SI LETTRES D* AUGUSTE GOBITE
ganiser l'Occident. La continuité que nous systématisons nous oblige à mériter d'être librement reconnus, par nos prédécesseurs, comme les vrais héritiers des catholiques du moyen âge, dont nous venons réaliser le programme, en réglant, comme eux, la vie humaine d'après le sentiment, mais avec une meilleure doctrine et dans une situation plus favorable. Si, même ici, malgré toutes les altérations que leur suscite une vaine existence officielle, les catholiques me semblent mieux préparés au positivisme que tous les autres contemporains, je dois davantage espérer de ceux de votre cité, qui, placés au milieu d'une population hostile, ne peuvent aspirer à dominer et sont, ainsi, disposés à développer directement l'efficacité morale de leur religion. Quoique, par cela même, leur conversion ne puisse comporter l'importance qu'offrira celle ^es masses catholiques de l'Europe méridionale, elle offre plus de facilité et permet un début plus prompt de la sainte ligue, qui doit rallier les catholiques aux positivistes contre les protestants.
Dans les instructions que vous désirez à cet égard, je vous recommande un contact spécial avec les jésuites, qui sont, à tous égards, les meilleurs organes et défenseurs du catholicisme. Ils doivent être, à New-York, spontanément purgés des vices que l'espoir de dominer leur inspire à Paris. Ce sont, parmi les catholiques^ ceux qui peuvent le mieux apprécier l'aptitude du positivisme à la reconstruction du pouvoir spirituel, vainement tentée par les fondateurs du jésuitisme. En les qualifiant d'ignaciens, je rappelle que notre calendrier a dignement glorifié leur chef, et je les délivre d'un nom aussi vicieux en lui-même que généralement discrédité. Mais vos efforts auprès d'eùx^ comme envers les catholiques quelconques, doivent toujours rester purs de concessions 'capables de soutenir ou de ranimer leurs dispositions habituelles à la domination. Ils ne peuvent nous servir que comme auxiliaires, tout en acceptant notre présidence, après avoir librement reconnu notre supériorité, surtout morale, suivant la proclamation
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décisive qui commence la préface du Catéchisme positiviste, et que j'ai spécialement rappelée dans ma septième circulaire que je vous ai envoyée le i«r Homère. Toute autre attitude envers eux n'aboutirait qu'à des contacts stériles, qui, consumant votre temps et vos forces, pourraient diminuer votre zèle par des désappointements faciles à prévoir déjà.
Pour que votre conduite soit mieux saisie, je puis l'assimiler à celle que suit, envers le camp opposé, votre éminent ami, dans l'excellent opuscule que j'ai reçu le a8 Moïfie et pour lequel je vous prie de féliciter, en mon nom, ce noble disciple, qui m'a, par là, confirmé les hautes espérances résultées de l'ensemble de ses lettres et de sa conduite depuis que je le connais. Tout en proclamant avec énergie ses justes répugnances envers les dogmes propres aux anarchistes qui Tentourent, il a dignement défendu ces flmes égarées contre les calomnies intéressées de leurs adversaires officiels. Vous devez rendre à vos catholiques un service équivalent cont'^e les hostilités protestantes. De cette manière, mes deux éminents disciples américains auront déjà réalisé le plan de conduite indiqué dans mon Appel aux conservateurs, où les positivistes s'allient partiellement, d'une part aux rétrogrades, d'une autre part aux révolutionnaires, en dominant également les deux camps. Il faut, en faisant partout ressortir combien nous différons des catholiques, que vous sachiez toujours les représenter comme plus recommandables que les protestants.
