‹ Lettres d'Auguste Comte à diversChapitre 24 sur 38 · VINGT-SEPT LETTRES A MONSIEUR JOHN FISHER · texte numérisé non relu

VINGT-SEPT LETTRES A MONSIEUR JOHN FISHER

PREMIERE LETTRE

A Monsieur Fisher (de Manchester) a Paris.

Paris, le Jeudi 4 Arctiimède 67 (ag Mars i855.)

Monsieur,

Conformément à votre demande, vous avez hier été, d'après ma proposition, unanimement admis comme membre de la Société Positiviste, qui se réunit fraternellement chez moi chaque Mercredi soir de sept heures à dix heures.

Salut et Fraternité.

Le Président de la Société Positiviste^ Auguste Comte

(10, rue Monsieur-le-Ppince.)

DEUXIÈME LETTRE

A Monsieur Fisher, a Marseille.

Paris, le Vendredi 19 Charlemagne 67.

Mon cher Disciple,

La lettre que je vous ai promise vient d'être écrite comme si vous deviez personnellement la remettre à M. Audiffrent, 3, rueSénac, à Marseille. Mais, après l'avoir cachetée, j'ai réfléchi qu'il est plus sûr et plus utile de la faire directement parvenir. Elle va donc être portée à la poste séparément de ce billet, quoique en même temps. De cette manière, M. Audiffrent se trouvera naturellement averti de votre visite, ce qui sera plus convenable à tous deux. Celte modification vous oblige seulement de commencer par expliquer la légère discordance ainsi survenue dans la première phrase de la lettre que je viens d* écrire.

En faisant à M. Audiffrent l'éloge que méritent votre esprit et votre cœur, j'ai dû naturellement penser au peu d'usage que vous avez fait, pendant l'heureux trimestre de votre séjour à Paris, de la faculté que je vous avais cordialement offerte pour des entrevues personnelles. Je ne me suis jamais trompé sur la nature et la source jde votre réserve, qui m'a fait mieux apprécier vos qualités morales, et surtout une rare vénération. Mais je n'en dois pas moins déplorer que nos contacts aient été moins multipliés qu'ils ne devaient l'être pendant un séjour que vous ne pouvez pas renouveler souvent.

A MONSIEUR JOHN FISHER aSg

Je dois donc vous faire spécialement sentir que les entrevues, comme les correspondances, avec ceux qui les méritent autant que vous, m'ont toujours paru former une notable partie de ma mission générale. Quelque occupé que je sois, mon plan de vie est tellement réglé qu'on est certain de ne jamais me déranger par ces contacts, quand on choisit les jours et les heures que je leur ai spécialement réservés dans la distribution de ma semaine. Celte explication vous conduira, j'espère, à faire par écrit un usage plus étendu de l'invitation que vous avez trop ménagée verbalement, et que je saurai toujours accueillir cordialement, lorsque vous éprouverez de vrais besoins d'éclaircissement ou d'expansion.

Tout à vous.

Auguste Comte.

(10, rue Monsieur-le-Priace.)

TROISIÈME LETTRE

A Monsieur Fisher, a Paris.

Paris, le Jeudi 25 Gultemberg 67.

Mon cher Disciple,

Je viens d'apprendre, par M. Hutton, que M. Gongreve

(Richard) demeure maintenant, non pas à Windsor, comme

je l'avais cru, mais à Wandsworth, près de Londres, en

Surrey. D'après cela, vous pourriez avoir une entrevue

préliminaire avec lui, dans votre prochain séjour à

Londres; ce qui faciliterait vos relations ultérieures de

Manchester.

Tout à vous.

Auguste Comte.

(10, rue Monsieur-lc-Priiice.)

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QUATRIÈME LETTRE

 Monsieur Fisher, a Manchester.

Paris, le Lundi i5 Shakespeare 67.

Mon cher Disciple,

Votre excellente lettre de Mercredi soir, que j'ai reçue avant-hier matin, confirme mon espoir de vous voir bientôt devenir un digne chef des positivistes britanniques, comme Test M. Edger envers les Américains. Autant que lui, vous remplissez complètement les conditions, de vénération et de dévouement, qui sont à la fois les plus importantes et les plus difficiles pour une telle destination. Plus jeune et mieux cultivé que lui, vous avez sur lui l'avantage de pouvoir, d'après un noble apostolat, aspirer fin^^ement au sacerdoce positif, en transformant graduellement la profession médicale que vous avez heureusement choisie.

