A MONSIEUR JOHN FI8HBR
SEPTIÈME LETTRE
A Monsieur John Fisher, a Manchester.
Paris, le Jeudi 4 Biehat 67.
Mon cher Disciple,
Je suis heureux d'apprendre, par votre lettre de Dimanche soir, arrivée hier matin, que vous avez dignement obtenu la juste diminution que vous veniez de demander dans la durée officielle de vos études médicales, ce qui doit hâter d'un an votra avènement normal au doctorat. Cette décision honore le sage discernement des examinateurs de Londres, qui, faisant un judicieux usage de leur pouvoir légal, ont noblement apprécié ce que votre cas offre d'exceptionnel. Ainsi réduit à trois ans, votre apprentissage officiel n'en sera pas moins suffisant, j'en suis certain, pour développer votre instruction médicale, que vous saurez ensuite compléter pendant les premières années d'une pratique d'abord restreinte.
D'après votre récit de contact personnel avec M. Holyoake, vous avez montré l'énergie,* la prudence et la fermeté convenables envers une sorte de chef de parti qui ne pouvait avoir, dans cette entrevue, l'attitude soumise dont il m'honora pendant sa visite d'Août dernier. Quoique je le croie fort ambitieux, au point de a iser, peut-être, à la dictature britannique en cas de commotion démagogique, il me semble doué d'une véritable élévation et susceptible de sentir l'épuisement des impulsions purement révolutionnaires, ainsi que l'opportunité du positivisme social.
aja LETTRES D AUGUSTE COMTE
Si, suivant votre espoir, il se décide à publier votre traduction du Catéchisme, il pourra mieux seconder, en Angleterre, Tavènement de notre religion que ne peut le faire M. Congreve, plus pur et même plus intelligent, mais moins énergique et moins libre. Je regrette pourtant d'avoir aussi remarqué, chez M. Holyoake, ce défaut d'élan ou cet excès de réserve que la plupart des Anglais offrent habituellement aux autres Occidentaux ; comme l'indique son silence total envers la lettre dont je l'honorai d'après notre entrevue et. même, quant à mon envoi de V Appel aux conservateurs, par l'entremise de son jeune ami de Paris. Vous êtes, jusqu'ici, le seul qui m'ayez réellement offert une exception, d'autant plus admirable^ à ce vice radical des âmes britanniques, et tous mes disciples, dont vous êtes personnellement connu, sont autant frappés que moi de cet heureux contraste.
Les espérances que vous concevez sur M me
paraissent moins fondées qu'à vous. Je crains qu'il n'ait, à mon égard, abusé de la déplorable facilité qu'acquierrent les littérateurs et les avocats pour exprimer des idées, et même des sentiments, qu'ils ne partagent pas. Il ne pourrait surmonter les lacunes de son éducation et les vices de sa profession que d'après une supériorité de cœur dont je ne le crois pas doué. Néanmoins, je vous félicite d'avoir cordialement accueilli son initiative, et je regarde votre contact comme susceptible de le modifier. Peut-être le succès de son opuscule, tout en excitant sa vanité déjà trop grande, aura-t-il pour résultat de le fixer dans le positivisme, malgré sa versatilité naturelle et même acquise.
Votre question sur la couleur verte des emblèmes positivistes se trouve résolue au discours préliminaire de la Politique positive. Cette nuance convient aux hommes de l'avenir, en caractérisant l'espérance, d'après l'annonce habituelle que fournit partout la végétation, en même temps qu'elle indique la paix ; double titre pour symboliser V activité pacifique. Historiquement, elle inaugura la