‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 25 sur 59 · SOIXANTE-CINQUIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SOIXANTE-CINQUIÈME LETTRE

Paris, le jeudi 3 Moïse 68.

Mon cher disrciple,

Je suis touché des sentioients spécialement témoignés par votre lettre de dimanche, que j'ai reçue avant hier. Mon excellente Sophie est profondément reconnaissante de votre digne appréciation qui, quelque méritée qu'elle soit, doit à moi-môme inspirer une vraie gratitude, vu la réalité de cette noble disposition, également honorable et profitable des deux parts. En lisant, hier, à nos confrères, la première partie de votre lettre, ils ont vraiment senti votre intime coopération à leur touchante visite de la veille. Quoique Taffluence s'y soit encore trouvée moindre que l'année précédente, cette réunion annuelle a manifesté sa tendance croissante vers le caractère pleinement religieux qu'elle prendra quand nos sentiments et nos habitudes seront en suffisante harmonie avec nos convictions. Le positivisme s'améliore en se concentrant chez des âmes d'élites, auxquelles seul il convient maintenant, et dont il commence à déterminer la ligue décisive, d'après les rapports fraternels qui se développent entre mes meilleurs disciples, sous leur commune vénération pour le fondateur de leur foi.

Suivant mon espérance et votre prévision, la crise que je viens d'éprouver, peut être maintenant regardée comme terminée, puisque l'agitation musculaire a déjà cessé, tari-

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dis que la réaction mentale a distinctement surgi. J'aurai peu de peine, au prix de quelques insomnies, à la réduire au degré modéré de surexcitation continue qu'exige le grand ouvrage dont je vais, le i^^ février, commencer la première partie. Vous avez raison de regarder cette succession de perturbations, comme la marche normale de la maladie humaine, qui, siégeant toujours dans la région aflPective du cerveau, trouble d'abord la vie végétative, puis la vie animale, et finalement l'existence mentale. Toutes mes grandes constructions ont eu pour prodrome de pareilles crises, mais avec une intensité décroissante, comme les efforts correspondants. En i8îi6, l'incubation de la Philosophie positive fut caractérisée par mon célèbre épisode cérébral, dont la fatale gravité ne résulta que des chagrins domestiques et de l'intervention médicale. Quand je couvais la Politique positive, en 1844» je fus atteint sous les yeux de M. Lailitte d'un érysipèle de la face, qui précéda l'angélique affection, sans laquelle cette élaboration n'aurait pu prendre son véritable caractère, qu'en compromettant ma santé d'après d'immenses efforts. Aujourd'hui l'enfantement de ma synthèse universelle (dont ma philosophie mathématique va seulement former l'élément logique), commence sous une perturbation physique rendue plus intense, mais plus courte, par l'accomplissement de mon testament, qui m'a directement placé dans la disposition convenable à ma troisième et dernière construction. Tout à vous.

Auguste Comte.

(10, rue Monsieur-le-Ppînce.)

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