UI
de la fatalité qui fait aujourd'hui passer les jeunes penseurs français, par plusieurs années d'indiscipline totale, d*où résulte ensuite la discordance ordinaire entre leur cœur et leur esprit, malgré les convictions les plus complètes et les plus stables. Vous trouverez moins d'obstacle à cet égard chez les positivistes directement émanés du protestantisme, qui, sans être aussi disciplinant que le catholicisme, maintient quelques habitudes de vraie culture morale.
Une telle explication me conduit à commencer mes réponses spéciales, en vous félicitant des heureux contacts que vous savez maintenant instituer avec les catholiques américains, d'où peuvent bientôt provenir de précieux prosélytes. Pendant que ce digne effort s'ébauchait dans un désert transatlantique, une équivalente tentative s'accomplissait, au chef-lieu du catholicisme, envers les meilleurs débris de l'ancien sacerdoce. L'éminent révolutionnaire français, dont j'ai récemment signalé la merveilleuse conversion, M. Alfred Sabatier, noble ami de M. Lonchampt, par lequel il fut d'abord initié, vient de s'aboucher, en mon nom, à Rome, avec le Général des Jésuites pour commencer la grande ligue religieuse à laquelle le positivisme peut seul présider, de manière à sauver l'Occident de l'immense désordre dont il est maintenant menacé. Dans une admirable lettre officielle, que je saurai finalement publier, mon digne ambassadeur a directement caractérisé notre religion comme plaçant « la dignité dans la soumission, le bonheur dans l'obéissance et la liberté dans le dévouement. »^ Vous apprendrez avec joie que ce précieux disciple élabore, à l'usage du public italien, une judicieuse exposition sommaire du positivisme, qui nous dédommagera du prétentieux
opuscule de Douais dont vous devez maintenant regarder Tauteur comme irrévocablement avorté, par cet excès de présomption et défaut de tendresse qui, combinés, m'ont déjà frustré de tant d'espérances.
Dans une récente lettre, M. Congreve s'est spécialement félicité de l'ouverture de ses relations directes avec vous, qui doivent de plus en plus offrir à tous deux d'importantes satisfactions, de cœur comme d'esprit. Il a noblement accepté la grande proposition que je lui fis, l'an dernier, pour composer un volume décisif sur l'histoire positiviste de la vraie révolution anglaise, afin d'établir la connexité sociologique entre les deux explosions républicaines que personnifient Gromwell et Danton. Accompli dans trois ou quatre ans, avec la perfection que promettent ses deux admirables opuscules historique et politique, ce travail doit irrévocablement lier les deux prolétariats dont l'union importe le plus 'à la solution occidentale. Mais ce résultat sera spécialement consolidé par la précieuse élaboration que vous allez exécuter sur le socialisme positif, et d'après l'urgente exposition projetée par votre digne ami M. John Metcalf, qui, comme prolétaire, est seul apte à réveiller directement le prolétariat britannique, dont l'apparente torpeur ne tient qu'à sa juste défiance des lettrés quelconques, combinée avec son secret instinct de la présidence parisienne, envers la régénération universelle.
Je suis autant disposé que vous à pousser M. Congreve vers la destination sacerdotale, surtout depuis que je le sais heureusement pourvu d'une digne compagne. Ma dernière réponse l'invite à dépasser le simple apostolat, dont il a déjà pris une digne possession, parce qu'il m'a directement témoigné l'espoir spontané de refaire son
éducation théorique à l'aide de mon récent volume. Puisque vous avez convenablement apprécié ce nouveau pas du positivisme, je crois aussi devoir vous exhorter à mettre en pleine valeur votre éminente nature synthétique et sympathique en osant enfin entreprendre votre initiation encyclopédique d'après la base mathématique, autant que le permet votre situation matérielle, moins favorable que celle de M. Congreve. Le sacerdoce positif ne doit jamais se conférer avant Tâge de quarante-deux ans, surtout en vue de la maturité sociale dont aucune valeur personnelle ne peut assez dispenser. D'ici là, vous pourriez encore remplir les seules conditions théoriques qui vous séparent d'une carrière pleinement conforme à votre constitution cérébrale. Sans que vous me l'annonciez, je compte que votre judicieuse étude du nouveau volume aura bientôt produit la réaction indiquée dans ma dernière circulaire, en vous affranchissant autant du prestige scientifique que vous l'êtes déjà du joug théologique et métaphysique. Une application finale et prépondérante de la loi des trois états à la religion^ conduit à dominer son préambule scientifique comme chacun des deux autres, en les utilisant tous selon leur nature, réelle, générale, ou constructîve, et surmontant leurs vices respectifs, d'inutilité, d'abstraction, et d'irréalité.
Il aurait spontanément suffi de comparer les âges de vos deux principaux enfants pour n'être aucunement troublé de la difficulté de Lélia, relativement au culte intime, qui doit être le résultat général de la seconde enfance, à peine commencée dans ce cas. La diversité des sexes concourt avec celle des âges à l'explication de la supériorité d'Henry, parce que ce culte exige l'essor de
la contemplation abstraite, moins facile et plus tardive à la femme que la contemplation concrète, directement liée au sentiment. Je dois, en général, vous recommander, à cet égard, de respecter la spontanéité de chaque enfant, seule garantie solide de la pleine efficacité morale des adorations personnelles. Une heureuse occasion va naturellement surgir pour Lélia du voyage que vous m'annoncez de votre digne épouse, dont je serais honoré de recevoir la visite, qui me permettrait de lui témoigner de vive voix combien je vous apprécie. Pendant cette longue et douloureuse absence de sa mère, votre fille aînée doit éprouver des émotions qui la pousseront à l'institution spontanée du culte intime envers le meilleur type normal.
Quant à votre noble appréciation finale du vrai positivisme, elle est directement digne de mon entière approbation. Toute ma mission fut spontanément annoncée dans Topuscule décisif de 1826, où je vouai ma vie à la fondation du nouveau pouvoir spirituel. Cest là ce qui peut seul condenser et réaliser la doctrine renovatrice que j'ai pleinement établie. Il faut regarder comme une pure chimère l'espoir de rallier et régler les hommes d'après une foi, quelque complète et démontrable qu'elle soit, qui n'aboutirait pas à l'installation du vrai sacerdoce. Une telle conclusion est seule capable de bien distinguer désormais les dignes positivistes ; même quand les faux admettraient tous nos dogmes^ leur action sociale serait essentiellement vaine sans la subordination au pontife universel, unique source du faisceau régénérateur. Vous devez seulement reconnaître que, hors de son sein, le positivisme doit bientôt trouver un précieux appui dans les sympathies que son aptitude organique va naturelle-