‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 13 sur 59 · CINQUANTE-ET-UNIEME LETTRE · texte numérisé non relu

CINQUANTE-ET-UNIEME LETTRE

Paris, le mai'dl 9 César 67.

Mon cher disciple.

Votre lettre de vendredi, que j'ai reçue avant hier, m'a beaucoup satisfait en m'apprenant votre acquiessement, quoique seulement, dès Tan prochain, au conseil que je vous avais donné de venir, chaque été, passer trois mois ici. Cette résolution sera très bien accueillie par nos confrères quand je l'annoncerai demain dans notre soirée hebdomadaire. Quoique placés au centre de la régénération, ils éprouvent tous le besoin de fraterniser périodiquement; d'une manière directe et personnelle, avec ceux d'entre nous qui ne pourront encore résider habituellement au séjour normal des âmes d'élites.

L'amendement sur lequel vous me consultez, quant au cours général de vos études médicales, me semble pleinement motivé. Puisque le mémorable traité de Barthez a attiré votre attention, l'école de Montpellier ne vous présente plus aucun intérêt majeur^ puisque vous n'y trouveriez qu'un faible reflet du meilleur représentant de la biologie synthétique. Marseille vous en offre assez le développement pratique, et son essor théorique s'altère, à Montpellier, par les réactions parisiennes.

Outre ces inconvénients généraux, votre résidence actuelle vous offre maintenant le danger spécial de trop attirer votre attention sur l'incident russe. Le conseil habituel que je donne aux positivistes de ne point se

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laisser entraîner par la politique contemporaine, ne convient jamais mieux qu'envers ce triste épisode, dont les détails empêchent d'apprécier l'ensemble. Dans la funeste dégénération de la protection en attaque, on trouve un frappant résultat de l'anarchie spirituelle qui, depuis cinq siècles, et surtout à partir de la grande crise, livre les occidentaux à la merci des circonstances, faute de principes de conduite. Monprochainopuscule utilisera le grave enseignement qui surgit ainsi pour montrer combien le désordre intellectuel et moral engendre des actes matériels. Ici les gouvernements se montrent autant, et même plus anarchiques que les populations, suivant la nature et la marche de la révolution moderne qui commença par l'insurrection des rois contre les papes. Je continue pourtant d'espérer que la sagesse autrichienne compensera l'entraînement français, dont les effets sont déjà devenus si déplorables. Quoiqu'il en soit, rien n'est plus propre à faire bientôt sentir aux hommes d'état l'importance de subordonner leur empirisme actuel et local aux indications générales de la politique positive, dont les vraia adeptes doivent aussi mieux sentir le besoin de se préparer, par une attitude calme et réfléchie, à la grande mission que la situation occidentale va leur imposer, peut-être, avant qu'ils en soient devenus assez dignes.

Auguste Comte.

^10, rue Monsieur-le-Prince.)

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