‹ Lettres d'Auguste Comte à diversChapitre 27 sur 38 · A MONSIEUR JOHN FI8HBR · texte numérisé non relu

A MONSIEUR JOHN FI8HBR

révolution française, puisque les assiégeants de la Bastille n'eurent» pour la plupart, d'autres cocardes que des feuilles subitement arrachées aux arbres du Palais-Royal d'après Theureuse exhortation de Camille Desmoulins ; quoique les orléanistes aient fait, quelques jours plus tard, prévaloir la livrée tricolore de leur dynastie, sous divers prétextes depuis longtemps oubliés. Outre ces motifs, je devais m'attacher à prévenir Tadoption du rouge, qui, chez le peuple central et même parmi d'autres occidentaux, désiçoe spécialement, encore aujourd'hui, la sanguinaire attitude des révolutionnaires les plus arriérés. Le vert est donc convenable, comme emblème des vrais régénérateurs, soit envers l'état normal, soit même pour la transition.

Ma santé n'a récemment souffert d'autre perturbation qu'un rhume assez opiniâtre, quoique peu profond, qui me fait encore tousser après trois semaines. Cependant, outre qu'il e^t sur le point de cesser, il n'a jamais altéré mes diverses habitudes, et mon sommeil a seul été dérangé ; ce qui, tout compensé, constitue une paisible terminaison de mon année de chômage, le volume que je dois publier en Octobre prochain devant, dès le i^^ Février, m'occuper, sans interruption, pendant sept mois, sauf ma sortie sacrée de Mercredi suivie de mon constant repos du Jeudi.

Tout à vous.

Auguste Comte.

(10, rue Monsiear-le-Ppince.)

iS

HUITIÈME LETTRE

A Monsieur John Fishër, a Manchester.

Farts, le Jeudi 3 Moïse 68

Mon cher Disciple,

Je suis extrêmement touché des sentiments et des vœux par lesquels votre lettre de Dimanche s'est spontanément liée à la visite annuelle de mes meilleurs disciples. Nous vous avons tous regardé comme vous tl'ouvant alors parmi nous, pour ébaucher, au milieu de l'anarchie uni. verselle, la principale fête du culte final, en rendant un hommage collectif au fondateur de la Religion de THu* manité.

Votre petite lettre me donne lieu de remarquer, dans votre heureuse nature, la réunion aussi rare que précieuse, de la prudence et de la modération avec l'élan et l'enthousiasme. Je vous félicite de votre réserve envers M Congreve, dont la froideur n'est explicable que d'après sa fausse position, qui lui donne, même à mon égard, une attitude peu satisfaisante, du moins par son défaut d'abandon. Quant auxpositivistes d'Irlande, vous avez fait toutes les avances convenables, et vous faites sagement de ne pas aller au delà, jusqu'à ce que leur accueil vous y conduise.

La nouvelle que vous me donnez du début de vos relations avec M. Edger m'a beaucoup satisfait. Vos deux natures sont tellement conformes, en synthèse comme en sympathie, qu'elles doivent bientôt contracter une liaison

A MONgISUR JOHN FI8|I£^ fÀj6

durable, dont le posiljvjsmo doit directement profiter. Je me félicite que Téminent fondateur de notre foyer américain vous ait adressé son opuscule sur le travail avant de me l'adresser à moi^mâme, ef je suis heureux du bon effet que sa lecture vous a produit.

C'est la semaine prochaine que j'écrirai ma septième circulaire, qui sera directement relative à l'institution du subside, seulement abordée d'une manière indirecte dans les précédentes. Pour diminuer les frais de transport, je vous en enverrai, par mon libraire au lieu de la poste, dix exemplaires destinés aux six souscripteurs britanniques, y compris quatre que vous garderez comme pouvant servir à notre propagande, sauf à vous en adresser d'autres ultérieurement si vous en avez besoin. Après avoir pris votre exemplaire, je vous prie d'envoyer à leurs destinations respectives, ceux de MM. Congreve,à Wandsworth, Allman à Galway,Shaidàrimiversité de Cork, Hutton et Ingram, à Dublin.

En lisant cette circulaire, vous verrez que j'ai terminé mon année de chômage par l'accomplissement du devoir personnel indiqué dans la dernière page de ma Politique, J'ai fait, en un mot, mon Testament, dont l'exécution est confiée à treize de mes disciples, parmi lesquels j'ai choisi, pour leur président perpétuel, M. LafQtte, auquel j'ai déjà remis ce manuscrit solennel, que je compte publier en 1864 à la suite de ma biographie, placée en tète de la correspondance dont j'ai promis alors la manifestation. Cette opération a placé mon àme dans la disposition la plus convenable à ma troisième et dernière construction, la Synthèse universelle, que je vais commencer le f®' Février en instituant sa partie logiqn^Q qui paraîtra, j'espère, en Octobre, formant un gros volmpe. Ainsi placé plus près de l'état purement subjectif, je sens que mon langage deviendra plus ferme et plus libre, sans aucun ménagement pour les divers préjugés, surtout théoriques, dont nos descendants, parmi lesquels je (doia désormais vivre, se trouveront spontanéinent préser-

vés. Ma Philosophie positif m'a fait comprendre le passé, d'où ma Politique positive a déduit ravenir, au nom duquel ma Synthèse universelle va directement parler : tel est le plan général de ma carrière, où la seconde vie doit produire deux constructions tandis que la première n'en put fournir qu'une, suivant leur tendance respective à développer et régler mes forces.

Tout à vous,

Auguste Comte.

(10, rue Monsieup-le-Prince.)

P. S, Le renouvellement de l'année vient de conduire M à m'écrire une longue lettre, terminée

par une courte phrase de regrets et d'excuses sur sa conduite en Septembre ; ce qui m'a permis de répondre avec cordialité, quoique je ne puisse encore lui rendre ma confiance antérieure.

NEUVIÈME LETTRE

A Monsieur John Fisher, a Manchester.

Prris, le Jeudi 3 Homère 68.

Mon cher Disciple,

Voici le reçu correspondant au mandat inclus dans votre lettre de Dimanche arrivée hier. Les cinq shillings en sus seront pour coopérer à la pension de la veuve Francelle en i856.

Je suis heureux d'apprendre que vous avez inauguré de bons contacts avec les positivistes d'Irlande. M. Hutton vient de m'écrire une lettre vraiment satisfaisante» à

Page 1