dégradation qu'en se conduisant ainsi : S^ailleurs on y perd moins que ne l'indique une superficielle appréciation, parce qu'une digne attitude doit habituellement rappeler les honoraires dus, sans qu'on ait ordinairement besoin de procéder comme un marchand.

Il faut spécialement féliciter votre jeune épouse de vous avoir enfin inspiré des sentiments plus convenables envers votre propre famille. Vous savez que, sans connaître les faits autrement que par vous-même, vos répugnances filiales m'avaient toujours paru profondément exagérées. Le triste mot que me dit votre mère {nionfils

A MONSIEUR EDOUARD FOLEY asig

ne croit posa V affection qu'il nous inspire) m'a profondément touché comme l'expression spontanée d'une sincère douleur, incompatible avec la monstrueuse sécheresse que vous supposiez.

Je vous souhaite, mon cher Disciple, Vénération et Dévouement.

Auguste Comte.

P. S. Si vous pouvez dorénavant employer des enveloppes moins grandes, vous m'épargnerez la perturbation que votre format actuel apporte dans l'arrangement des lettres que je tiens à garder.

QUATORZIÈME LETTRE

A Monsieur Edouard Foley, a Mantes.

Paris (lo, rue Monsieur-le-Prince.) Le Mercredi 14 Dante 69.

Une trop grande importance attachée à vos propres affaires me fait légèrement apprécier une perturbation physique, à source morale, qui dure depuis le i3 Juin. Celte indisposition constitue la plus grave maladie que j'aie jamais éprouvée depuis trente ans. Elle consiste en une inflammation naissante du bas- ventre, qui, presque dissipée maintenant, a laissé pleinement surgir la gastrite correspondante où réside aujourd'hui mon principal trouble. Je me suis traité seul et sans m*aliter, en écartant, d'après une courte épreuve, les divers conseils médicaux. La crise finale a consisté, Dimanche dernier, en un copieux vomissement de sang, survenu spontanément et sans douleur. Depuis lors, je me sens en vraie convalescence.

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quoique très lente, ma nourriture quotidienne restant bornée à cinq verres de lait, bus à trois heures de distance mutuelle. Vous aurez une juste idée générale de la gravité du cas, en apprenant que mon extrême faiblesse physique m'empêche aujourd'hui d'accomplir, même en voiture, la sainte visite hebdomadaire qui ne m'avait jamais manqué pendant onze ans : cette courte réponse est un effort pour moi.

Je vous envoie ci-joint, sans l'avoir aucunement lue, la lettre incluse dans la vôtre d'hier; et je vous invite à regarder cette contestation comme terminée. En temps ordinaire, un tel cas serait trop minime pour mériter ma suprême intervention. Mais, dans ma position actuelle, tous mes disciples doivent scrupuleusement s'abstenir de me soumettre leurs dissensions quelconques, dont le spectacle ne peut qu'altérer le calme, physique et moral, qui maintenant constitue la première condition de mon plein rétablissement. Si vous poursuivez cet incident, que ce soit par la simple et bienveillante entremise de MM. Lonchampt et Lalïîtte, dont chacun possède la juste confiance des deux parties. Quant à moi je me borne à déplorer vos attaques indéterminées et passionnées contre le ménage positiviste qui m'inspire le plus d'affection et d'estime.

Puissiez-vous, mon cher Disciple, toigours croître en Vénération et Dévouement.

Auguste Comte.

QUIN ZIÈME L ETTRE

A Monsieur Edouard Foley, a Mantes

Paris (lo, rue Monsieur-le-Prince.) Le Jeudi i" GuUemberg 69.

Mon cher Disciple, Je suis tellement satisfait de l'excellente lettre reçue de vous hier, que, quoiqu elle m'annonce pour demain une

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précieuse visite, j'y dois aujourd'tiui faire, malgré ma faiblesse physique, un courte réponse, ultérieurement développable.

Vous avez grandement raison de vanter reffîcacité médicale de Taltruisme. Si les matérialistes la méconnaissent, en général, ils doivent au moins l'admettre dans mon cas actuel, où la maladie suscitée par de mauvaises émotions doit surtout se guérir d'après les bonnes. A ce titre, vous pouvez justement parler de votre intervention médicale, et je vous en dois une reconnaissance spéciale, pour les opportunes communications que votre zèle a provoquées et qui m'ont procuré de touchantes manifestations.

Ne croyez pas que mon estime soit aucunement diminuée par suite de la grande faute que vous avez volontairement commise; je vous plains plus que je vous blâme. Je ne ferais moins de cas de vous que si vous ne parveniez pas à transformer ou surmonter la fatale influence continue à laquelle vous avez ainsi soumis l'ensemble de votre carrière sociale.

Quant à M. Fisher, des faits récents, qui vous sont probablement inconnus, m'autorisent à présumer que sa valeur morale est fort inférieure à ce que j'avais d'abord supposé.

Néanmoins, je ne le jugerai que d'après sa prochaine lettre spontanée, que je ne veux aucunement hâter, soit directement, soit indirectement. Si mon appréciation est finalement défavorable, une addition spéciale rectifiera la bonne opinion formulée sur lui dans mon testament.

Continuez, mon cher Disciple, à croître, non seulement en Vénération et Dévouement, mais surtout en digne soumission.

Auguste Comte.

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