I. Ciirû de Caliuzac. V. le Journal, p. 47, G
le chant du départ des conscrits de sa paroisse. Vous n'avez pas, monsieur, de ces démons dans vos montagnes. Aussi, sous ce rapport, nous ne devrions pas nous plaindre des bonnes âmes qui nous quittent pour s'en aller avec les saints; chacun n'aime que son pays.
Cependant ne faut-il pas nous délaisser tout à fait et nous donner au moins un souvenir de cœur et de prière.
Permettez que ma sœur et moi embrassions Françoise sur ce papier et lui rappelions toutes ses promesses. M. d'Andillac voudra bien aussi recevoir les souvenirs affectueux de nous tous. Rien de nouveau dans son ancienne paroisse.
A M"« ANTOINETTE DE BOISSET
2 septembre 1S3Ô.
Je viens des montagnes, de chez Louise, que je n'avais pas vue depuis quatre ans. Vous jugez du charme, du bonheur de trois semaines, et du regret d'à présent, ma chère Antoinette. Ne plus se voir, être loin, ne se parler qu'en lettres est triste pour des amis qui voudraient passer la vie ensemble.
D'EUGENIE DE GUERIN. 107
Plaignez-moi, vous si bonne, qui comprenez l'amitié et la peine des séparations. Je me souviens comme le départ de votre chère Blanche vous attristait ce printemps.
Depuis, vous avez eu bien d'autres chagrin! d'adieu, auxquels j'ai pris part de tout mon cœur, sans vous le dire parce que moi aussi je m'en allais. Je voulais attendre mon retour pour répondre à vos amitiés et vous conter les jolies choses que j'aurais vues. Me voici donc à vous après les embrassements de famille ; causons, causons des montagnes. Je suis sûre que ce pays vous plaira. Vous aimez l'aimable et le saint.
Mais il faut l'avoir vu pour se faire une idée de cette contrée pieuse, si différente de ses voisins de la plaine. Quelle foi! quelle instruction! quel recueillement à l'église! Y tourner la tête est si rare qu'il en est parlé en chaire comme d'une profanation. Ce saint courroux du curé sur cette peccadille m'a fort édifiée; c'était l'éloge du recueillement d'habitude, et en vérité ces bonnes gens semblent des .statues priantes, tant ils se tiennent immobiles devant Dieu, morts aux sens. Que nous aurions besoin de ces modèles de chrétiens dans nos contrées! Je ne parle pas pour Lisle où l'on est si sage, où l'on a des sœurs qui instruisent les enfants, de bonnes âmes qui édifient, des congréganisles qui répandent les bons livres, qui prient pour les justes et pour les pécheurs. Les grâces abondent à Lisle, et le bon
108 LKTTRHS
Dieu vous a bénis; mais nous, sans secours, sans exemples que fort rares, qui avons perdu maintenant notre grand luminaire, M. Bories, oh! que nous sommes à plaindre ! que nous avons droit aux prières des âmes bénies! Ainsi vous, pleine de grâce, et vos sœurs de la congrégation, priez pour nous, pauvres pécheurs, répandez sur nous des prières comme vous répandez des livres pieux parmi d'autres.
Je voudrais savoir quels sont les livres que vous avez reçus. Je voudrais qu'il y en eût pour toutes les intelligences, que les personnes qui ne savent tout juste que lire comme celles qui sont instruites trouvassent dans notre bibliothèque ce qu'il faut à leur piété. Je sais qu'il ne faut pas être trop délicats, que tout ce qui parle de Dieu est bon. Je me souvienr pourtant du piétisme dont nous parlait le Père Goudelin. Que savez-vous de ce saint homme et de M. Verès? Je voudrais bien savoir si ce dernier est à Toulouse ou au ciel. Ce n'est pas que je sois prête à l'aller trouver nulle part, surtout là-haut. J'ai apprit plus que jamais à la montagne comme il faut se préparer pour le ciel.
