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perflu (quand superflu il y a) file presque toujours en livres, et encore même de ce côté y a-t-il réduction, car depuis que je me suis avisé de penser je lis beaucoup moins, et jen suis quitte pour être abonné à quelque cabinet littéraire à raison de 6 francs par mois. Quant à Pauline, je t’assure que c'est bien à tort que tu la suspectes de coquetterie : je n’ai jamais connu de femme qui fût plus raisonnable qu’elle sur cet article. Ce n’est pas qu’elle n’aime les colifichets tout comme une autre, mais elle sait supporter les privations dans ce genre avec une patience angélique, un charme, une gaieté, une grâce, une délicatesse, dont le commun des femmes n’est point susceptible, mais dont je crois aussi qu'on ne peut trouver les exemples que dans cette délicieuse moitié de l'espèce humaine, qui, tout compensé, vaut, je crois, infiniment mieux que l’autre.
Je te demande pardon d’être entré dans cette explication , mais elle était nécessitée par l’impérieux besoin de conserver toute ton estime; et d’ailleurs elle m’a fourni l’occasion de te donner quelques détails sur ma vie privée, et de te faire connaître un des principaux traits du caractère de ma Pauline.
Du reste, tu ne m’entendras plus te prêcher misère : il y aurait affectation ridicule, car je vois maintenant que ma position va devenir bientôt meilleure. J’ai la presque certitude aujourd’hui d’être au mois d'octobre prochain professeur dans une pension, place qui sera au moins de 1,200 francs, sans compter les élèves particuliers ; et, en outre, j'ai l’espérance très-probable d’organiser également, à la rentrée des classes, un cours à l'usage des candidats à l’École polytechnique qui
veulent se présenter à la fin de l’année; ce cours, si j'en crois mes espérances, rapportera environ une vingtaine de louis par mois. Alors, je jouirai d’un revenu annuel de près de 6,000 francs, pourvu que cela dure, et sans compter la politique, qui, selon toutes les probabilités, rapportera bien quelques petites choses l’année prochaine. Si mes calculs ne sont pas contrariés par les événements, tu vois que ma position deviendra trèspassable l’année prochaine, et que je n’ai guère que quatre mois de mauvais temps à passer. Je tavouerai d’ailleurs que je suis décidé à ne pas thésauriser, ou très-peu, et que, sans courir après les occasions de faire des dépenses frivoles ou inutiles, je ne ferai pas beaucoup d’efforts non plus pour dépenser moins que mon revenu. Ai-je tort? Ai-je raison? Je n’en sais rien, mais je trouve qu'il y a beaucoup de vraie philosophie dans cette saillie de Figaro : Qui sait si le monde durera encore trois semaines ?
J'arrive maintenant à toi, mon cher Valat, et, pour rendre la transition plus douce, je te dirai que je désirerais bien que tu prisses le même parti que moi : je t’'avoue que, malgré les motifs que tu as de rester en Languedoc, je crois que par ces motifs même tu devrais venir t’établir ici, ou du moins le tenter. Du reste, cela sera plus facile à discuter une fois que je serai installé. Mais je te le demande : si tu parvenais à gagner ici quatre à cinq fois plus qu’en Languedoc, ne pourrais-tu pas déterminer tes parents à se transplanter à Paris? Je te prie de me dire si ce projet serait praticable. Pour moi, je le désirerais de tout mon cœur, et ce désir me porte à croire à sa possibilité, de sorte que je ne saurais étre
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bon juge en cette matière. Mais toi qui es compétent à cet égard, dis-moi, je te prie, si cela est impraticable sérieusement.
