‹ Lettres d'Eugènie de GuérinChapitre 10 sur 69 · M. PiiiIiIktI i1« I(o<|ii< Iciiil, dr. Ï'U» dt; Fruuce · texte numérisé non relu

M. PiiiIiIktI i1« I(o<|ii< Iciiil, dr. Ï'U» dt; Fruuce

D'EUGENIE DE GUERIN. 25

en paradis dans sa solitude de La Gliênaie, tous ses moments sont remplis par l'étude ou par la prière, ^u reste, il mène la vie la plus douce, bon déjeuner au beurre, excellent dîner, assaisonnés d'un feu roulant de plaisanteries et de malices qui parlent la plupart 'e M. de Lamennais. Son génie s'en va comme ça ,aand il ne travaille pas; de sublime, il devient charmant. Les saillies les plus vives, les plus piquantes s'échappent sans fin de sa bouche. M. Gerbet s'entend aussi passablement à maligner. Vous n'êtes pas la seule.

Moi aussi j'aime la messe de minuit, mais pas tout à fait comme vous. C'est que je suis loin de liuit ans. Ma chère enfant, quand ne serez-vous plus enfant? Adieu; je ne vous en aimerai ni plus ni moins, puisque c'est de tout mon cour. J'embrasse vos sœurs bien tendrement en leur offrant mes vœu> de bonne année et ceux de Marie.

A M"« IRENE COMPAVRE,

A lisle-du-taun.

29 avril 1833.

Encore une rechute, chère amie ; j'allais vous accuser d'oubli, et vous demander si vous aviez laissé tout votre cœur à Castelnaudary. Mais votre aimable

lettre, qui m' arrive à l'instant, a dissipé cette troupe de noires pensées qui me trottaient comme de méchants lutins dans le cœur. « Je ne veux plus écrire à Eugénie; cette correspondance me fatigue, m'ennuie. Qu'a-t-elle à m' apprendre dans ses bois? Aussi tire-t-elle tout de son cœur, et après le mot aimer, il n'y a plus rien dans ses lettres. Je ne veux plus lui répondre , cette répétition m'ennuie...» J'en étais là, ma chère, quand vos tendresses me sont arrivées. Merci et pardon. Je suis bien marrie , en voici la preuve : je. vous aime plus que jamais.

Mais aussi pourquoi faire la muette? J'aime tant l'amitié parlante, que je voudrais vous entendre toujours. A présent, ce n'est ni froid, ni oubli, ni ennui, c'est un petit sommeil qui vous prend le cœur parfois, et qui vous fait dire de charmantes choses au réveil.

Vous ne me dites rien de votre santé; je vois qu'il y en a de dérangées chez mes amies de Lisle, et j'ai peur pour la vôtre qui n'est pas des plus sûres. Mais le voyage de Castelnaudary vous aura donné provision de santé et de bonheur; je vois que vous y avez fort bien passé votre temps , et que tout vous plaît dans ce pays. Je comprends que votre amie vous ait rendu tout aimable, elle l'est tantl Je prends bien part à son bonheur et à celui de sa famille. Commenl apj)('lle-t-on ce petit désiré? Ce n'est pas Yi^es. Je ne h; voudrais pas : à jolie chose joli nom. La pauvre Augustine doit être bien triste de voir M. de

Gélis malade, et de ne pouvoir pas aller voir sa sœur et son ange. Il doit être si gentil dans toutes ces broderies, qu'elle aurait tant de plaisir de lui voir porter! Dites-lui, à cette bonne et chère Augustine, que je la plains, et que je lui dirai de bien bon cœur un de ces Pater qu'elle aime tant, pour que le bon Dieu guérisse son papa et lui accorde bientôt le plaisir d'embrasser son neveu.

A-t-on des nouvelles de M. Henri? On nous a dit qu'il était dans l'Inde. Voilà un retour bien éloigné. Que de choses nous avons dans l'éloignement, et toujours ce qu'on désire le plus! Sans la pensée de la Providence, on dirait que ce monde va tout de travers, mais c'est nous plutôt qui ne voyons pas droit; nous nous plaignons, nous avons peur comme si Dieu n'était pas là. N'oublions pas que c'est lui qui nous mène, et non pas les hommes; autrement il y aurait de quoi se désespérer et partir comme Colomb pour chercher un autre monde.

" Les journaux nous sont revenus, et ne nous lisent pas plus que vous sur notre pauvre princesse. Mon Dieu! quand la verrons-nous hors de là! Je tremble qu'elle n'en sorte que pour aller au c^el. îl y a longtemps que les Bourbons meurent martyrs. K dis tous les jours la prière que m'a envoyée Antoinette. Elle est fort belle, ce me semble, surtout lo psaume. Prions toujours et espérons, c'est le seul bien qui nous reste.

J'ai écrit hier soir à M"* Lisette et lui annonce le

prochain voyage de M. Bories à Lisle; j'ai appris depuis qu'il était parti pour aller voir sa mère, qui est très-mal. Je crains pour lui le malheur de la perdre, elle est fort âgée. Nous avons beaucoup parlé de vous jeudi. Le clergé de Cahuzac dînait ici. M. Bories esl fâché que vous vous fâchiez; il viendra vous voir, et pour vous punir ne vous dira rien. Avez-vous peur de cela? Grâce à Dieu, ma chère, le temps n'est pas encore venu de mettre à profit les bons avis que vous me donnez. Les chanoines de Saint-Flour ne me chagrinent plus*. Je leur souhaite bonne et longue vie comme à Mathusalem pour la peur qu'ils m'ont faite et pour qu'ils n'y reviennent pas. A ce propos, il faut que je vous gronde. Je ne sais plus ce que je vous disais là-dessus dans ma dernière lettre , mais cela m'a été répété devant M. Bories par M***, qui l'a déjà colporté dans tous les presbytères du canton. Il n'a jamais voulu dire de qui il l'avait appris à Lisle. Ce n'est pas de vous, mais vous avez lu ma lettre à une amie, et de celle-là à une autre, et de bouche en bouche c'est ici. Je vous en prie, ma chère, ne livrez pas mes lettres au public, jeserais trop attrapée. Votre ancien pare à secrets m' a. promis qu'il vous gronderait, de trahir ainsi mes confidences. Je vous en supplie, n'y revenez pas, ne lisez pas mes souvenirs comme des gazettes en plein salon. Ce so:it choses qui demandetit un petit coin un peu obscur même , pour

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