Gomme j'étais bien pour tout! L'église ta (ieux pas, un père des plus tendres, qui avait pris mon âme en alVection. Le pauvre homme, si ce n'était paï ai intérieur et un peu long â dire, je vous conterais un (le ses traits de ixinté pour ma conscience. Knfin, on me gâtait; tout m'aniusait, les courses de çà de là
D'EUGENIE DE GUERIN. 109
par montes et colles y avec Louise et Don Quichotte^ y monté sur Pierre-à-feu, son coursier, puis les goûtés au lait de chèvre, au pain de seigle, au fromajou, qui nous attendaient dans des maisonnettes. Que tout cela était bon ! Rien de plus gracieux, de plus honnête que ces montagnards et montagnardes, jusqu'aux petits enfants qui se lèvent presque du berceau pour vous saluer. Je ne vous parle pas de Louise, de sa famille infiniment aimable et bonne, on est heureux de les voir, de les connaître dans l'intimité.
Adieu, chère Antoinette. Que fait la santé de Laure et d'Augustine? Tous ceux qui souffrent m'intéressent. Je vous crois en bonne santé, mais je ne vous en aime pas moins. Oui, croyez-moi toujours toute à vous.
A M. MAURICE DE GUÉRIN
6 septembre 1836, jour de Saiat-Eugène
Il y a huit jours que je descendais des montagnes tout tristement, pensant à Louise, le cœur plein de son amitié et des regrets de notre séparation.
\. Le mrme personnage que le Chevalier nocturne d'une Jos leltre» orécédentes.
Qu'il en coûte de s'éloigner d'une amie, quand on a trouvé tant de bonheur à être ensemble ! Dire adieu est un mot qui fait pleurer, qui tue. Fénelon a bien raison de dire que l'amitié, qui fait le grand bonheur de la vie, donne aussi d'inexprimables peines. Nous les avons senties, Louise et moi. C'est qu'au fond les. plus douces choses de la vie ont leur amertume. Je, l'apprends, je le sens toujours plus : qu'y faire? Se' résigner, s'habituer tout doucement au courant du monde qui passe si diversement.
Mon ami, j'ai pensé à toi partout aux montagnes, sous les tilleuls, dans le petit salon, d»ns la galerie où l'on m'a fait lire de tes lettres, ces chères lettres que M. de Bayne conserve avec d'autres papiers précieux. Je crois que tu lui ferais bien plaisir de lui en envoyer quelque autre de temps en temps, de lui parler un peu de ce qui se passe dans le monde littéraire. Ce brave homme t'aime particulièrement. Le nom de « M. Maurice » lui doit être au cœur, car il l'a souvent sur les lèvres. Cette affection doit te plaire; j'y prends plaisir, d'autant qu'il m'en revient quelque chose comme ta sœur apparemment. Enfin, je ne sais pourquoi M. de Bayne me traite d'une manière si distinguée. Il venait, causait, me parlait de ses grands auteurs, de ses grandes pensées ; nous ouvrions tous les livres, histoire, philosophie, légendes, poésie. C'était un cours de littérature que ses conversations du soir, car c'est le soir que nous causions, lui sur son fauteuil, le dos tourné à la fe-
D'EUGENIE DE GUERIN. 111
nêtre, moi sur le grand sofa, à la place marquée de la comtesse; Léontine au bout, Louise sur une chaise, le plus près de moi, et Criquet à ses pieds ou sur ses genoux. Tu aurais vu aussi la table ronde avec des livres, des brochures, des journaux, des bas entassés autour d'un chandelier, et dessous l'ombre où venait le grillon. C'était comme il y a quatre ans, toi de moins. Louise n'est pas du tout changée. C'est même air de jeunesse, même gaieté, même œil de feu. Quel regard! Je voudrais qu'il fût tombé sur Raphaël, que serait-ce? Moi, j'en ai dans l'âme un tableau charmant : il est vrai.
Je fus coupée là tout court par l'arrivée de Miou, mon écolière, petite fille, douce, jolie et bête, selon papa, qui n'aime pas sa lenteur, ce qui lui fait juger aigrement ma pauvre protégée. Une grêle est venue avant-hier enlever nos raisins. C'est pitié de voir ces pauvres vignes brisées qui promettaient une abondante récolte. On ne comptait pas sur moins de soixante-dix barriques: comptez sur quelque chose en ce monde !
