‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 57 sur 59 · I. Modspii Warfare, par H. D. HullJti · texte numérisé non relu

I. Modspii Warfare, par H. D. HullJti

VINGT-SIXIÈME LETTRE

A M. H. HuTTON, A Dlblin.

Paris, le jeudi lo Saint-Paul 68.

Mon cher disciple,

Votre lettre de samedi, que j'ai reçue hier, me fournit Toccasion de vous adresser les justes félicitations que j'annonçai, jeudi dernier, à M. Fisher, sur votre digne conduite à son égard. Je dois donc vous témoigner, ainsi qu'à M. Ingram, combien je suis satisfait de la noble consultation que vous avez tous deux prononcée sur sa demande (i), avec une bienveillante franchise, sans aucun recours aux vaines et dangereuses politesses qui pouvaient là compromettre la cause commune et même le précieux début de mon éminent disciple de Manchester, dont la dernière lettre me témoignait naïvement la reconnaissance qu'il vous doit à cet égard. Tout le monde s'est bien conduit dans cette occasion décisive, qui peut servir de type à la fraternité normale des vrais positivistes.

Je suis heureux d'apprendre que vous espérez faire bientôt une digne visite à mes éminents disciples de la Haye, de manière à rallier spécialement deux précieux foyers, qu'une récente publication (2) a mis en contact direct.

(i) Ceci concerne la revision de la traduction du a Catéchisme Positiviste 7> faite par M. Fisher. H. D. H.

(a) m Réflexions Synthétiques, » par M. le baron AVillem de Constant- Rebecque. H. D. H.

6l4 LETTRES d'auguste COMTE

Ces rapports personnels écrits, et surtout verbaux, sont éminemment propres à développer ce qui manque le plus aux positivistes actuels, les sympathies mutuelles et la commune vénération envers leur chef, double condition principale de leur intervention sociale, graduellement invoquée par la situation occidentale.

Malgré leur vague et leur étroitesse, les abolitionistes américains me paraissent, comme à vous, spécialement disposés à goûter le positivisme. Néanmoins, leur tendance apparente vers les solutions purement morales ne doit pas vous empêcher de reconnaître combien ils participent aux préjugés universels sur les remèdes légaux. S'ils pouvaient jamais dominer, ils s'efforceraient d'installer politiquement une réforme qu'ils se bornent à demander moralement parce qu'ils sont actuellement opprimés.

L'incident que vous m'annoncez sur la récente invocation de mon autorité chez des praticiens britanniques a plus de portée qu'il ne semble. C'est une nouvelle confirmation spéciale de l'opportunité de notre avènement, surtout depuis que les aspirations sociales tendent à reprendre un nouvel essor par la terminaison, conforme aux prévisions positivistes, de l'épisode militaire résulté de l'incident russe. Venant régler la vie humaine, tant privée que publique, d'après une doctrine maintenant complète, par un pouvoir purement spirituel, et purs de toute ambition temporelle jusqu'à ce que l'autorité politique nous soit dignement transmise, nous devons bientôt devenir les directeurs systématiques de l'opinion occidentale, en dominant une presse anarchique et rétrograde, si notre conduite individuelle est en suffisante harmonie avec notre mission collective, conciliante en fait, inflexible en principe.

Auguste Comte.

ao, rue Monsieur-le-Prince.

VINGT-SEPTIEME LETTRE

A M.3H. HUTTON, A DUBLl?}.

Paris, le jeudi 10 Dante 68.

Mon cher disciple,

L'écriture, et même la rédaction de votre lettre de Juillet m'ont spécialement offert des difficultés que je renonce à surmonter. Je vais pourtant répondre, de mon mieux, aux diverses questions ou demandes que je crois avoir assez comprises.

