‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 34 sur 59 · SOIXANTE. QUINZIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SOIXANTE. QUINZIÈME LETTRE

Paris, le mardi i*r Bichat, 68.

Mon cher disciple,

Quoique j'aie reçu jeudi dernier votre lettre du lundi précédent, j'ai retardé ma réponse jusqu à ce jour afin de vous annoncer l'appel supplémentaire que je vais demain demander à la société positiviste, d'après l'insuffisance définitive du subside de cette année. Du i^^ janvier au i^r octobre, il avait formé 5aji francs; octobre a fourni 456 francs; et novembre 194 francs. Ainsi du i^^^ janvier au i^i" décembre, la recette est de Sgai francs. L'appel que j'ai jusqu'au dernier moment, espéré d'éviter est donc devenu finalement indispensable, et même tout à fait urgent, puisque je n'ai pu rien réunir encore pour les trois paiements trimestriels que je dois normalement accomplir à la fin du présent mois. Aucune demande exceptionnelle n'ayant été faite cette année, j'espère que les onze cents francs qui me manquent pour atteindre le minimum normal seront obtenus promptement. Cette explication dispensera de vous adresser la circulaire qui sera spécialement envoyée aux soucripteurs sérieux.

Après avoir reçu delà poste, les neuf francs inclus dans votre lettre, je les ai remis à M. Laffitte, qui m'avait déjà payé de votre part le volume expédié. Vu le nouveau règlement postal sur le transport des livres, ce port, au

lieu de trois francs, a coûté seulement unTranc. M. Laffitte vous reste donc, à cet égard, redevable de deux francs, que ses relations pécuniaires avec vous lui permettront de vous rendre aisément.

J^ suis très touché. des dispositions normales dans lesquelles vous lisez ce nouveau volume, dont vous serez certainement Tun des rares appréciateurs complets. Il est déjà tellement loin de moi que je pense seulement à la révision que sa publication doit naturellement exercer sur Tensemble de mes travaux ultérieurs. Pendant mon chômage de 1857, cet événement va développer ma coniîance dans la puissance régénératrice de la religion positive, ainsi parvenue à discipliner la science la plus rebelle au digne ascendant philosophique.

Ce chômage si précieux ne sera réellement suspendu que pendant trois semaines, pour écrire, en mai, de manière à publier, en juin, l'important opuscule que j*ai définitivement arrêté, sous le titre de Paris, comme l'indique ma dernière lettre. D'une extension équivalente à celle de chacun des chapitres de mon nouveau volume, et rédigé suivant le même mode, cet écrit épisodique complétera V Appel aux conservateurs, de môme que celui-ci complétera le Catéchisme positiviste. Ainsi condensé sous forme concrète, l'ensemble du positivisme se trouvera dès lors pourvu d'une trilogie propagative, qui systématisera l'apostolat.

La profonde impression que vous a produit la lettre mémorable de M. Hadery, se trouve en pleine harmonie avec reflet que j'avais auparavant senti de sa dernière expansion exceptionnelle. Si vous êtes justement* fter d'un tel ami, je dois aussi l'être d'un pareil disciple qui me fait directement apprécier l'aptitude du positivisme à rallier et développer les âmes d'élite. Rapprochée de l'admirable conversion de M. Sabatier, cette appréciation augmente ma confiance dans le prochain ascendant de la seule foi qui convienne aux grandes et belles natures.

Un événement qui mérite de vous être spécialement

signalé, confirme votre juste remarque à cet égard sur la disposition plus normale de nos frères extérieurs. M. Edger, réminent fondateur de notre Eglise Américaine, vient de publier à New- York un opuscule que j'ai déjà lu deux fois avec une profonde satisfaction, sur l'exposition sommaire du positivisme religieux.

Dans ma prochaîne circulaire, ce précieux travail sera spécialement indiqué comme le plus remarquable des trois écrits propagateurs, par lesquels mes disciples extérieurs ont dignement illustré la présente année. Son noble ami, le charpentier-mécanicien John Metcalf va bientôt publier pour la même destination, un opuscule intitulé Catholicisme, Protestantisme, Positivisme. Animé d'une admirable fraternité, cet éminent prolétaire a directement écrit une digne lettre à M. Magnin, en annonçant l'intention de visiter la sainte cité.

' Tout cela fait mieux ressentir la mollesse des meilleurs positivistes français, qui ne peuvent pas même développer, la plupart, assez de zèle pour alimenter le subside naissant.

Votre vœu sur l'Italie ne pourra devenir vraiment opportun qu'après que nous aurons gagné la bataille envers Gibraltar, qui n'a pas encore surgié. Tout appel prématuré deviendrait stérile ou perturbateur.

Tout à vous.

Auguste Comte.

(lo, rue Monsieur-le-Prince) .

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