C'est demain que nous attendons les Raynaud, grands et petits. 11 tarde infiniment à papa d'embrasser Auguste, sa femme et les enfants. J'ai eu ce plaisir la première, à mon passage à Albi. Juge du bonheur et comme la connaissance fut bientôt faite avec Félicité. Cet air d'amis que nous eûmes d'abord surprit tout le monde, ceux qui ne savaient pas que nous nous connaissions déjà de cœur. Je trouve no-
lli LETTRES
tre cousine bonne, simple, amicale, t' aimant beaucoup, ce qui fait que je ne l'aime pas peu. Nous avons causé de toi : <( Parlez-moi de Maurice ; que fait-il ?pense-t-il à nous? viendra-t-il enfin?» et autres questions que j'ai faites, que je ferai encore ces jours-ci plus à loisir. 11 pleut, par malheur, ce qui nous empêchera de sortir, de nous asseoir sous quelque chêne où il fait bon dire ses Secrets.
Si nous t'avions aussi, quel bonheur! N'y pensons pas, puisque y penser ne fait rien que donner plus de regrets. Mais pourtant souviens-toi que je te veux, que nous te voulons l'an prochain. Arrange-toi en conséquence, ou dis-nous que tu ne veux pas venir. Je ne vois rien que l'agrégation qui puisse te retenir; mais d'ici à un an tu as tout le temps de te préparer. Prépare-toi au plus tôt, présente-toi sans hésiter. Un peu de courage, allons ; les courageux l'emportent. Pense au plaisir que tu nous feras, à celui qu'aura papa, le cher père qui t'aime tant que nous serions jaloux, si nous n'avions malgré cela notre pari de tendresse. Le cœur d'un père est infini.
A M"« ANTOINETTE DE BOISSET
Le 29 septembre (ISadJ.
Que je vous plains, ma pauvre Antoinette ! que je
D'EUGENIE DE GUERIN. 1«
trouve accablant le coup qui vient de vous frap[ier et toute votre famille! Je vous vois désolée, pleurante, ayant besoin de consolations, et moi qui vou. drais vous en offrir, je ne puis rien, non, rien quv.' m'associer à votre affliction en la partageant vivement. Je sens mon insuffisance et celle de toute compassion humaine dans une pareille douleur. Notre soutien nous vient de plus haut, comme vous me l'avez dit naguère dans une semblable occasion. J'aime à me rappeler ces paroles et la tendre amitié dont elles étaient l'expression. Ce fut pour moi quelque chose de céleste et qui me fait demander aujourd'hui à Dieu la grâce de vous rendre le bien que vous me fîtes alors. Mais que puis-je, encore une fois, ma chère amie, que m'affliger avec vous et prier Dieu de vous donner la résignation et la force dont vous avez tant de besoin dans le chagrin qu'il vous envoie maintenant? chagrin bien amer, bien profond pour vous, je le comprends et le partage comme amie et comme sœur. Il est si triste de perdre un frère!
Mais Dieu veut que nous soyons tôt ou tard séparés l'un de l'autre, et que, dans ces séparations, notre cœur s'attache plus fortement à lui et se tourne entièrement vers le lieu où s'en vont tous ceux qui nous manquent. La mort de ceux qu'on aime nous enseigne à nous détacher de la vie et de tout ce qui passe sur cette pauvre terre d'exil, et à n'avoir que des espérances célestes. C'est quand on est triste qu'on sent qu'on a besoin du ciei; aussi Dieu le pro-
met-il à ceux qui pleurent et les appelle-t-il bienheureux parce qu'ils seront consolés. Oh! fortifiante promesse, et qu'elle nous aide puissamment à porter notre croix, toute pesante qu'elle est! Le ciel est promis, mais il le faut gagner par la souffrance et, comme Jésus-Christ, arriver à la gloire par le long chemin du Calvaire. Vous, ma chère amie, qui avez fait si souvent et si pieusement le chemin de la croix, vous avez appris là la résignation, la force dans les afïlictions de la vie.
Dans celle que Dieu vous envoie maintenant, je compte beaucoup sur votre courage et vos sentiments religieux; mais je suis en peine pour votre santé, pour celle de votre chère Laure, si délicate et si ébranlée par un coup pareil. Aussi j'aurais grand besoin d'un mot qui me rassure sur votre compte, sur celui de M"* Laure, et je l'attends de votro amitié.
A. M. HIPPOLYTE DE LA MORVONNAIS
Au Cayla, 2 février 1831.
