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et peut-être que nos amitiés, notre beau ciel, notre air si doux, feraient du bien à votre douleur.
Adieu, monsieur; recevez l'assurance de ma pure affection et de tous les sentiments que j'avais voués k une autre vous-même.
A M"« LOUISE DE BAYNE.
[30 mars 1835.]
'Pour ne pas perdre une occasion de vous écrire, je mets à profit une demi-heure que me donne un marchand de blé du côté d'Albi et qui, au premier jour, portera ceci chez Gosse, car je crains d'accabler M. Mathieu. Lundi dernier encore, je lui envoyai une lettre de Cahuzac où nous étions. Ma chère amie, ce n'est pas vous que je crains d'ennuyer, mais nos bureaux de poste. Quoi qu'il en soit, écrivons-nous toujours. C'est le cas où la charité commence par soi-même.
J'interromps pour vous écrire une lettre de deuil à ce pauvre M. Morvonnais, lettre triste à penser et à faire. Que dire qui puisse consoler de pareilles douleurs? On sent que toute |)arole humaine est insuffisante. Aussi je l'adresse au ciel. C'est consolant que de pouvoir se servir, en de telles occasions, des consolations religieuses avec l'espoir d'être entendu.
L'homme du monde vous écoute, mais ne vous comprend pas, car le langage de la piété ne s'apprend pas tout de suite. Et c'est de la piété qu'il faut alors; ce qu'on appelle sentiment religieux est trop vague, pénètre trop peu l'àme pour la consoler.
Ma chère amie, voyez comme les jours sont différents. Je lisais samedi une lettre couleur de rose, pleine de gaieté, de détails de fêtes à pareil jour, à la même heure que la lettre de mort dont je vous ai parlé. Voilà la vie, semée de larmes et de plaisirs.
La lettre gaie était de Lisle, de l'aimable Antoinette, et une autre d'Irène qui m'a écrit deux fois sans que je lui aie répondu. Cet empressement.de la bonne Irène m'a touchée; vraiment on m'aime trop, je ne saurais que faire de tant d'amitiés, si jamais l'amitié pouvait embarrasser. Mais je ne le crois pas, mon cœur se sent trop à l'aise au miliou de tant de jolis filets qui l'entourent; seulement, je crains qu'il ne m'en coûte trop quand il faudra s'en aller; plus les liens sont doux, plus on doit y tenir, et il faudrait, s'il était possible, être libre au moment du départ, quand on va de la terre au ciel. Vous seule, Louise, serez cause que je voudrais toujours vivre. Essayons,vous, d'être moins aimable, moi, de vous aimer moins; faisons l'impossible.
Le jeune dîner de M'"*" Combes devait être charmanl; c'était une jolie réunion d'amabilités, Pulchérie en tête. Je connais M"® Gaujon que je voyais quelquefois dans le temps que j'ai demeuré à Albi,
l'an dernier. Elle est de celles que j'aurais voulu voir plus souvent; j'aimais son air vif et spirituel, ses yeux doux et parlants. Sans être belle, je la trouvais mieux que la belle R*** qui manque de grâce dans sa beauté. Au reste, douce comme un ange, qualité plus belle encore que la giàce. J'eflace le nom, ne sachant pas où pourrait tomber ce papier. 11 faut, quand on écrit, que la prudence tienne la plume. Que je vous fasse mon compliment à ce sujet, car vous avez fait de grands progrès dans cette vertu; vos lettres peuvent à peu près sans risque être vues; on n'y verra que du joli, ce qui plaît a tout le monde.
Si j'étais moins pressée, je vous transcrirais quelque chose de la lettre de M. de Roquefeuil, qui vous intéresserait pour ce bout du monde. Il parle, au reste, de l'abbé Delmont, qui se fait toujours vénérer à Bouibon, et de l'abbé de Solages, mort dans sa mission, à Madagascar, empoisonné à ce que l'on croit. Quels hommes qui vont se faire tuer pour le salut de quelques sauvages! Gela seul devrait nous rendre fervents, nous qui avons si peu à faire, au moins nous sauver, puisque nous n'avons que nous à sauver. Je ne sais, ma chère amie, si vous ne me trouvez pas trop prêcheuse à la façon de vos capcttes qui vont toujours grondant le monde. Ce n'est pas que je gronde pourtant, c'est que mes pensées s'en vont du côté sérieux, et je les laisse faire.
Où en êtes-vous avec Alex* ? 11 est possible que je