La théorie subjective de Dieu nous permet de tout concilier sans concession, en montrant que les croyances tfcéologiques ftirent des institutions spontanées de l'Humanité, pour se créer, dans son enfance, des guides imaginaires, quel'espèce prépondérante ne pouvait trouver dans l'ordre réel. Nos précurseurs immédiats, les encyclopédistes du dernier siècle, retenus, par la métaphysique, au point de vue purement individuel et, dès lors, incapables de sentiments historiques, avaient vicieusement attribué ces
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oroyanoea à de» législateurs inorédule«, qui les auraient forgées pour dominer. On peut cependant passer de'oe faux système à l'appréciation normale en substituant Tespèce à Tindividu, de manière à représenter le prétendu Créateur comme une vraie créature, non de Ihomme, mais de THumanité, dont lea institutions ont la puissance de soumettre la raison personnelle avec autant d'empire que les lois extérieures de la Deatinée irniverselle. Ainsi, les positivistes honorent, suivant les temps et les lieux, d'abord les dieux, puis leur unique héritier, à titre de créations provisoires du Grand-Etre, Envers le dernier état du catholicisme, ils doivent spécialement gloriâer la Vierge comme le précurseur mystique de l'Humanité . Son culte sera facilement transformé de manière à amener les âmes catholiques, surtout féminines, à Tadoration positiviste. C'est surtout en dirigeant oette transition que les jésuites, régénérés en Ignaeiens, pourront nous aider à réorganiser l'Occident, pourvu qu'ils reconnaissent la supériorité nor* maie de la Religion fondée sur l'existence naturelle des penchants bienveillants, que le catholicisme fut forcé de nier pour faire pleinement prévaloir l'Ëgoïsme divin. Tout à vous.
Auguste Comte.
(10, rue Monsieup-le-Prince.)
DEUXIEME LETTRE
A Monsieur John Metgalf, a New- York.
Paris, le Lundi 7 Guttemberg 68.
Mon cher Disciple,
Je profite d'un jour exceptionnel de loisir pour faire une prompte réponse à votre excellente lettre du ao Dante que j'ai reçue Lier. Votre noble confiance me touoiie extrêmement et me prouve combien vous sentes les oon<^
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ditionsde la vraie subordination spirituelle. Las mauvaises habitudes dont vous vous accusez ne m'inspirent aucune inquiétude et je ne doute pas qu'elles ne soient bientôt, non seulement surmontées, mais pleinement réparées, d'après votre sage réj^ime de cœur, d'esprit et de corps. Moi-môme je fus longtemps troublé, pendant ma jeunesse, par de semblables pratiques, que je parvins pourtant à surmonter spontanément. Elles doivent plus facilement se dissiper chez vous, puisque vous dtes heureusement guidé par la religion universelle, à laquelle je ne faisais alors qu'aspirer sans l'avoir encore fondée. Son influence dissipera des dispositions qui tendraient à diminuer votre aptitude au service de l'Humanité, dont la préoccupation permanente constitue le meilleur préservatif ou correctif de telles déviations. Il vous suffira d'y joindre l'essor spécial d'une aflfection pure et profonde pour achever de vous garantir contre cette altération de votre éminente nature publique et privée.
Quoique, d'après votre description de votre genre de vie actuel, vous ne soyez pas dépourvu de relations affeoliver» habituelles, je regarde un digne mariage comme le meilleur moyen de consolider et développer votre existence morale. Il vous dédommagera des injustes désappointements que votre cœur éprouve de la part de votre ft^re et de vos sœurs, que vous avez sagement traités. Mai9» en vous recommandant une condition de bonheur et de perfectionnement à laquelle vous me paraissez spontanément disposé, je ne saurais trop vous inviter à procéder avec une grande circonspection dans le principal événement de la vie privée ; quelque triste et pénible que soit le célibat, un mauvais mariage est bien pire.
Je 9uis très satisfait d'apprendre que vous avez déjà réalisé l'institution personnelle du culte intime, en le rapportant au type maternel, qui doit ordinairement prévaloir. C'est le signe le plus décisif d'une pleine et solide conversion au positivisme que d'avoir ainsi réorganisé la vie morale, déplorablement négligée depuis le moyen âge.
surtout chez les populations protestantes. Il ne faut jamais compter entièrement sur les positivistes qui n'ont pas rempli cette condition , même quand ils ne la dédaignent pas.