Il y a aujourd'hui deux ans qu'une lettre de Maurice m'apprit la mort de votie chère Marie, mort à laquelle je pensais en me réveiUant et dont je viens célébrer l'anniversaire en vous écrivant, monsieur.
D'EUGENIE DE GUERIN. 115
Je ne crois pouvoir mieux passer cette journée qu'en vous parlant d'elle, de vous, de sa fille, du ciel où f'ile est, d'où elle veille sur tout ce qu'elle aimait. Marie prie pour nous, elle s'occupe de notre bonheur, du vôtre surtout, comme si elle était sur la terre et mieux encore, car elle nous aime bien autrement au ciel. Aussi j'espère beaucoup pour votre àme ; il lui viendra de ces grâces que nous obtiennent les saints, les amis que nous avons auprès de Dieu, je veux dire ces secours intérieurs qui consolent, qui soutiennent l'âme dans ses défaillances, qui vous sont si nécessaires, monsieur. Je remarque cela dans vos lettres, et ce n'est pas sans peine que je vous vois toujours dans une inconsolable tristesse. Vous le savez, cependant, la foi nous donne l'espérance, et il n'est pas permis au chrétien de s'affliger comme ceux qui ne connaissent pas Dieu; car, pour vos fidèles. Seigneur, mourir n'est pas perdre la vie, mais passer à une vie meilleure. Consolons-nous donc en pensant que ceux qui nous quittent sont plus heureux qu'avec nous. Les morts bienheureux nous disent : Ne pleurez pas, suivez plutôt la voie qui peut vous mener où nous sommes; on y vient en aimant Dieu, en le servant de tout son cœur, dans le deuil, dans les séparations, dans les douleurs, les tristesses, les larmes qui remplissent toute la vie. Le cisl est au bout; il faut passer par ces épreuves comme le soldat marche à la gloire, à travers les champs de bataille, sans faiblir et sans s'étonner.
us LETTRES
Que je voudrais voir passer en vous, monsieur, cette force qui vient de Dieu, que nous trouvons dans la prière, dans les pieuses lectures, dans les pratiques de la religion, si consolantes et si douces! Pourquoi tous les afïligés ne connaissent-ils pas cela? Que ne peuvent-ils découvrir ce trésor d'où sortent si abondants tous les biens qu'il faut à l'àme! MonJ Dieu, que nous savons peu profiter de vos dons! Je connais plus d'un afiligé qui se perd, faute de chercher la consolation où il faut. Ce n'est ni dans l'étude, ni dans la contemplation de la nature, ni dans les hommes, ni dans rien de créé que l'âme trouve à se consoler; mais en Dieu, en Dieu seul, dans sa parole, dans les divines écritures, dans la vie croyante et pieuse. Ah ! monsieur, qui, se mettant à genoux avec le cœur plein de larmes, ne s'est relevé consolé?
Vous l'avez éprouvé, sans doute; ce n'est pas à moi à vous apprendre ces choses, mais j'aime d'en parler, parce qu'il y a un charme infini dans ces entretiens célestes, parce que cela me sort du cœur pour vous, en pensant que Dieu me charge de vous consoler. Que vous dirais-je ? Je ne sais autre chose, je n'ai rien appris du monde, il m'est ôtrani^cr ains que son langage. Je ne sais que la parole pieuse ; vous me trouverez muette, si vous ne l'entendez pas; vous l'entendrez, je le vois, puisque vous parlez de prières ; mais dites-moi, monsieur, pourquoi ajoutezvous que votre âme se gâte de plus en plus? Ce mal me fait de la peine; c'est l'expression d'une foi ma-
D^UGÉNIK DE GUÈRIN. ,„
lade, d'un cœur éloigné de Dieu. Ce serait triste de vous voir ainsi décliner, vous que vos épreuves ont placé si haut près de Jésus sur le Calvaire. Là sont ceux qui souffrent pour de là monter aux cieux. Aussi je vous voyais comme un prédestiné, comme un de ceux dont Jésus-Christ a dit : « Bienheureux ceux qui souffrent. ,> Vous souffrez tant : ne perdez pas le fruit du martyre. Voyez le ciel ouvert comme Etienne, foi, espérance ! que votre âme s'élève en haut, et elle ne se gâtera pas; quittons la terre qui nous souille, qui nous ternit, pauvres cygnes.
