‹ Lettres d'Auguste Comte à diversChapitre 5 sur 38 · TT · texte numérisé non relu

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ainsi. Vous avez pu apprécier réminente prolétaire qui, aimant en sœur ma chaste compagne éternelle, m'a voue ensuite un zèle incomparable. Il y a deux ans que je loge chez moi son estimable mari et son digne fils, quoiqu'ils ne me servent nullement.. Leur touchante union me fournit un spectacle de plus en plus salutaire, qui m'initie davantage à l'avenir normal, en compensant d'ailleurs mes propres fatalités privées. En même temps, la fondation de la société positiviste m'a heureusement fourni des Filiations vraiment intimes avec d'éminents ouvriers. Si ce double commerce convient beaucoup au philosophe, vous sentez que le poète doit s'en trouver encore mieux. Tel est donc le conseil pratique sur lequelj'insiste cordialement en terminant la réponse décisive suscitée par votre précieuse lettre d'hier.

Salut et Fraternité.

Auguste GoMTEk

(it), Rue Monsieur-le- Prince.) Le 28 Aristote 62 (Lundi 25 mars 1850).

II^E LETTRE A MONSIEUR CH4RLES JVNDZILL

A Charles Jundzill

6 septembre 1850 (1)

De telscoiillils(2)sont malheureusement coinm uns dans notre siècle, où le plus souvent ils ont une issue funeste. Le positivisme offre à cet égard de précieuses ressources, par son esprit toujours relatif, et d'après son aptitude* nécessaire à rendre justice aux diverses doctrines antérieures. Satisfaisant égs^lement aux besoins de Tordre cl à ceux du progrès, il comporte partout des sympathies réelles quoique jamais complètes, aussi bien avec les conservateurs honnêtes qu avec les progressistes sincères. Bornez- vous donc à faire dans chaque camp apprécier nos points de contact, sans insister sur les divergences, que vous ne devez pourtant nullement dissimuler en eus d'interpellation formelle.

Quant à rensemble de notre foi, vous trouverez rare* ment des cœurs et des esprits disposés à le comprendi e directement; mais vous rencontrerez fréquemment des

«1) Extrait (le la Préface des Aperçus généraux sur la Doctrine posttwiste, par A. M de Lorabrail, page V.

(2) Entre parents et enfants, par suite de divergences d'opinions iti morale et en sociologie.

personnes capables de sentir les nouveaux moyens que fournit le positivisme, pour résoudre les difficultés dont elles sont spécialement préoccupées. Tant que vous pourrez choisir ou modifier le terrain de la discussion, contenlez-vous de ce genre de relations dans un milieu mal préparé. Attachez-vous surtout à obtenir constamment par vos sentiments et votre conduite un légitime respect pour vos opinions. Mais ne désavouez jamais vos principes, même auprès de vos parents. La paix que vous obtiendriez ainsi ne serait qu'apparente et précaire. L'attachement et la vénération sincères que vous leur devez habituellement vous rendront faciles les ménagements vraiment convenables. En même temps, à moins d*un aveugle fanatisme, bien rare aujourd'hui, leurs propres sentiments envers vous les disposeront à tolérer vos dissidences mentales et sociales Si vous les trouvez moins indulgents que vous ne l'êtes, rendez-vous raison de cette différence naturelle, qui manifeste une nouvelle supériorité dans la foi positive. Mais, quels que soient vos justes ménagements, actifs ou passifs, vous ne devez jamais pousser la condescendance jusqu'à leur laisser croire que vous adoptez leurs principes rétrogrades. Le mensonge et la faiblesse ne guérissent rien. Ce serait d'ailleurs compromettre gravement Tordre véritable que de sembler reconnaître des autorités spirituelles évidemment incompétentes. En insistant sur les conditions logiques et scientifiques qu'exige toute saine élaboration des doctrines sociales, vous pouvez également écarter les anarchistes et les rétrogrades. Pourvu que vous rappeliez dignement la prépondérance continue du cœur sur l'esprit, vous pouvez alors obtenir l'attenlion et l'estime des gens sensés de tous les partis, sans espérer jamais leur pleine adhésion. Tels sont les conseils sommaires que me semble comporter votre présente situation, pour vous procurer le seul genre de concorde qui soit compatible avec notre temps. Eflbrcez-vous d écarler toute discussion directe de principe avec ceux qui ne sont point

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assez préparés. Proposez à vos divers adversaires de convertir ces débats sans issue en une généreuse émulation, à qui développera réellement les plus purs sentiments et la meilleure conduite. Toutes les âmes honnêtes, et surtout chez les femmes, pourront accepter facilement cette manière indirecte d'apprécier les opinions respectives.

Auguste Comte.

li^B LETTRE A MESSIEURS INGRAM ET AUNAN

' A Mbsbibuus Inguam bt Ai^lman, a Dublin.

