‹ Lettres d'Elvire à LamartineChapitre 13 sur 15 · I. L. de M. Alin. Cachet de la poste, 25 décembre · texte numérisé non relu

I. L. de M. Alin. Cachet de la poste, 25 décembre

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en avoir fait un être tout nouveau ; et ils pouvaient seuls sans doute donner des consolations et ranimer l'espérance dans une situation uniquement propre à exciter le découragement et le désespoir. Elle s'est éteinte en pardonnant et en demandant pardon. Puissent ces pensées. Monsieur, jointes à la certitude de l'impossibilité de prolonger une si douloureuse existence, modérer l'impression accablante que doit faire sur votre âme généreuse et sensible la nouvelle d'un si funeste événement ! Notre noble amie a passé de la vallée des larmes dans un séjour de paix et de béatitude. Soumettons-nous comme elle, et pour adoucir nos regrets, songeons qu'une fin douce, paisible, heureuse, a terminé une vie toute de douleurs et d'angoisses.

Prenez soin de votre santé, Monsieur, et veuillez conserver une place dans votre estime et votre amitié,

A votre tout dévoué serviteur,

Alin.

A Monsieur

Monsieur Alphonse de la Martine à Maçon [Saone-et-Loiré) à Mâcon.

Paris, 8 janvier 1818.

Mes dernières lettres. Monsieur, ont pu vous faire connaître les principales circonstances de la maladie et de la fin déplorable de l'intéressante Madame Ch. je tâcherai d'y ajouter quelques nouveauxdétails,en suivant autant que possible l'ordre de vos questions,

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dont plusieurs cependant resteront sans solution, faute de renseignemens à cet égard.

Dès son séjour à Viroflay, Madame Ch. était en proie aux ravagesde la phtisie pulmonaire . Abandonnée de Virginie et de sa mère, il fallut s'occuper des moyens de la ramener à Paris. Je venais de la quitter, lorsque j'appris cet isolement absolu , l'impression qu'elle en reçut fut terrible; je retournai près d'elle, et ne la quittai plus que lorsqu'elle fut rétablie dans sa chambre à Paris. Elle lut plusieurs jours sans femme de chambre ; et pendant plus de quinze jours elle ne put s'accoutumer aux soins de celle qui a su enfin gagner son affection et ne l'a point quittée jusqu'à son dernier soupir. La phtisie fesait des progrès rapides, et malheureusement la malade cédant à ses répugnances, repoussait tous les secours médicinaux, et tous les moyens de régime proposés. Pendant plus de quinze jours, elle ne put consentir à prendre autre chose que de l'eau fraîche. A la fin d'octobre l'inflammation des intestins se joignit à celle de la poitrine. Les douleurs atroces, le marasme rapide semblaient devoir amener une terminaison promte et funeste. C'est à cette époque que Madame Ch. fut administrée par le curé de Saint- Germain-des-Prés. Elle nel'apasétéune seconde fois. Le danger bien senti de sa situation, la rendit plus soumise, le traitement mieux observé calma les accidents nouveaux et redoutables ajoutés à la première maladie, mais les ravages causés par celle-ci, je veux dire l'affection de poitrine, n'étaient pas de nature à rétrograder, et je n'ai pas un moment partagé les illusions et les espérances de quelques amis de la malade dont je crois cependant que l'existence aurait pu être prolongée par un ensemble de soins physiques et

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moraux auxquels il était impossible de soumettre sa volonté. Excepté dans les quinze derniers jours de sa vie, on n'a pu la faire consentir à ce qu'on couchât dans sa chambre ou dans le cabinet voisin, et dès ce temps-là elle était hors d'état de prendre une tasse de boisson sur sa table de nuit. On a des raisons de croire que plusieurs de ces nuits solitaires ont été employées à revoir des papiers, à les classer, etc. Et jugez des suites de pareilles nuits sur un tel sujet qui en se plaignant de l'inefficacité de l'opium, ne tenait jamais compte des causes qui entretenaient l'insomnie et mille autres accidents. L'irritation et le découragement s'emparaientsouvent de son âme; mais les consolations de la religion ont constamment ramené en elle le calme et la résignation. Son confesseur la voyait souvent, et elle parlait hautement du bien-être et de l'espérance qu'elle puisait dans ces entretiens. Elle priait beaucoup en particulier, et se fesait lire des livres de piété, entre autres \ Imitation de J.-C. Elle avait désiré longtemps l'arrivée de M. de Bonald, et répétait souvent qu'// arriverait trop tard. Son bonheur de le revoir était inexprimable. Il venait chez elle autant que pouvait le comporter sa situation. Madame de Drais, M. Marignié, M. et Madame Mounier, venaient souventaussi, mais elle n'était pas toujours en état deles recevoir. Sa meilleure amie, Madame deSaucey, habitantBlois, était venue à Paris pour des affaires. C'est un ange de douceur, de bonté et de patience ; pendant six semaines elle n'a presque point quitté le lit de la malade, et lui a prodigué tous les soins que peuvent inspirer l'amitié, la vertu et la religion. Et quel autre que cette généreuse amie, eût pu être témoin, sans se lasser un instant, des plaintes, des

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gémissements, des douleurs cruelles et presque continues d'un être succombant sans espoir aux ravages d'une consomption générale de tous les systèmes organiques?

Elle demandait la mort ; elle la trouvait trop lente à son gré; l'opium seul à forte dose pouvait engourdir ses douleurs, et la jettait dans une sorte de rêvasserie voisine du délire. Hors de cet état, elle a toujours conservé sa présence d'esprit. Son mari ne l'a pas quittée dans ce moment suprême. Il l'a embrassée après son dernier soupir. Sa figure avait la blancheur de l'albâtre, et ses traits n'étaient nullement décomposés. Cet homme respectable ne parle de son épouse que les larmes aux yeux et avec un profond attendrissement. J'ignore si elle a fait un testament, et en général le sort de ses papiers et effets. Aucune confidence ne m'ayant été faite à ce sujet, je ne me suis permis aucune question qui, dans ma position particulière, eût été indiscrète et contraire à l'esprit et au devoir de ma profession. Cette lettre commencée depuis longtems et interrompue plusieurs fois, je n'ai pu la terminer qu'aujourd'hui, i8, malgré le désir que j'avais de vous donner une solution plus promte et plus satisfesante aux questions que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. J'ajouterai en finissant, que les derniers jours de notre noble amie ont été une suite continue, un enchaînement de plaintes, de gémissements douloureux, de sentiments élevés, de pensées pieuses, de témoignages affectueux, de résignation et de confiance. Il est aisé de croire sans un grand effort, qu'elle est plus heureuse que ceux qu'elle laisse après elle. Le souvenir de ses douleurs ne peut que déchirer l'âme, celui de ses derniers

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instants semble propre à y répandre un peu de calme et quelques consolations.

Agréez, Monsieur, l'expression des sentiments très distingués que vous a voués votre très dévoué serviteur,

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