Car comment conserver sa divine blancheur Au milieu de Ja fange et parmi la poussière Qui s'attache ici-bas à tout, même à la ûeur? Oh ! craignez, craignez donc de vous souiller sur terre, Vierges, colombes du Seigneur, Petits enfants, flocons de neige.
Prêtres, poètes, pur cortège; Parmi ce monde corrupteur.
Passez comme un rayon à travers la vapeur! Ne nous arrêtons pas sur ce globe de Ringe. Oh! qui que nous soyons, regardons les luiuts lieux : Du soleil de l'homme et de l'ange, La belle demeure est aux cieux.
Qu'offre le monde, hélas! pour que notre œil y tombe? Qu'est la terre, mon Dieu ? Rien, qu'une immense tombe Ou sont ensevelis siècles, rois, nations, Et tant d'objets d'amour qu'en nos bras nous pressions. Ohl pas.sor.s, passons donc, comme en un cimetiéro Passons en réiiandant les pleurs et la prière
Oui, prions, monsieur; je vous le dirai de mille façons, parce que la prière est ce qu'il vous faut, parce qu'aussi bien que la poésie elle console les pauvres poètes dans leur deuil. Essayez de Dieu après la poésie, et vous vous trouverez mieux, et votre âme ne se gâtera pas davantage. Votre âme se gâter, quel malheur! Je prie bien Dieu de vous en préserver; quel chagrin pour Marie si elle vous voyait 1 Soyez ce qu'elle vous a vu, et, après Dieu, le plus saint gardien de l'enfant qu'elle vous a laissé, de votre chère petite fille pour laquelle seule votre âme devrait se conserver pure.
Pardon, monsieur, je vous crois toujours bien bon; c'est moi qui vais trop loin, qui me suis trop alarmée d'une expression mal comprise; vous ne vous gâtez pas, non; mais vous pleurez trop, mais vous ne croyez pas assez peut-être. Je vous jette des idées qui me viennent d'une grande crainte et d'un grand amour pour votre âme. Que ne ferais-je pas pour son salut, pour celui de tous les hommes, ces frères rachetés du sang de Jésus-Christ! C'est bien vous parler en sœur ; mais vous m'en avez donné le titre, et je m'en sers pour m'exprimer librement, pour vous remercier de tout mon cœur de ce que vous me dites d'aimable, d'obligeant pour moi et les miens. Au nom de tous, venez nous voir et amenez-nous Marie ; il nous tarde de la caresser, de la tenir sur nos genoux. Veuillez bien l'embrasser pour moi, la chère petite. Chargez-vous aussi de nos souvenirs
D'EUGENIE DE OUERIN. 119
pour votre sœur Adèle et de lui dire combien sa peur de moi me fait rire; qu'elle se rassure et veuille bien me voir à sa portée pour l'embrasser bien tendrement.
Gomme vous le dites, Maurice est changé en bien et en mal ; en se roidissant, son âme a perdu de sa tendresse; ce n'est plus ce frère qui m'aimait comme un enfant, me contait naïvement toutes choses. Il se tait à présent ; pourquoi? Dieu le sait. Cela me peine, mais je me tais aussi. Ne faut-il pas se résigner à tout? que ferait la plainte? j'attends à le revoir. Au reste, je ne sais si j'ai bien saisi ce que vous me dites de lui ni bien d'autres choses de votre lettre, ne pouvant pas trop lire votre écriture. Pourriez-vous la rendre meilleure? Je le voudrais pour le plaisir que j'ai à vous lire.
Adieu ; passez-moi toutes mes franchises, et croyez toujours, monsieur, à mes sentiments dévoués.
[P. S.] Il me tarde que tout obstacle ait cessé pour la publication de Wordsivorth. Mon père et toute la l'amille m'ont bien chargée de vous présenter leurs souvenirs alFectueux.
A JM'»' LOUISE DE BAYNE.
[Albi], mardi 4 avril [1837].