Le digne complément que vous avez introduit à l'heureuse coutume instituée par M. Ëdger me parait un résultat naturel du culte intime, d'où vous est sans doute venue une telle inspiration. Gela me prouve à la fois la profondeur de votre conversion personnelle, et l'aptitude générale du positivisme à recevoir spontanément des perfectionnements secondaires chez ses vrais adeptes. Une telle réaction n'appartient qu'à la religion dont les bases sont réelles et la foi démontrable ; de manière à permettre au digne croyant des inspirations directes, où le sacerdoce n'intervient que pour sanctionner.
Je suis très touché de la célébration personnelle que vous avez secrètement accordée à la fête annuelle de mon angélique patronne et collègue éternelle. A cette occasion, je dois vous féliciter d'avoir adopté l'usage du ruban vert pour les manifestations religieuses auxquelles le pays où vous vivez permet une libre publicité chez les âmes dignement convaincues. Quoique j'aie jusqu'ici seul porté ce signe dans nos cérémonies, j'ai toujours déclaré qu'il n'est pas uniquement sacerdotal : tous les vrais positivistes peuvent personnellement l'employer, pourvu qu'ils le portent au bras gauche, en réservant le bras droit au sacerdoce, afin d'éviter la confusion.
Vos indications sur le genre précis de vos travaux professionnels me semblent indiquer que vous avez dignement apprécié leur importance. Néanmoins, je crois ici devoir vous rappeler les préceptes généraux du positivisme sur le devoir de chacun de bien remplir ses fonctions spéciales, quelle que soit leur nature. Il importe même à l'avènement de notre religion que ses adeptes aspirent toujours à se distinguer dans Taccomplissement de leur office quelconque, en ne négligeant jamais les parties pour Tensemble.
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Je dois spécialement approuver, et même encourager, le projet de publication que vous me soumettez, et qui, s'il est bien exécuté, pourra beaucoup seconder notre propagande. Peut-être, au lieu du mot Anarchjy, vaudrait-il mieux, dans votre triple titre, mettre Proiestaniism, surtout en vue de votre milieu, mais sans altérer l'équivalence radicale des deux termes. Le moment est venu de réaliser le vœu que je formais en 1841, dans une note de ma Philosophie positive (tome V, 'page 32^), de concentrer les discussions philosophiques et sociales entre les catholiques et les positivistes, en écartant, d'un commun accord, tous les métaphysiciens ou négativistes (protestants, déistes, et sceptiques) comme radicalement incapables de coopérer à la construction qui doit distinguer le dix-neuvième siècle du dix-huitième: 11 faut maintenant presser tout ceux qui croient en Dieu de revenir au catholicisme, au nom de la raison et de la morale; tandis que, au même titre, tous ceux qui n'y croient pas doivent devenir positivistes. Pendant la génération qui doit terminer la révolution occidentale par la réorganisation spirituelle, le mode normal consistant à. ce que la masse restât ou redevint catholique, les âmes d'élite arrivant au positivisme conduiraient mieux le mouvement. Quoiqu'on ne puisse pas espérer que cette netteté de situation se réalise dans le milieu britannique ou germanique, nous devons pourtant faire toujours sentir combien le protestantisme, sous tous ses modes, est contraire au siècle de la construction. Si, comme je l'espère, la France se débarrasse du budget ecclésiastique, il sera bientôt facile de combiner les catholiques avec les positivistes contre les négativistes quelconques.
Tout à vous.
Auguste Comte.
(10, rue Monsicur-le-Priiice.)
338 LSTTRBft d'auguste oomte
TROISIÈME LETTRE
A M. John Metcalf, a Modern Times (Lono^Island).
