I. De M. Alin. — Cachet de la poste, !«"• novembre, -^ 83 V
APPENDICE
me paraît pas au pouvoir de l'homme de retenir ce souffle prêt à s'échapper. Dans deux ou trois crises effrayantes, j'ai cru qu'elle allait s'éteindre dans mes bras; et l'étonnement de tout ce qui l'approche est qu'elle respire encore. Réduit le plus souvent à être témoin des progrès d'une désorganisation si rapide, je ne puis, pour ma part, que proportionner mes soins à la gravité toujours croissante de la maladie. Mon âme est déchirée d'un spectacle si triste et si douloureux; mais la malade paraît touchée de mon intérêt et de mon dévouement; et je vous proteste, Monsieur, que je ferai tout ce qui dépendra de moi, pour soutenir son courage, adoucir ses maux, et prolonger une existence si chère à ses nombreux amis. Vendredi dernier, elle a reçu les derniers sacrements de r .-glise ; et il semble que ces secours consolateurs aient porté dans son âme plus de calme et de résignation. Hier soir, je l'ai quittée à dix heures, sa respiration était moins laborieuse, mais l'inflammation des intestins paraissait plus vive. Elle m'a prié de Vexcuser auprès de vous, de n'avoir pu vous écrire ; et malheureusement jamais excuse n'a été plus légitime. Elle souffre des inquiétudes que vous causent et sa maladie et son silence. Elle exige que vous vous soigniez, et que vous ne vous tourmentiez que le moins possible à son sujet; mais c'est un grand bien pour elle de croire à votre amitié et à votre intérêt. Je viens de recevoir à l'instant la boîte à l'adresse de madame Ch. Je la remettrai moimême dans la journée.
J'aurai l'honneur de vous tenir au courant de la situation de notre chère malade ; il n'est pas permis de se faire illusion sur les dangers qu'elle court; mais depuis huit jours elle vit contre toute vraisem-
LETTRES DU DOCTEUR ALIN
blance. Espérons que le ciel la conservera quelque temps encore à ses amis.
J'ai l'honneur d'être avec la considération la plus distinguée,
Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Alin, d. m. p.
Paris, 14 novembre 1817'.
Monsieur,
Après quinze jours d'un état qui ne laissait attendre, d'une heure à l'autre, qu'une mort certaine, comme terme nécessaire et peut-être désirable de maux si graves et si compliqués, les accidents de madame Ch. ont paru devenir stationnaires, et enfin une amélioration notable a lieu depuis quelques jours. Ce n'est pas toutefois une situation bien rassurante pour l'avenir ; mais du moins elle respire, et ses amis n'ont pas à redouter qu'elle soit enlevée à leurs soins d'un instant à l'autre, comme ils l'ont si douloureusement éprouvé depuis trois semaines. Les accidents aigus auxquels je suis en proie depuis dixjours-, m'ontempêché, Monsieur, de vousdonner le bulletin de notre chère et intéressante malade; ce qui a contribué à me tenir l'esprit en repos à ce sujet, c'est qu'elle m'avait témoigné son intention de vous donner de ses nouvelles par M. Ch. Mon état de souffrances ne me permet pas même de voir régulièrement madame Cli., heureusement ma pré-