Cholet est venu comme j'allais à l'église avec votre lettre de tristesse que j'ai lue tout près du portail de Sainte-Cécile. C'est vous dire, chère amie, que je vous ai menée devant Dieu, que je l'ai prié de vous faire supporter avec résignation ces chagrins de cœur, ces perles, ces morts qui nous frappent à tout moment. Voilà la vie, pleine de séparations et de larmes. C'est triste, bien triste pour la nature; mais la foi console, mais l'âme sait que, lorsque cette maison de terre où elle habite vient à se détruire, elle en acquiert une autre dans le ciel qui dure éternellement. Ce passage de la préface des morts est sublime et plus consolant que tout ce qu'on peut dire pour se consoler de la perte de ceux que l'on aime. Le langage humain est bien froid, bien impuissant : ce n'est qu'un son lugubre comme celui de la cloche; allons devant Dieu, si nous vouions entendre ce qui console et fortifie. Je J'ai remarqué, les personnes pieuses les plus simples, les plus ignorantes, trouvent dans ces occasions d'admirables choses ta dire. Jeanotte, qui se trouva seule auprès de M'"* de Faramond mourante, l'exhortai t comme un nnissiomiaiie. C'est que lapiélé, l'amour
D'EUGENIE DE GUBRIN. 121
les inspire. Aimons Dieu, et nous saurons en parler.
Ce pauvre *** est mort sans autre sacrement que l'extrême-onction , tant la mort est venue vite. Ce n'est pas qu'il ne fût malade depuis longtemps, mais on ne s'alarmait pas d'un mal au pied, lorsque tout à coup la douleur est montée à la jambe, de là plus haut, enfin dans tout le corps. M. le curé, qui dînait en ville, a été appelé en toute hâte, et n'a eu que le temps de lui donner l'extrême-onction. Je ne sais s'il a pu se confesser. Mon Dieu, tenons-nous prêts. C'est de M™^ de Tonnac que je tiens ces détails. Je vous les donnais dans ma lettre brûlée , ainsi que mille choses que je ne vous répéterai pas; ce sont des riens, de ces mots qui tombent de la plume sans laisser de souvenir.
Nous pourrions rire un peu de ces causeries en cendres,. mais ce n'est pas le moment; le coeur est tout au triste parmi ces morts et ces mourants, moi surtout, qui regrette tant cette bonne, aimable et pieuse Laure, dont on m'a appris la mort tout à coup. Pauvre Antoinette, pauvre mère! comme toute la famille doit être afiligée! ils aimaient tant leur chère Laure ^ C'était leur bonheur, leur trésor, leur consolation à tous. Esprit, douceur, piété, affection tendre et prévenante lui attachaient tout le monde. Encoreil n'y a pas un an que je la voyais chez elle, que j'admirais ses qualités, sa gaieté parmi les
i. M"' Laure de Boissit, inorto le 30 mars de ocUc année.
souffrances et une piété angéliqiie. Rien ne lui coûtait à faire ou à supporter de plus pénible. Toujours la volonté de Dieu et des autres. Tout Lisle doit la pleurer. C'est la grippe qui l'a emportée en quelques jours. Ce n'est point surprenant dans l'état où elle était, que ce frêle corps ait succombé au moindre ébranlement. Il me faudra écrire à Antoinette, et vous pensez s'il m'en coûte! Comme vous le dites, on craint de renouveler la douleur en y touchant. Cependant faut-il que l'amitié mette des larmes sur ces plaies du cœur. On pense à Dieu, au ciel, et la piété fait que ces larmes sont bien douces. Cependant cette lettre me coûte à écrire; si vous étiez près, je vous dirais : aidez-moi; je m'adresserai à mon bon ange. J'avais toujours eu le pressentiment que j'aurais à consoler Antoinette sur la mort de sa sœur. Bonne amie, que Dieu m'épargne cet office de consolatrice, si pénible, si déchirant!
Pauvre monde, c'est ainsi qu'on le quitte, que tantôt d'un côté, tantôt de l'autre nous voyons s'en aller ceux que nous connaissons. Bientôt on se trouve seul, isolé, parmi ceux qui viennent, comme ces feuilles d'une autre année qui tiennent encore à l'arbre quand celles du printemps arrivent. Gela se voit souvent sur les chênes. C'est triste et m'a fait réfléchir souvent dans nos bois. Tout sert à l'âme, tout fait penser en haut : le bon Dieu veut et aime que tout se rapporte à lui ; ainsi la feuille morte utilise la futilité de la promenade.
