A MONSIEUR RICHARD GONGREVE III
naît envers votre pleine acceptation finale de la grande tâche que je vous proposai pour consacrer un noble volume à la saine appréciation historique de la vraie révolution anglaise,éternellement admirable quoique immédiatement avortée par précocité. Gromwell et Milton, sociologiquement inséparables^ constituent, avec Alfred» les trois plus grands hommes de l'Angleterre, Il vous appartient de foire dignement apprécier Tensenible de leur nature et de leur influence> honteusement méconnues jusqu'ici, surtout dans le milieu britannique, malgré les récents efibrts du pur littérateur Garlyle. Votre volume ne sera pas moins précieux pour la France, où j'aurai soin qu'il soit immédiatement traduit, afin d'éclairer nos révolutionnaires sur leur meilleur antécédent, resté totalement inconnu, même aux principaux penseurs du dix^huitième siècle, sans excepter rincomparable Diderot. Ne craignes pas d'y faire justement ressortir combien les républicains anglais sui^ssèrent les. nôtres, où Danton peut seul offrir l'imparfoite miniature de Cromwell, tandis que le type de Milton n'y comporte aucune analogie. En établissant, à travers quatre générations d'apparente discontinuité, l'intime filiation tites deux explosions rénovatrices, vous ranimerez les nobles sympatiiies du prolétariat britannique envers le début de la crise française, à laquelle l'aristocratie anglicane fit une guerre acharnée, uniquement pour empêcher l'essor décisif de cette énergique solidarité, mieux sentie chez vous que parmi nous.
Je dois pleinement ratifier les sages prescriptions de vos médecins, en regardant Tannée de. repos que vous allez maintenant oommencercomme n'étant nullement contraire à votre belle carrière philosophique et sociale. Outre la préparation directe que vous m'y désignez, j'y sens un préambule plus décisif quoique indirect, résulté du libre développement spécial de la vie affective. Puisque vous avex eu le rare bonheur de trouver une compagne vraiment digne 4e vous, et spontanément devenue déjà sympathique & votre Coi) savourez sans diversion, pendant tout ce
chômage apparent, cette incomparable satisfaction, que je pus seulement entrevoir, et dont Tessor n'^est chez moi que subjectif, ce qui me dispose à participer à votre propre félicité. La religion positive érige votre noble épouse en sainte collaboratrice involontaire de toutes vos grandes entreprises philosophiques et sociales. Son tendre ascendant peut seul consolider et développer votre véritable imité, d'après un doux essor habituel du sentiment^ d'où dépend, non seulement le bon emploi, mais aussi Falîmentation, de Tintelligence et de l'activité. Quoique notre religion soit éminemment féminine, elle est jusqu'ici restée trop inconnue au sexe qui fournira son meilleur appui. Malgré que la sainte assistance doive finalement se développer surtout chez les Espagnoles et les Italiennes je ne suis pas surpris qu'elle commence parmi les Anglaises d'élite, mieux disposées à goûter les satisfactions positivistes, d'après les lacunes que le cœur trouve sous le régime aristocratique et protestant.
En appuyant sur mon récent volume votre noble résolution de refaire, dès la base, votre éducation théorique, vous utiliserez ce traité plus qu'aucun de ceux qui l'étudient, même avec une instruction mathématique, souvent devenue plus contraire à l'ensemble que favorable aux détails d'une telle appréciation. Suivant la réaction annoncée dans ma dernière circulaire, cette étude vous disposera, mieux que personne, à compléter votre émancipation en vous affranchissant de la science proprement dite autant que de la métaphysique et de la théologie, après avoir convenablement utilisé, chacun selon sa nature et sa destination, ces trois préambules, dont le plus moderne diffère du véritable état positif comme la synthèse subjective de l'analyse objective, le relatif de l'absolu, les lois des causes. Une telle préparation vous permettra, j'espère, de ne pas borner votre carrière positiviste à l'apostolat théorique, dont vous avez dignement pris possession déjà, tandis que vous pouvez désormais aspirer au sacerdoce complet, que je ne dois jamais con-
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férer avant Tâge de quarante-deux ans, sans auc)ine limite supérieure.
