‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 50 sur 59 · ET DERNIÈRE LETTRE W · texte numérisé non relu

ET DERNIÈRE LETTRE W

Paris (lo, Rae Monsieur-le-Piince)| le lundi 12 Gntenberg 69.

Mon cher disciple,

Ma longue et pénible convalescence marche sans oscillation grave, quoique Tair soit revenu, chaud et sec. Vendredi MM. Robinet et Foley, s'étant fortuitement rencontrés chez moi, leur commun avis a spontanément confirmé mes prévisions constantes sur l'issue naturelle de chaque gonflement.

Ils ont reconnu sur les deux jambes et siœtout la droite, près de la cheville interne,là même où commença l'enflure, l'imminence d'un prochain abcès, dont je ferai bientôt seconder l'ouverture et soulager la douleur par des cataplasme de lin. Ne cessant point d'aller normalement à la selle tous les jours, une suffisante suite de ces évacuations, leur semble aussi devoir, même sans diarrhée peut-être, résoudre l'ascite. Tout git donc dans la patience, qui ne me manque pas ; je me résigne à n'être assez disponible que v^rs la fin de septembre.

Dès hier, je me vis notablement rapproché de mon régime normal, en renonçant aux gelées dé viande, et mangeant soixante grammes de gigot, au lieu de mes cent

(i)Le numérotage de la sixième lettre et de la septième a été doublé, • par suite d'une erreur typographique.

habituels, le plat de légumes ayant à peu près repris sa dose accoutumée. Au lieu de boire, après chaque plat, un verre de ma tisane au malaga, j'y vais aujourd'hui substituer la boisson de lait mêlée d'autant d'eau, qui, j'espère, dissipera ma fréquente soif nocturne : la tisane vineuse restera seulement affectée aux besoins exceptionnels. Je vais tout à l'heure commencer un second pas essentiel, en reprenant mon déjeûner normal de soupe au lait, au lieu du succulent potage propre au début de ma convalescence ; j'y fais seulement diminuer d'un sixième, même pour toujours, la dose du pain et celle du sucre, sans y changer celle du lait. 11 ne me restera donc, comme remède, que le quart de verre du vin de la Comète, avalé pur à a heures au milieu de l'intervalle de mes deux repas, dont les heures usitées (lo heures et 6 heures) sont déjà rétablies. Loin de me faire jamais renoncer à l'usage exclusif de l'eau, mon emploi passager des meilleurs vins me représente le liquide universel comme l'idéal du breuvage, puisqu'il marquera mon plein retour à la santé. Conduit par cette maladie, à ne recevoir personne avant midi, ni passé cinq heures, j'étendrai cette règle à tout le reste de ma vie, afin de mieux assurer mon sommeil, et d'éviter le soir des entretiens souvent excitants : Je ne conserve que les deux exceptions hebdomadaires qui vous sont connues. Tous mes vrais disciples reconnaîtront que ces précautions en apparence personnelles se lient à ma mission sociale, en secondant la paisible longévité qu'exigent les devoirs propres à mon active vieillesse.

Actuellement privé de mes dignes entourages habituels, sauf Texcellent Lonchampt qui vient tous les jours, j'y supplée par des réponses immédiates, quoique courtes, parmi lesquelles deux seules ont presque rempli mon petit format, l'une à ma sœur mercredi dernier, Tantre le surlendemain à M. de Thoulouze, avocat général à Bordeaux. Depuis huit jours je n'ai point passé de journée sans cette diversion morale, malgré l'efTort physique qu'elle m'impose.

Puissiez- VOUS, mon bien aimé disciple, toujours croître en Fraternité, dévouement et vénération.

Auguste Comte.

Fondateur de la Religion Universelle et premier grand-prêtre de lUnmanité.

P. 5. — M. Wînslanley n*est pas encore revenu de chez M. Hadery, je me félicite que ce noble contact initial soit spontanément prolongé.

UNE LETTRE A M. HADERY

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