D'EUGENIE DE GUERIN. 123
Hier, à mon lever, je vis deux hirondelles rasant le clocher de Saint- Salvy. Ces petites printanières font grand plaisir : on pense aux beaux jours, aux fleurs, aux fruits, aux raisins, aux amis qu'on ira voir, toute une série d'idées riantes volent avec les hirondelles. Euphrasie riait beaucoup et se moquait presque de mon éclat de joie lorsque j'ai ouvert la fenêtre; l'enfant qu'elle est ne sait pas de quoi elle rit, ni tout ce que j'ai vu tout à coup : le Cayla, papa, Marie, les montagnes, Louise ma chère amie. Cela vaut bien un cri de joie.
Oui , je viendrai vous voir, vous embrasser, vous écouter, faire tout ce que nous avons fait l'an dernier. Quel bonheur, chère amie ! Aussi je ne veux pas m'en priver, ni vous affliger d'un refus. Pour le retard, j'y suis forcée, pardonnez-le; mon pauvre père est trop impatient de me voir, Marie est presque pleurante , et me dit : « Tu iras plus tard voir Louise. » Que voulez-vous que je fasse? J'irai et je
reviendrai. C'est ainsi que le veut mon père et votre amie. Surtout gardez-vous de croire que papa s'oppose au voyage : il a été le premier à me le proposer. A chaque lettre il m'en parle. Encore hier il me disait : « Il me tarde bien de te voir, mais pour ta bonne amie, je consens encore à t'accorder le temps que tu voudras, parce qu'il n'y a rien que je ne fusse pour elle. » Que je suis heureuse ! il croit faire beaucoup, le très-cher père, en vous envoyant sa fille. C'est bien savoir que vous l'aimez.
Voyez- VOUS, bonnes amies, car je vous aime toutes, et vous adresse également mes tendresses, il ne faut pas avoir le cœur partagé pour être bien quelque part, quand ce serait au ciel. Dans mon paradis de Rayssac, je penserais dans ce moment beaucoup au Gayla. Ainsi, encore un peu de temps, je vous en conjure; ne m'en sachez pas mauvais gré, si je refuse de vous embrasser à présent, c'est pour vous tenir plus longtemps. Ainsi, conclu, au contentement mutuel, n'est-ce pas? Je ne vais m'occuper que de mes commissions et de mon retour qui sera lundi prochain. Je m'en vais bien traitée, bien gâtée, c'est le mot, par les amis et parents. Les bous Mathieu, Emilie, me comblent. Les bons parents, que j'ai de reconnaissance de leur bon accueil, et puis de tant de choses qui me sont venues pour l'âme! Je pars nourrie de sermons, d'édifications, de toutes sortes de choses saintes.
Si Gholet ne m'avait dit que les charbonniers partent à onze heures, je vous parlerais au long de la cérémonie du Bon-Sauveur, cérémonie belle et touchante, qui fait admirer, qui fait pleurer. Pas moyen d'y tenir quand, après les vœux, la jeune professe s'allonge sous ce drap mortuaire aux chants des morts, des enterrements; mais comme la religion est aimable! Tandis que tout le monde pleure, deux enfants couvrent de fleurs ce tombeau céleste, et après un peu de temps, comme celui que nous [)asserons dans la tombe, le drap se replie peu à pou
et lai=;se voir la radieuse sainte qui se lève au chant du Te Deum et, conduite par la mère supérieure, va donner un baiser à chacune des sœurs. Gela abat, puis électrise. Le monde, rien dans le monde ne vaut ce qui se passe sous ce drap des morts couvert de fleurs. On dit que tout ce que demande à Dieu la religieuse lui est accordé en ce moment. Une demanda de mourir ; elle mourut. Savez- vous ce que je demanderais? que vous fussiez une sainte. M. *** l'aumônier a donné un doux et pieux discours. Mais adieu.
A M"« ANTOINETTE DE BOISSET
Albi, 11 avril 1831.