Paris, le 10 Descartes 64 (Bamedl 16 octobre 1852.)

Messieurs,

Je suis heureux d'inscrire votre engagement pour concourir à la fondation matérielle de la Besfue Occidentale, Cette noble participation confirme mes récentes espérances sur le prochain succfes du positivisme en Irlande. La nouvelle doctrine y doit être mieux appréciée que dans l'Angleterre proprement dite, où, sauf quelques rares exceptions, on ne goàie que sa base philosophique, en écartant ou ajournant son application sociale, et surtout sa condensation religieuse, afin de ne pas troubler le slatu quo^ dont la plupart des lettrés se trouvent bien. Chez vous, au contraire, un intérêt universel fait directement sentir la portée politique et morale du positivisme, plus propre qu'un catholicisme épuisé à diriger Tindispensable émancipation de Tlrlande. Le dogme sociologique établi récemment, dans le second volume de ma Politique positis^e, sur la réduction nécessaire des états modernes par

la dislocation spontanée des agglomérations vicieuses, manifeste spécialement celte tendance, que développera le volume final du môme traité.

Quant à la procliaine fondation de notre Revue Occidentale, je dois vous avertir cordialement que, selon toute apparence, je n'aurai point à réclamer l'exécution de votre scrupuleux engagement. Cette troisième tentative me semble déjà non moins avortée ((ue les deux précédentes, quoique cet échec ne me décourage nullement pour ravènement ultérieur d'une institution aussi conforme à la situation actuelle de TOccidenl. Votre souscription n'est que la seizième, sur les cent qui me sont indispensables, malgré que ce nouveau projet, où les frais sont réduits autant que possible, se trouve publié depuis six mois! Le zèle est tellement amorti que je n'ai pas môme pu m'assurer encore le nombre convenable de collaborateurs habituels. Il est vrai que mon Catéchisme Fositii'isteyqni vient de paraître hier, va peut-être modifier beaucoup ces doubles dispositions, en imprimant une forte impulsion à notre [)ropagande, surtout féminine et prolétaire. Mais je n'espère pas qu il puisse déterminer la prochaine fondation de notre Re^me, à moins que son succès ne décide quelque riche à concentrer sur lui toute la charge, et dès lors tout l'honneur, d'une telle entreprise. Quoique cette éventualité reste toujours possible, rien ne nous autorise à compter sur elle.

Salut et Fraternité.

Auguste Comte.

(10, rue Monsicur-le-Prince.)

P. S. Le Catéchisme Fositiiuste se trouve, au prix de trois francs, soit chez moi, soit à la librairie Carilian et Dalmont, /fg, quai des Augusiins. C'est un in-12 de ^00 pages.

l^E LETTRE A MONSIEUR nORAM

A Monsieur le professeur Ingram, a Dublin

Paris, le Jeudi '24 Charlemajrnej 118, (10 Juillet 18560

Monsieur,

Voici le reçu correspondant au mandat, déjà soldé, que renfermait votre lettre de samedi, qui m'est parvenue avant-hier. Je suis extrêmement touché des cordiales explications que vous avez cru me devoir sur ravoitemcnt de la seconde visite que vous m aviez annonc'^e. La bricveté de votre séjour à Paris, et les préoccupations spt'^ciales qui devaient y prendre tout votre temps, ont pleinement motivé ce désappointement mutuel.

Je serai toujours prôl à recevoir cordialement les demandes d'éclaircissements que vous m'annoncez, el dans lesquelles je vois d'avance autant de confirmations de votre noble zèle pour la digne propagation de la doctrine universelle, à laquelle est maintenant dévolue la direction générale de l'opinion publique en Oceideiil. Mon temps est tellement réglé que, même pendant mes sessions de travail, comme celle où je suis depuis le i^' Février, le jeudi reste entièrement consacré soit aux entre-

^n LETTRES d'auguste COMTE

vne?5. soit à ma correspondance. Les dignes contacts prî\ ôs m'ont constamment paru constituer un précieux complément de mon ollice public.

Il est de mon devoir d'utiliser celte occasion pour complt'ter les félicitations dont j'avais déjà chargé M. Hutton, cnvrt s votre noble franchise dans la fraternelle consultalion, {[ue mon éminent disciple M. John Fisher vous avait HpoïUanément demandée sur sa récente traduction du (Uitrchisme Positiviste. En l'engageant à refaire un travail défectueux, vous l'avez dignement préservé d'un fâf*|j<'ux début, qui pouvait môme nuire à notre propagande bi-itiin nique. Tout le monde s'est bien conduit dans celte orcunence délicate, les uns en donnant, sans aucun vain drioiii', un utile conseil, et l'aulre en raccueillant avec une *iincère gratitude, qu'il m'a cordialement témoignée. Salut et Fraternité.

Auguste Comte.

(10, rue Monsieur-le-Prince.)

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