P«^ia« le Veadrt4i 9 Homère Ç^
Mpn cher Disciple,
Votre excellente lettre du <o MoSse^ que i'w fwue M^rdi, m'a profondément toucha par uu toi^ «c^iteRU de dîfue confiance et d'abandon spontané. D'après ç^s expansions, je vois que la précieuse affeçliom de votre én^inent ami M. Edger et de sa charmante famille ne peut maintenant suffire aux intimes compensations qui soat spécialement exigées par l'avortement exceptionnel de vc* liens de parenté Je crois, comme vous, qu'un d^ne mariage vous deviei^t désormais indispensahte pour rendre votre culture morale assez déterminée, et même donner plus de consistance à volve essor s^ial tant politique qu'industriel .
Mais le choix d'une vraie compagne demande une grande circonspectioB et de langues réflexiei^ Quoique je co«çoive et j'approuve votre prédilection croissante pour les femmes catholiques, il ^e faudrait pas boroer vos reehe?ches à ce champ trop cirçonscrit^ Votre pro« pre exemple, celui de M. Edger, et beaucoup d'ai^^tres* prouvent que du protestantisme, anglican cm dissiden^l^ on peut aussi monter au positivisme, en évitant toute sta^n sceptique, ce qui désormais constitue la principale condition. Il ne faut pas croire que cette transformation soit seulement réservée aux hommes. Elle me semble devoir être spécialement convenable aux femmes, spontanément antipathiques à la sécheresse protestante. Dans quelque
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milieu que voira choix s'accomplisse., vous seul êtes, à cet égard, compétent. Je dois seulement vous inviter à regarder comme une condition sine quâ non la participation volontaire de votre épouse au mariage positiviste, après que vous même Taurez dignement secondée par le mariage catholique ou protestant.
Quant à votre touchant projet de prochaine visite à la métropole humaine, je vous engage à ne le réaliser que lorsque vous commencerez i pouvoir vous faire assez comprendre en français. Sans cela, vos contacts personnels seraient essentiellement avortés, et vous devez éviter de compromettre, par précipitation, Tefficacité principale de ce dispendieux voyage. Malgré la cordiale autorisation que je serais heureux de vous y donner pour assister aux réunions hebdomadaires de la Société positiviste» les relations fraternelles, que vous y pourriez former, seraient longtemps incapables de vous faire assez parler le français, si vous n*en aviez, avant de partir, contracté Thabitude. Toutefois, il est encore possible que cette condition ne retarde pas le voyage projeté. Si vous avez assez de contacts français à New- York, vous y pourriez pousser, à cet égard, une suffisante préparation, avant le mois qnc^ vous avez choisi pour cette course.
Peu de jours après m'avoîr écrit, vous devez avoir reçu !a réponse de M. Magnin, envoyée, par l'Angleterre, ver» la fin de Décembre.
II ne faut pas vous effrayer des légères déviations învolontairetnent survenues dans votre résolution de chasteté. Malgré ces perturbations, ordinairement inévitables au début d'un tel régime, votre sage persévérance vous aura bientôt délivré des sollicitations sexuelles, surtout en évitant de vous en trop préoccuper, et comptant sur les diversions naturellement résultées de votre activité continue, tant corporelle que cérébrale.
Tout à vous.
Auguste Comte.
(10, r«e ]Vf<Hisieiir>lc-Pri«ee.)
34o LETTRES d' AUGUSTE COMTE
QUATRIÈME LETTRE
A MoxXsiEUR John Metgalf, a New- York.
Paris, (10, rue Monsieup-le-Prince), le Lundi 5 Dante 69.
Mon cher Disciple,
Votre lettre du 20 Charlemagne reçue hier, m'a profondément satisfait par votre digne acceptation de la carrière normale que je vous ai finalement conseillée, d'après l'ensemble' de votre nature et de vos antécédents, pour fournir aujourd'hui le vrai type décisif du prolétaire positiviste. Combinée avec la noble résolution de votre éminent ami M. Edger envers le sacerdoce, cette décision peut finalement puiser chez les Anglais transplantés en Amérique, les meilleurs modèles de la régénération occidentale, qui, devant nécessairement surgir à Paris, ne pouvait cependant y trouver ses premiers types complets, théoriques ou pratiques, vu le scepticisme trop prolongé par lequel y furent naturellement précédées les conversions initiales.
