‹ Lettres d'Auguste Comte à M. Valat ... 1815-1844Chapitre 5 sur 38 · AVIS · texte numérisé non relu

AVIS

En recevant de M. Valat sa correspondance avec Auguste Comte et en se faisant les éditeurs de ce recueil important de lettres, les exécuteurs testamentaires du fondateur du Positivisme n’ont fait que commencer l’accomplissement de leur mandat, en ce qui concerne la publication de la correspondance générale du philosophe.

Au moment de remplir ce devoir, ils éprouvent le besoin d'exprimer publiquement leur reconnaissance à l’ami qui, malgré le temps et les vicissitudes de la vie, a su conserver ce précieux dépôt, et, le moment venu, n’a point hésité à s'en dessaisir dans l’intérêt public.

C’est là un fait de souvenir et de désintéressement qui honore profondément M. Valat et pour lequel les exécuteurs testamentaires croient pouvoir lui exprimer la gratitude générale.

S1 la mémoire d’Auguste Comte est dès à présent honorée, si son nom doit aller à la postérité et sa renommée grandir avec le temps, ce dont ses disciples sont profondément convaincus, quelques - uns dans la génération actuelle et beaucoup dans les générations à venir rechercheront avec un vif intérêt les événements et les détails de sa vie.

Quel document plus fidèle et plus vrai pourront-ils rencon-

trer que ces lettres intimes écrites par le fondateur du Positivisme à un ami de collége, qui les initient à toutes ses inspirations, à ses espérances et à ses déceptions, à ses joies et à ses douleurs, à ses projets et à ses travaux, enfin à tous les accidents de son existence, à toutes les particularités de sa nature et au développement continu de ses facultés, depuis l'enfance jusqu’à la maturité ?

La correspondance d'Auguste Comte avec M. Valat le montre, en effet, à l’école Polytechnique dans la naïveté de l'adolescence; puis, au sortir de l’école, dans l'expansion de la jeunesse, avec le premier essor des passions, l’indépendance et la générosité de cet âge. — C’est l’époque des relations avec Saint-Simon.— Onle voit d’abord entièrement capté, puis désillusionné bientôt et portant sur ce personnage, dès 1824, le jugement qui, formulé par lui en 1853 dans l’avant-dernier volume de la Politique positive, lui a valu de la part de ses ennemis le reproche si injuste d’ingratitude ct d'envieuse rivalité. ù

On peut dire que cette question, encore pendante, de la prétendue filiation spirituelle d'Auguste Comte envers Saint-Simon, est définitivement tranchée par cette partie de la correspondance, et que ce qui frappe, au contraire, dans les lettres de cette époque, c’est la fâcheuse influence exercée sur le jeune homme par le fondateur de l'industrialisme.

Le premier reste, il est vrai, avec son originalité, sa force d'esprit et de caractère, dont l’autre bénéficie tant qu’il peut, mais son cœur est visiblement opprimé par ce contact et son expansion morale contenue; parfois on dirait, à certaines préoccupations de ses lettres, d’un bourgeois patenté, tant l'atmosphère industrialiste le comprime et l’'étouffe ! — Cet état ne pouvait durer.

La rupture avec Saint-Simon fait époque dans la vie de

Comte, comme en témoigne sa correspondance avec M. Valat.

Aussitôt 1l redevient lui-même, tout lui-même. Ce n’est plus un adolescent qui s’ignore ou se cherche, c’est un homme fait et dans toute sa virilité, un citoyen résolu, un philosophe convaincu, déterminé, un novateur systématique, ayant un motif, un but, des moyens, une volonté.

La dernière partie de la correspondance nous fait assister, en effet, à la construction définitive de la philosophie des sciences et à toutes les péripéties de sa complète élaboration.

Incidemment elle reproduit les principaux détails de la lutte que son auteur eut à soutenir contre l’Académie des sciences et le conseil de l’école Polytechnique, ainsi que de l'oppression dont il fut victime. On y voit comment, d’après l’abaissement du niveau moral dans les classes savantes et leur constitution officielle, ce grand esprit fut repoussé par la corporation mathématique.

L'énumération que nous venons de faire suflit pour indiquer l'importance de la correspondance qu'Auguste Comte eut avec son ami, et la grandeur du service qu’a rendu M. Valat d’abord en conservant ses lettres, ensuite en nous les remettant pour être publiées.

Pour les Exécuteurs testamentaires D'AUGUSTE COMTE,

P. LAFFITTE, Président perpétuel.

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