Votre récente correspondance avec M. Edgerne tardera pas à vous devenir aussi salutaire qu'agréable, d'après la réaction spontanément propre au suffisant contact d'une nature vraiment grande, tant de cœur et de caractère que d'esprit, non moins poétique que philosophique. Malgré la présidence de situation fatalement échue au centre français, je dois aujourd'hui reconnaître que mes principaux auxiliaires sont jusqu'ici britanniques, et je me félicite que leurs relations mutuelles développent leurs valeurs respectives. Si M. Edger peut assez surmonter ses entraves matérielles, mon récent volume me fait maintenant espérer, comme envers vous, qu'il pourra finalement aboutir au sacerdoce proprement dit, sans rester au pur apostolat, ainsi que me le fit d'abord craindre l'insuffisance de son éducation théorique, qui serait encore réparable.
La prochaine visite de M. de Constant doit aussi vous fournir une utile diversion. Sans qu'il m'ait jamais spécifié ses intentions, je le connais assez pour assurer qu'il éprouve le besoin personnel de vous témoigner l'estime et le respect mérités par l'admirable opuscule que vous avez récemment publié. De votre côté, votre pénétration n'a pas manqué de sentir, à travers sa compilation désordonnée, les indices décisifs d'une éminente constitution cérébrale, qui, bien cultivée, pouvait certainement devenir profondément sacerdotale, d'après les aptitudes synthétiques et les dispositions sympathiques ainsi manifestées.
Envers M. Holyoake et sa coterie d'agitateurs, il ne faut plus les regarder que comme devant bientôt devenir les ennemis les plus acharnés, mais les moins redoutables, de la foi qui termine l'interrègne spirituel dont ils rêvent la perpétuité. C'est par une voie plus pure et plus puissante que le positivisme doit prochainement pénétrer jusqu'au prolétariat britannique. La défiance et la réserve
|v que votre lettre a bien décrites chez vos travailleurs sont
simultanément dues à deux influences continues, Tune spéciale, Taulre générale, et ne doivent aucunement tc^ décourager notre digne propagande, mieux compatible
y- peut-être avec ces prudentes dispositions qu'avec la tur-
J bulence et la présomption françaises. D'abord vos prolé-
l taires doivent justement suspecter les écrivains quelcon-
fi ques émanés de la bourgeoisie, parce que tous furent
r- autant complices jusqu'ici que les plumes aristocratiques
Z du système de compression hypocrite qui distingue le
}y régime anglican. John Bull sent, en outre, mieux que ses
^. chefs, tant officieux qu'ofiiciels, que la vraie régénération
-^ universelle ne doit pas s'élaborer chez lui, mais à Paris,
qu'il peut légitimement accuser de rester au dessous de >; sa mission actuelle. Telle est la double source essentielle
^/ de l'attitude obstinément passive, quoique nullement
indifférente, du prolétariat britannique depuis que la r diversion aristocratique comprima ses sympathies fran-
çaises. Mais il sera certainement ramené vers le concours occidental, quand un ouvrier anglais l'aura dignement averti que Paris a maintenant trouvé la solution occidentale, qui sera mieux accueillie par John Bull que notre jacobinisme initial ou le vague socialisme actuel.
Or, cette initiative populaire va bientôt surgir de la partie transatlantique du milieu britannique. La meilleure et moins bruyante portion des Yankees actuels émane des républicains anglais qui fuyaient la réaction royaliste. Cette population exceptionnelle a toujours entretenu ses aspirations sociales, quoiqu'elle n'ait pu les manifester que dans la lutte pour Tindépendance, dont le succès lui fut surtout dû. Quoiqu'ils semblent aujourd'hui préoccupés du seul essor industriel, ils attendent la solution radicale spontanément promise par Cromwell et Milton. De leur sein, surgira le réveil universel et décisif du prolétariat britannique.
Un digne ami de M. Edger, son seul collègue et prosélyte jusqu'ici, M. John Metcalf, ouvrier charpentier-méca*