Quant aux craintes que tu manifestes sur un prochain rétablissement des Loyolistes comme corporation enseignante, je t’assure qu’elles sont tout à fait dénuées de fondement. On est bien mal instruit en province de l’état des choses. D’abord, la supposition d'un couvent de cinq cents apprentis molinistes à Paris est un conte absurde; et sans avoir sur celui d'Amiens des données aussi positives, je le crois aussi imaginaire. Que les débris de la Compagnie de Jésus ne soient pas encore complétement anéantis, c’est tout simple; que depuis la Restauration, qui a fait rêver à tant d’imbéciles et de fripons le rétablissement de l’ancien ordre de choses, ces obscurs individus se soient agités {un peu sourdement, il est vrai) pour se remettre sur l’ancien pied; qu’ils aient même concu des espérances, formé des tentatives systématiques, c’est tout simple encore; mais que leurs espérances soient fondées, que leurs tentatives puissent réussir, voilà ce qui n’est point, ce qui ne saurait être. Mon cher Valat, la force de lPopinion est aujourd’hui solidement constituée; elle est une puissance reconnue, et désormais on ne peut rien entreprendre contre ses décisions formelles; or il n’est aucun point peut-être sur lequel lopinion se soit plus ouvertement prononcée que sur celui-là. On en a parlé en 1815 (car de quoi n’a-t-on pas parlé dans cette session), eh bien! même dans cette époque, la proposition indirecte du rétablissement des jésuites a soulevé le public d’indignation , et cette indignation s’est bien
montrée au grand jour. Quant à ce que tu crains sur le concordat, je te dirai que je ne sais point quel parti le ministère veut prendre à cet égard, mais je crois le ministère assez sensé pour ne plus remettre une pareille question sur le tapis; et d’ailleurs, fût-1l assez mal avisé pour rendre une ordonnance à cet égard, cette ordonnance ne durerait pas six semaines. Pourquoi penses-tu que le concordat a été retiré? Tu t’imagines peut-être que c'est par les difficultés que les ministres craignaient de rencontrer à son admission par les Chambres : ce n’est pas cela du tout; le ministère dispose de la majorité des voix, et quand il veut faire passer une loi, il en vient toujours à bout. Mais en retirant le concordat le ministère a obéi à l'opinion qui s'était prononcée d’une manière irrécusable, et il obéira à la même puissance en s’abstenant de présenter encore cette ridicule proposition. D'ailleurs, tu dois être bien convaincu que dans le cas même où le ministère s'entéterait à ne pas céder complétement sur ce chapitre, du moins il céderait en partie, et qu'ainsi le concordat qui passerait (s’il en passe un, ce qui me paraît fort peu: probable) serait nécessairement moins illibéral que le concordat proposé, au lieu de l’être davantage. Ainsi, dans toutes les hypothèses, on ne peut pas craindre que le rétablissement des jésuites soit une suite du concordat. C’est donc avec une ferme confiance que je t’engage à te tranquilliser entièrement à cet égard, et à ne plus te figurer que ta robe doctorale puisse être chassée par une soutane : va, tu ne seras point obligé de croire en Molinos et en Loyola. Les ministères de France, d’Angleterre, d’Allemagne, et surtout de
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France, sont devenus actuellement, sur Îles points importants du moins, les très-humbles et très-obéissants serviteurs de S. M. l'opinion publique.
Quant au bulletin que tu me demandes sur la santé de l'Université, de cette fille aînée de nos rois, qui est si vieille qu’elle en radote, comme disait si spirituellement et si judicieusement le Montesquieu des Lettres Persanes (qui n’est pas du tout celui de l'Esprit des Lois), je te dirai que j'ai trop peu de rapports avec cette laide commère pour savoir au juste comment elle se porte. Elle fait dire de temps en temps par ses phrasiers qu’elle est utile et même indispensable à l’état actuel et constitutionnel des choses, vu qu'elle convenait si bien à l’état des choses sous le très-constitutionnel Bonaparte; mais cependant on voit aisément dans la conduite de cette vieille folle la prudence, pas si mal entendue, de ne pas trop faire penser à elle : on voit que l'Université tremble fort de tomber si on vient une fois à l’examiner un peu sérieusement; et si elle a cette crainte, il faut bien qu'il en soit quelque chose. Du reste, quand enfin nous aurons des presses libres (ce qui arrivera inévitablement dans un an ou deux), il faudra bien que la question soit discutée, et dès lors tu conçois que c’est généreusement calculer que de donner par approximation à l’Université pour trois ou quatre ans de vie.
Malgré ce que tu me dis sur tes idées politiques, je me sens encore assez porté à croire qu’elles sont entachées du vice de l’absolu (non de cet absolu qui a coûté 108,000 francs au pauvre M. Arson; si tu as lu les journaux assidûment, tu dois m'entendre). Ce qui me
porte à le croire, c’est que notre absurde système d’éducation nous conduit tous à des idées beaucoup trop absolues; que moi-même j'y ai passé, et qu'il n’y a guère plus d’un an que j'en suis heureusement quitte. Je pense donc que ma remarque subsiste, comme dit Vaugelas, et que tes idées sont absolues sans même que tu t'en apercoives. Du reste, si cela n’est point, j'en suis fort aise, et je t’en félicite de tout mon cœur; dans ce cas, Jai combattu des chimères, c’est du temps perdu, et voilà tout. Je ne puis t'en dire davantage aujourd’hui, j'ai trop de choses à te conter encore; mais je t’engage de nouveau à étudier l’économie politique, qui est une science fort distincte de ce qu’on appelle ordinairement /a politique. L'ouvrage de Say est ce qu’il y a de mieux à consulter pour cela. |
C’est Poinsot qui est l'inspecteur en tournée dans le Midi; mais il est parti depuis trois semaines, de sorte que je n'ai pu lui parler de ce que tu me dis dans ta lettre.
Quant à l'enseignement mutuel, je ne puis te donner ici une idée de cette heureuse découverte; je t’engage pour la connaître un peu exactement à lire les différents rapports faits à la Société d'enseignement mutuel établie à Paris, et dont le recueil doit se trouver à Montpellier, j'imagine. Ce qui vaudrait beaucoup mieux encore, ce serait d’examiner quelque école organisée sur ce principe, s’il s’en trouve à ta portée. Je te dirai seulement en gros que cette méthode, extrêmement simple, a l’avantage immense d’être appropriée parfaitement à la manière d’être physique et morale des enfants ; que c’est au point que les enfants s’ennuient dans