Déjà vous avez compris lous les devoirs que cette mission vous impose dans Texistence personnelle, et même domestique, gous ce secondaspect, je vous félicite d'avoir noblement terminé vos dilTérends de famille par un sage sacrifice, en remboursant à votre frère tout ce qu'il avait lui-même fixé. L'interventian d'arbitres quelconques, quoiqu'elle vous eût probablement épargné quelque argent, n'aurait pas autant satisfait votre conscience, ni manifesté votre dignité.
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C'est donc sur Texistence civique que je dois seulement insister pour avoir assez caractérisé Tensemble de vos devoirs. Elle vous offre deux sortes d'obligations, les unes spéciales, les autres générales, qui sont également impérieuses, quoique rarement conciliées chez les prolétaires actuels. Votre premier devoir civique concerne vos occupations professionnelles, par lesquelles vous devenez, dans la religion positive, un vrai fonctionnaire public, quand même les autres ne vous apprécieraient pas ainsi. Le digne accomplissement de voire travail journalier, une noble vénération continue envers vos chefs indus* trielsy'vous fourniront les meilleurs moyens habituels de faire tacitement sentir la supériorité morale et sociale du positivisme. Mais tout le temps que vos fonctions spéciales rendent vraiment disponible, doit normalement appartenir à la saine appréciation et culture des plus vastes relations humaines, où la providence systématique du sacerdoce doit toujours être assistée, surtout aujourd'hui, par l'active spontanéité des prolétaires, et l'influence affective des femmes Avant de considérer les trois aspects sociaux sous lesquels vous devez maintenant contempler cet office général, je dois d'abord indiquer la prescription qui leur est commune.
Elle consiste à combattre les deux tendances, également funestes et profondément connexes, par lesquelles le prolétariat occidental est radicalement corrompu, surtout chez le peuple central : d'une part, la disposition au déclassement : d'une autre part, le penchant à l'emploi de la violence numérique pour résoudre les conflits quelconques. L incorporation sociale du prolétariat occidental ne sera jamais réalisée, malgré tous les efforts du sacerdoce, tant que les meilleurs prolétaires n'auront pas irrévocablement abandonné tout projet de déserter leur classe en passant dans la bourgeoisie. Toutes les réclamations du prolétariat doivent maintenant sembler déclamatoires, quand on sait que la plupart des proietaires actuels ne travaillent que par force, sans aucune*
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ment «entir la dignité du travail industriel, auquel chacuïi d'eux préfère secrètement Texistence égoïste et fainéante qu'ils reprochent aux riches. Il faut donc faire d'abord apprécier à tous vos frères occidentaux que Futopic oh tous les hommes vivraient d'un revenu quelconque est autant immorale qu'absurde, et que Texistence matérielle de Timmensc majorité des citoyens doit uniquement reposer sur un salaire périodique. En second lieu, tout recours à la violence devient un contresens politique quand on aspire à fonder le régime final de l'activité pacifique : en se conduisant ainsi, les prolétaires occidentaux perpétuent, autant que possible, le système militaire qu'on doit partout éteindre en le trans* formant. Sans doute, le positivisme consacre, et même développe en le systématisant, l'emploi des ligues ouvrières pour faire convenablement hausser les salaires, surtout aujourd'hui ; mai^il le représente toujours comme un moyen extrême, et l'oblige à respecter la libre spontanéité de chaque travailleur. Quant à la violence poli^ tique^ elle est aussi contraire que possible à la vraie cause populaire, el ne profite qu'aux ambitions lettrées ou bourgeoises ; parce qu'elle empêche la formation et l'essor de la véritable opinion publique qui, sous la direction sacerdotale, deviendra la meilleure ressource sociale du prolétaiiat.