J'avais jadis espéré que M. AVilliamson deviendrait le chef du positivisme en Angleterre. Mais malgré nos relations spéciales, il a bientôt cessé, surtout moralement, de mériter une telle mission. Quoique M. Congreve en soit, à tous égards, plus digne, sa situation est trop dépendante, et même trop fausse, pour cet office. Il ne convient guère mieux aux positivistes de Dublin. Outre qu'un tel siège n'est point assez britannique, l'origine protestante de ,ces messieurs ne me permet pas même de voir, en aucun d'eux, le chef du positivisme irlandais, qui, malgré ces précieuses adhésions, me semble n'avoir pas encore surgi.

A MONSIEUR JOHN FI8HBR q6i

Car, notre église doit partout absorber tous les dignes programmes pour les réaliser en les épurant. Elle devra donc, en Irlande, représenter et développer les justes réclamations des catholiques contre une union oppressive : en sorte que mes disciples actuels de Dublin, Cork et Galway, ne pouvant épouser cette nationalité, sont seule* ment des positivistes anglais domiciliés en Irlande, ot non des positivistes irlandais.

Outre vos qualités personnelles, la position de citoyen de Manchester vous rend spécialement propre à présider les positivistes britanniques, jusqu'ici flottants et stériles, malgré leur nombre, faute d'un digne chef, a^ant assez de dévouement et d'indépendance pour les rallier convenablement. Le caractère de la population anglaise ne saurait être suffisamment représenté par Londres, cité confuse et monstrueuse, destinée à se réduire beaucoup avant d'obtenir une physionomie nette et décisive, si jamais elle y parvient. Manchester pour la fabrication, et Liverpool pour le commerce, constituent les vraies capitales de l'industrie anglaise. Votre ville natale, dont la seconde est l'appendice maritime, est la plus propre à devenir un centre britannique de régénération sociale, en dehors des influences officielles; comme l'a déjà montré le retentissement occidental de ses convulsions industrielles. Je dois donc vous féliciter d'une telle résidence, et vous inviter à vous incorporer de plus en plus à ses destinées politiques, qui me paraissent devoir bientôt obtenir un grand essor, que le positivisme peut seconder et régulariser. Il importe que vos études médicales s'accomplissent dans cette cité, qui deviendra le siège de votre profession. Tout en développant ainsi vos liens de famille, trop négligés jusqu'ici, vous y préparerez l'influence civique qui vous est réservée, d'abord comme médecin, puis comme prêtre de l'Humanité.

Les touchantes expansions de votre lettre complètent l'assurance résultée pour moi de nos contacts personnels que, sf vous obtenez, suivant mon espoir, un véritable

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ascendant local, vous saurez éviter la vulgaire séduction qui disposerait à compromettre sa grandeur et sa consistance en le détachant de l'impulsion centrale. Vous avez dignement senti l'admirable sentence que vous citez de Tincomparable Saint^Paul. Une digne subordination peut seule, en effet, affranchir de Tennui, du doute, et de Tirrésolution où Ton voit aujourd'liui livrées tant d'âmes, même recommables {sic)y faute de discipline. Ceux qui, sans pouvoir devenir chefs, ne veulent pas être conduits, sont à la fois malheureux et perturbateurs. Nous devons énergiquement écarter de tels brouillons, même quand ils se croient positivistes. Puisque le pouvoir spirituel est essentiellement synthétique, il sera toujours condensé chez un seul cerveau, dont tous les théoriciens ne peuvent être que les adjoints, ou les suppléants. Nécessaire à rétat normal, une telle constitution devient surtout indispensable à la transition actuelle, oii tous les prétendus positivistes qui ne veulent pas se subordonner dignement au fondateur de la religion universelle doivent être toujours traités comme des adversaires de la régénération occidentale, puisqu'ils entravent le seul ascendant propre à la diriger.

Mon Appel aux conseri>ateurs a paru, sans aucune altération ni difficulté, le jour même que vous quittiez Paris (7 Septembre). Il importe à votre mission que cet opuscule vous devienne bientôt familier, puîsqpi'il caractérise avec précision l'attitude générale des vrais positivistes dans le présent milieu. J'y représente notre doctrine comme douée, envers Tordre, de la môme supériorité qu'on lui reconnaît quant au progrès. Ainsi commence la réalisation de ma proclamation fondamentale sur notre prise de possession de la direction générale des affaires terrestres. Car cet ascendant doit être purement spirituel pendant la première moitié de la transition organique, pour devenir aussi temporel dans la seconde, quand nous aurons formé Tôpinion occidentale et préparé nos hommes d'état. Or, mon opuscule inaugure directement ce gouvernement

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