Je ne puis guère comprendre ce que vous désirez de moi pour votre visite en Hollande. Vous savez combien j'approuve ces contacts personnels entre mes divers disciples, et je suis heureux d'apprendre la réalisation de celui que j'avais ménagé de M. Ellis à vous. La première fois que vous projetâtes la course de la Haye, j'en avertis M. le comte de Stirum, qui m'en témoigna sa satisfaction. Puis que la même disposition existe chez M. le baron de Constant, j'ignore en quoi vous auriez ici besoin de moi, quoique je sois prêt à vous seconder à cet égard, si vous persistez à désirer mon intervention spéciale, qui me semble pourtant inutile. J'ai su par une voie indirecte mais certaine, que ces messieurs attendent votre visite pour Août, comme ils ont, en Juillet, celle de mon éminent disciple M. le capitaine d'artillerie de Blignières, en service à Douai.

6l6 LETTRES d'auguste COMTE

Le projet que vous avez récemment formé, comme légiste, d'étudier nos tribunaux de commerce, mérite mon approbation spéciale, sans que je puisse aucunement vous procurer, à cet égard, des facilités personnelles. L'extension britannique d'une telle institution serait actuellement précieuse, pour faciliter l'élévation politique des chefs industriels, l'élimination des légistes, et l'abaissement de l'aristocratie.

Quelque Iiabitué que je sois à l'inconséquence protestante, je n'avais guère prévu l'intercalation que vous m'annoncez des prétendus positivistes sociaux entre les soi-disant positivistes intellectuels, et les vrais positivistes religieux. Ma devise Vi\?re au grand jour ne saurait jamais admettre la porte de derrière que vous me proposez envers ces étranges penseurs, auxquels je ne pourrais spécialement adresser, dans mes circulaires, qu'une flétrissure méritée dont je préfère m'abstenir. Je comprends peu que ces gens vous aient fait illusion sur leur sincérité, beaucoup moindre, à mon gré, que celle des prétendus intellectuels. Sentant que le positivisme s'accrédite, ils y veulent participer, mais sans s'imposer aucune charge, et surtout en développant l'arrogante fatuité qui dispose chacun d'eux à s'ériger en Bacon ou Descfartes, pour juger la synthèse universelle sous la suprématie de leur étroite raison et de leurs mesquins sentiments, afin de prolonger rinterrègne spirituel, et de retarder Tavénement d'une discipline qui les effraie personnellement. Mais le positivisme systématise et développe la maxime purement empirique du catholicisme sur la liaison entre les erreurs de l'esprit et les vices du cœur ; je ne la laisserai pas chômer, et je vais de plus en plus l'appliquer à démasquer mes faux adhérents. Si vos prétendus sociaux étaient sincères, j'aurais seulement égard à leurs scupules en décomposant mes comptes annuels en deux parties, l'une pour ma personne, l'autre pour mon clergé, quand l'état du subside dépassera ce qui m'est personnellement nécessaire, ce qui n'a jamais eu lieu jusqu'à présent, et n'aura certai-

nement pas lieu cette année. Il a toujours été possible de coopérer au subside positiviste sans être aucunement adhérent à ma doctrine, puisque ma sixième circulaire fit un appel direct aux catholiques, et que j'ai publiquement honoré le concours de mes deux adversaires de New- York tant qu'il a duré. Les subterfuges de vos penseurs^ ne méritent donc que mon mépris, car les titres qu'ils me reconnaissent prescrivent leur coopération, et pourtant ils la refusent de peur d'encourager ce qui leur déplait en moi, quoique je ne puisse me scinder pour contenter des gens fort satisfaits, au fond, si je mourais de faim, parce qu'ils sentiraient reculé l'avènement de la discipline qu'ils redoutent sans pouvoir s'y soustraire.

Quelques semaines avant de recevoir votre lettre, j'avais spécialement fait à la Société Positiviste une annonce directement contraire aux ménagements que vous me demandez aujourd'hui. Dès 1841, je fis, dans une note du tome V de la Philosophie positive (p. 827) la déclaration de mon vœu, formé quinze ans avant, pour la concentration des discussions philosophiques et sociales entre les positivistes et les catholiques, en traitant, d'un commun accord, les protestahts, les déistes, et les sceptiques, en un mot, tous les métaphysiciens, comme des brouillons incurables. Le moment est venu de réaliser ce vœu, même sans attendre la participation des catholiques, en pressant tous ceux qui croient en Dieu de se faire catholiques au nom de la logique et de la morale, tandis que tous ceux qui n'y croient pas seront poussés à devenir positivistes, sans admettre de tiers parti.

