‹ Lettres d'Auguste Comte à divers, pub. par ses exécuteurs testamentairesChapitre 6 sur 59 · QUARANTE-ET-UNIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUARANTE-ET-UNIÈME LETTRE

Paris, le jeudi 5 Shakespeare 66.

J'ai gratifié notre réunion d'hier d'une lecture textuelle de votre mémorable lettre de dimanche, que j'avais reçue la veille. Elle servira d'autant mieux à vos condisciples que la plupart d'entre eux n'avaient pas encore lu le volume qui s'y trouve aussi profondément apprécié que le comporte une première exploration. La plénitude et l'homogénéité de votre impression augmente ma confiance dans l'accueil de ce tome décisif chez les âmes d'élite, dont la sympathie m'est seule précieuse .

Il est triste que l'apparition d'un tel volume coïncide, comme celle du précédent, avec l'annonce nécessaire d'une insuffisance actuelle du subside sacerdotal. Mes excellents disciples Lonchampt et Foley, se sont spontanément chargés de faire^ par un zèle actif et délicat, tous les appels spéciaux qu'exige ce besoin exceptionnel, et d'après lesquelles mes souffrances matérielles seront peut-être prévenues à temps. En subissant de nouveau cette nécessité, j'ai du moins lieu d'espérer qu'elle ne se reproduira plus. Je la crois surtout due à ce que le positivisme, trop peu dégagé du milieu révolutionnaire dans lequel il dut surgir, n'a point encore pénétré suffisamment chez les conservateurs, d'où doit dépendre son principal essor. Or,

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Tachèvement de ma construction religieuse, et la nature propre de mon volume final, doivent bientôt déterminer une telle transplantation, facilitée d'ailleurs par l'irrévocable débordement des haines révolutionnaires.

Attendant avec sécurité cette transformation nécessaire, depuis longtemps prévue et préparée, je me dispose paisiblement à la dernière série de mes travaux, en ruminant déjà le cours qui doit, Fan prochain, ouvrir l'essor complémentaire. Ma santé continue heureusement d'être excellente, quoique l'insuffisance du subside me force d'ajourner à jl'an prochain, la salutaire excursion, que j'avais projetée pour le mois actuel ; j'espère ainsi pouvoir obtenir l'une des trois longévités auxquelles j'ai toujours visé dignement^ en aspirant à durer comme Fontenelle Hobbes ou du moins Voltaire.

Tout à vous.

Auguste Comte.

(10, rue Monsieur-le-Ppince.)

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