‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 49 sur 59 · QUATRE-VINGT-DIXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUATRE-VINGT-DIXIÈME LETTRE

Paris (lo, rue Monsieur-le-Prince), le saihedi 3 Dante 69.

Mon cher disciple, Ayant jadis attaché trop d^importance à mon utopie in-

testinale, depuis longtemps abandonnée, vous avez finalement méconnu le vrai caractère de ma constitution corporelle, comme l'indique la moyenne partie de votre lettre d'avant- liier, reçue ce matin. Dès que mon régime fut pleinement réglé, c'est-à-dire en iSSa, je me trouvai totalement débarrassé de la constipation qui m'avait troublé les sept années précédentes. Elle n'est aucunement revenue dans les cinq semaines de la maladie, qui, depuis hier, commence à se dissiper radicalement. Mais, cet état étant surtout relatif à la dose habituelle des aliments, on me croit constipé parce que la défécation s'accomplit sans aucun embarras, seulement tous les deux jours, et quelquefois tous les trois jours ; ce qui résulte de mon extrême sobriété continue, qui laisse peu de résidus solides. Le même régime suscite une exagération de ma perturbation actuelle, quand on la juge d'après le grand amaigrissement rapidement survenu, plus même au corps qu'à la face :

Mon alimentation normale étant habituellement réduite au minimum convenable, quelques semaines de diète presque totale doivent me maigrir beaucoup, sans que cet effet passager soit aucunement dangereux. Je ne me suis vrai-

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ment guéri qu'en supprimant, comme trop nourrissants, les deux potages annoncés à ma'sœur .-jeudi, de même que mercredi, je n'ai pris d'autre nourriture quotidienne que cinq verres de lait de deux en deux heures. Grâce à cette mesure, l'inappétence et la petite fièvre nocturne ont cessé dès hier, et je compte demain commencer à manger un peu de viande, au lieu des bons potages auxquels je reviens aujourd'hui, sans aucune intervention médicale et n'ayant jamais eu recoiu^saux trois parties de la médecine de Molière, pas même à la plus bénigne, dont le régime de l'horrible prison Esquirol m'a profondément dégoûté depuis trente ans.

La grande préparation méditative à laquelle j'ai complètement voué la présente année avait été, pendant les trois premières semaines, notablement altérée, quoique nullement suspendue. Elle a pleinement recouvré, depuis quinze jours, son activité normale : comme vous l'indiquera la communication ci-jointe, sur la décomposition de chaque chapitre de mon prochain volume dans les trois parties prescrites par mon nouveau système général de composition. Ayant déjà le tableau des chapitres, je vous ai seulement rappelé leurs rangs : en combinant les deux documents retranscrits, vous aurez une meilleure idée de mon plan, maintenant parvenu jusqu'à l'application directe de ma méthode constructive.

Je crois que ma maladie, où, d'après l'ensemble des symptômes la phlegmasie a plutôt résidé dans les enveloppes séreuses du colon que dans la muqueuse intestinale^ s'est trouvée artificiellement prolongée de deux semaines par une erreur de régime, consistant à trop étendre l'usage de la limonade, qui ne me convenait que pendant les premiers jours succédés à la cessation de la diarrhée, dont l'eau de riz me débarrassa dès le quatrième jour de l'invasion. Mon estomac repoussant la moindre acidité, je me suis ainsi produit une petite gastrite idiopathique en sus de celle que l'intestin avait sympathiquement suscitée. Quoiqu'il en soit, j'ai tout réparé

maintenant et cet incident m'a d'ailleurs permis de compléter sur moi-même mon cours de pathologie générale» en joignant à l'étude d'une maladie évidemment due au dedans, celle d'une perturbation spécialement émanée du dehors.

Dès que l'altération de ma santé commencée le i5 juin, fut indirectement connue de M. Robinet, il me fit, le qo juin, une touchante visite expressément destinée à m'oflrir ses soins médicaux. Je répondis par une cordiale acceptation immédiate de ce noble dévouement, au cas où j'aurais jamais besoin d'un médecin quelconque ; de tous ceux qui sont à ma portée, quoique maintenant dispersés autour de Paris, il est le seul où je puisse maintenant placer ma pleine confiance, parce qu'il m'aime et me comprend : le docteur Carré, beaucoup plus expérimenté, mais moins synthétique et sympathique, est trop matérialiste pour me convenir jamais. En commençant la semaine dernière, je m'étais spécialement fixé le dimanche 19 juillet, comme le jour où j'écrirais à M. Robinet, de façon toutefois à le dispenser du voyage, sije n'avais pas obtenu d'amélioration décisive : mais le récent changement me permet d'éviter cet appel, «t j'aurai, j'espère, rétabli ma santé sans aucun secours extérieur.

Quoique vous ne deviez rester à Montpellier que quelques semaines, votre lettre m'assure que vous les utiliserez pour faire assez sentir l'afi&nité de notre doctrine avec cette école, dont l'un des professeurs parait vraiment digne de vos explications. Vous avez admirablement caractérisé la principale comparaison entre le vitalisme et le positivisme, et leur commune répulsion du matérialisme.

Continuez, mon cher disciple à croître en vénération et dévouement.

Auguste GoBfTE.

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