Tels sont les principes généraux que vous devez spécialement appliquer aux trois contacts successifs que comporte votre précieuse situation actuelle, d'abord envers les prolétaires américains, puis vis-à-vis de ceux de lAngleterre, enfin à l'égard des prolétaires français.
Quant aux premiers, qu'il faut soigneusement séparer de tous les intrus européens, sans excepter les meilleurs, vous devez surtout vous attacher à discerner, au sein de la population ^'ûn Are, les vrais desccndanis des dignes coopérateurs du grand Groniwell,qui prciférèrent émigrer par milliers, en Amérique, plutôt que de fléchir sous la royauté britannique. Malgré son attitude habituellement
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passive, il est moralemeni impossible que eette noble race ait jamais abandonné des* aspirations sociales aux • quelles on ne renonce que quand elles sont satisfaites. Cette classe n'est encore intervenue dans la politique américaine que pour la guerre de rindépendance» dont le succès lui fut surtout dft^ parce qu'elle sentait la rupture d'un lien essentiellement aristocratique comme alors indispensable à la régénération radicale qu'elle ne cessait de souhaiter. Retournée ensuite à son activité purement industrielle, elle attend une doctrine systématiquement capable de réaliser le programme spontané des cromwelliens. il faut donc lui représeilter le positivisme comme remplissant toutes les conditions, politiques et religieuses, de la construction qu'elle souhaite.
Des dispositions analogues doivent, à plus forte raison, exister au fond du prolétariat anglais. Sa torpeur apparente est surtout fondée sur le juste dédain qu'il applique à toutes les doctrines en circulation, et sur sa légitime défiance des lettres quelconques, tous plus ou moins complices de l'oppression qu'il subit. Mais la même disposition reste aussi maintenue par la conviction instinctive que c'est à Paris, et non à Londres, qu'appartient l'élaboration de la doctrine propre à la régénération occidentale. L*ardeur unanime avec laquelle les prolétaires anglais accueillirent le début de la crise française a spontanément manifesté ce pressentiment tacite. Il sufQt donc qu'une voix nullement suspecte, en tant qu'émanée de leur sein, leur dévoile Taccomplissement actuel de la grande construction religieuse que Paris pouvait seul établir, et qu'ils doivent maintenant approprier à leur situation; en se concertant avec les prolétaires français.
Relativement à ceux-ci, vos consciencieuses remontrances fraternelles doivent surtout consister à leur faire dignement sentir combien ils sont encore au dessous de la mission renovatrice dont rensemble du passé leur confôre la noble initiative. 11 est vraiment honteux que M. Magnin soit jusqu'ici le seul prolétaire français que
le positivisme ait profoudément converti, quoique ses anciennes habitudes révolutionnaires restent souvent prépondérantes dans les détails de la vie civique. L'altitude silencieuse des prolétaires anglais me semble infiniment préférable à la bruyante agitation empirique de leurs frères français, qui, d'après la dernière expérience officielle, n'ont pas fait, depuis neuf ans, un seul pas décisif hors de la métaphysique anarchique, et seraient tout prêts à seconder les mômes aberrations, si nous avions le malheur de perdre, avant le temps normal, le salutaire dictateur où réside aujourd'hui notre unique garantie d'ordre public.
Je ne suis pas étonné d'apprendre que votre projet de visite parisienne est remis au printemps prochain. Vous ferez bien de ne l'exécuter qu'après la publication de votre précieux opuscule politique. C'est surtout ainsi que vous pourrez assez développer la principale efficacité sociale d'une telle tournée, en vous concertant avec l'émînent Gongreve pour agir sur les vrais prolétaires anglais, comme je Ten ai suffisamment averti. Continuez, mon cher disciple, li croître en
Vénération et Dévouement.
Auguste Comte.