Tout à vous.

Auguste Comte.

10, rue Monsieup-le-Princc.

YINGT-HUITIËME LETTRE

A M. H. HuTTON, A Dublin.

Paris, le jeudi 17 Dante 68.

Mdh cher disciple,

Quoique Tannonce de votre visite de septembre pût me -dispenser de répondre spécialement à votre lettre de samedi, qui n'a rien d'urgent, je crois pourtant devoir aujourd'hui relever les méprises involontaires qu'elle contient envers ma réponse de jeudi dernier.

Il est très vrai que je possède, depuis longtemps, en Hollande, sept dignes disciples, qui réunis auront, cette année, fourni treize cents francs au subside positiviste, outre que, si quelque appel exceptionnel devient encore nécessaire, il sera surtout efficace auprès de ce noble foyer, comme précédemment. Mais je ne vous ai naUirellement nommé que les deux que j'ai personnellement i?us. Parmi les cinq autres, il en existe rf^w.v dont j'ignore môme les noms, parce que je crois devoir scrupuleusement respecter le caractère anonyme de leurs souscriptions, qui sont pourtant considérables.

Je compte, en second lieu, parmi mes disciples français, deux légistes, l'un magistrat, l'autre avocat, qui fait aussi partie de la Société Positiviste, plus un jeune mais éminent banquier, M. DeuUin, que j'ai récemment inscrit parmi mes treize exécuteurs testamentaires. Néanmoins, j'ai dû vous

avertir que je ne pouvais personnellement vous indiquer aucun intermédiaire spécial pour les observations que vous projetez à Paris sur nos tribunaux de commerce. Car la résidence des deux premiers est Bordeaux, et celle de Tautre Épernây.

La plus grave de vos méprises concerne Tannonce hypothétique par laquelle j'ai dû vous répondre jeudi dernier envers une éventualité nullement réalisée jusqu'à présent. Vous rapportez aux recettes la division que je supposais envers les dépenses dans les comptes qui complètent mes circulaires annuelles. Je n'accepterai jamais de souscription dont l'emploi spécial me serait imposé, quoique je doive naturellement expliquer Tusage que je ferai de la partie du subside positiviste qui surpasserait mon entretien personnel, quand un tel excédait existera.

Malgré vos dernières explications, je trouve fort étrange qu'on se permette de me demander, par votre entremise, une distinction qui suppose un accroissement auquel on ne prend aucune part. Je ae puis réellement croire à la droiture d'esprit ni de cœur de quiconque procède ainsi dans une position comme la nôtre. Votre penseur me paraît un de ces vulgaires partisans de l'individualisme protestant ou sceptique, qui, sans vouloir ni pouvoir remplir aucune des conditions de compétence, se réservent de choisir souverainement entre les synthèses actuelles, ou plutôt de ne jamais choisir, afin de perpétuer un interrègne favorable à leurs prétentions indisciplinables. Mais la situation occidentale s'aggrave tellement qu'elle forcera bientôt les éclectiques à se prononcer entre les deux seules doctrines qui présentent un caractère organique. Il serait fort heureux que tous les protestants qui ne peuvent aujourd'hui devenir positivistes retournassent au catholicisme. Mais quoique cela ne soit pas possible, puisque leur inconséquence se lie à l'anarchie qu'il faut maintenant guérir, les deux partis extrêmes peuvent au moins s'entendre pour flétrir tous les personnages équivoques, quand ils persistent à vouloir conduire une situation qu'ils ne

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comprennent pas. Je m'occupe d'instituer un tel concert, et je vous entretiendrai des mesures que j'ai récemment indiquées, sous ce rapport, à la Société Positiviste, Tout à vous.

Auguste Comte.

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