‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 26 sur 59 · SOIXANTE-SIXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SOIXANTE-SIXIÈME LETTRE

Paris, le 17 Moïse 68.

Mon cher disciple.

Les renseignements de votre lettre de lundi, que je reçus hier, m'ont beaucoup satisfait quant à l'état moral et mental de mon père, surtout en constatant le bon eiTet qu'il éprouve de la précieuse réconciliation dont je me félicite d'avoir pris Tinitiative. Sous l'aspect physique, je fus heureux d'apprendre aussi que sa santé se trouve, en général, bonne, de manière à faire espérer une longévité qui peut d'ailleurs annoncer la mienne. Toutefois, j'attendais, à cet égard, une observation plus précise, surtout chez un médecin. Car en m'assurant que mon père vous a pleinement reconnu, vous ne m'indiquez point si c'est par l'ouïe ou la vue. Vous savez pourtant que sa cécité croissante constitue, à mes yeux, sa principale infirmité, dont je souhaiterais que vous pussiez me fournir la mesure.

Je ne suis pas étonné du mauvais effet que vous a produit la métaphysique sans verve et sans convictions des prétendus successeurs de Barlhez. Il vaut mieux étudier chez le maître lui-môme le vitalisme provisoire qui doit maintenant vous servir de correctif envers le matérialisme parisien, jusqu'à ce que le vitalisme définitif prévaille d'après l'école synthétique que le positivisme fera pleinement surgir, et dont votre carrière médicale est destinée, j'espère, à fournir l'un des meilleurs types.

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Depuis l'attitude posthijme irrévocablement résultée de mon testament, je sens mieux qu'auparavant que, malgré la justesse des nobles réflexions qui terminent votre lettre, c'estsurtoutauxpositivistesqu'ilfautattribuerlalenteuretla restriction des progrès du positivisme chez les occidentaux. S'ils étaient plus dévoués et par suite plus unis, Thomogénéité, la plénitude, la cohérence, et même Topportunité de leur doctrine devraient leur procurer un ascendant vaste €t rapide, qui ne serait point entravé parleur petit nombre, d'ailleurs favorable à leur discipline. Mais la fatalité qui me força d'abord de m'adresser aux révolutionnaires, d'où j'avais dû moi-môme surgir, pèse encore sur l'installation de mon œuvre, tardivement parvenue de la science à la religion par la philosophie. Le cœur étant ainsi le dernier touché, chez mes disciples comme en moi, les convictions n'ont pu jusqu'à présent assez modifier les sentirtfients pour régénérer les habitudes, d'où dépend la conduite. Ce résultat, seul décisif, ne peut commencer avec sécurité que depuis l'entière terminaison de ma construction religieuse. Toutefois, il devient déjà sensible, chez mes meilleurs disciples, surtout praticiens, dont le dévouement et l'union augmentent rapidement, ainsi que leur vénération et leur subordination. Afin de consolider et de développer la discipline, en suscitant un commencement de hiérarchie, j'ai récemment proclamé mes treize exécuteurs testamentaires, au sein de la société positiviste, en l'invitant à considérer ce choix comme instituant, dans un cas opportun, parmi mes disciples, une aristocratie fraternelle, qui rendra notre église plus consistante et mieux active, puisque qu'aucune association ne peut réellement exister sans inégalité.

Ma septième circulaire est maintenant sous presse, et j'espère vous l'envoyer dans le cours de la semaine prochaine, en dose suffisante pour l'appliquer à la propagande. La question du* subside s'y trouve directement traitée sous ses principaux aspects, sauf les développements réservés aux années suivantes. Je présume que cette appréciation

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«xceptîonnelle exercera bientôt une véritable influence sur l'essor social d'une institution que la plupart des coopérateurs jugent personnelle et quelques-uns même temporaire, suivant l'intention trop étroite de son premier promoteur.

Tout à vous.

Auguste Comte.

(lo, rue Monsieur-le-Prince) .

P, S. —Cette fois je ne terminerai pas ma réponse sans vous demander des nouvelles du seul positiviste que Lyon nous ait réellement fourni jusqu'ici, M. Laurent, dont je désire connaître la position et l'évolution, malgré son long silence envers moi.

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