Que Dieu vous console, ma pauvre Antoinette; qu'il vous soutienne, qu'il vous aide! votre douleur est au-dessus de vos forces, au-dessus de tout ce qu'on pourrait vous dire. Aussi je ne dis rien, je ne vous écris que des larmes, et combien je suis accablée de la perte que vous venez de faire. Quel coup de foudre! mais Dieu nous frappe quand il veut, comme il veut et dans les endroits les plus chers. C'est un père, il sait pourquoi il nous afllige et nous prend ceux que nous aimons. Entrons dans ses vues; que la foi nous aide dans ces sacrifices impossibles à
la nature ; voyons le ciel où s'en vont ceux qui nous quittent, où nous les joindrons pour toujours après une courte séparation. Nous passons tous rapidement sur la terre; heureux ceux qui, comme votre chère sœur, s'en vont avec une vie pieuse et sainte, vie de soufTrances et de résignation , si conforme à Jésus crucifié; aussi c'est à ces âmes qu'il dit au moment de sa mort : « Venez à moi ! » Votre Laure est au ciel, chère Antoinette, tout le fait espérer, elle était si pieuse, si angélique, et le bon Dieu est si bon! Il a promis le ciel à ceux qui souffrent, à ceux qui donneraient un verre d'eau en son nom; il a donné sa récompense à celle dont la vie ne fut que soulTrance et charité. Gela console, console beaucoup : un chrétien ne peut pas s'affliger « comme ceux qui n'ont pas d'espérances; » pleurons, mais résignons-nous; pleurons, mais voyons les cieux ouverts. C'est Fénelon qui l'a dit à des affligés comme vous. Je vousredis ces paroles que je trouve douces. Ma pauvre amie, je sens que je ne puis rien, que toute mou amitié et toute chose humaine est impuissante pour votre douleur; je me sers de Dieu, je le prie pour vous, pour votre pauvre mère et tous les affligés que vous êtes. Je prie aussi pour la sainte, presque en l'invoquant.
Adieu ; je n'ose pas continuer et toucher plus longtemps à votre douleur. Qui sait ce que vous faites, ce que devient votre santé? Que je vous plains 1 que je prends part à vos larmes! Je vous
D'EUGENIE DE GUERIN.
écris d'Albi; quand vous le pourrez, écrivez-moi au Gayla.
Plus que jamais toute à vous, chère Antoinette.
A LA MÊME
[Au Cayla], 19 avril 1837
Je VOUS écris encore, ma chère Antoinette, pour répondre à votre lettre que j'ai trouvée au Gayla et vous exprimer de nouveau la part que je prends à votre chagrin. Il est grand, bien grand! c'est de ces coups qu'on ne peut supporter qu'avec l'aide de Dieu; mais il ne vous manque pas, il est là qui soutient votre cœur brisé, qui vous donne de ces pensées du ciel si fortifiantes, si consolantes, que je trouve dans votre lettre. Ma bonne amie, que je suis touchée lie ces sentiments de foi qui vous dominent, toute déchirée que vous êtes! J'en bénis Dieu et je le prie bien vivement de vous les continuer, de les augmenter à mesure que vous sentirez plus vivement votre perte.
Votre chère sœur laisse un vide que vous trouverez plus grand tous les jours. Il en est ainsi de ces chères personnes qui nous quittent et que rien ne peut remplacer. « Elle était nécessaire à voire
bonheur, c'était la joie de la famille. » Mots si touchants qui l'ont pleurer, qui font que je vous plaindrai toute ma vie de la triste séparation. Perdre une sœur, ne plus la voir, ne plus vivre ensemble, ma pauvre amie, oh! je crois bien que vous soyez désolée. Mais dites, dites toujours : « Nous nous reverrons au ciel, et là rien ne viendra nous séparer. » Oh ! bonheur d'une réunion éternelle ! que ce toujours console d'un instant de séparation! que l'âme chrétienne y trouve de calme et de force ! Vous surtout qui vous pouvez dire que votre Laure est au ciel. Ne l'enviez pas aux anges, elle fait leur bonheur comme elle a fait le vôtre sur la terre; une âme sainte fait la joie du ciel. Elle vous laisse bien tristes, mais du sein de Dieu elle vous dit : « Ne pleurez pas, je suis heureuse, et je vous enverrai bien des consolations. » Croyez-le, vous lui devrez bien des grâces, elle prie pour sa famille, vous protège et sera pour vous ce que saint François d'Hiéroûimo a été pour elle; tout le fait espérer : vous êtes sœur d'une bienheureuse; sa vie pieuse, sa mort sainte vous l'assurent, et font, comme vous le dites, que vous ne pleurez que sur vous.
Je vous suis bien reconnaissante de m'avoir écrit dans un pareil deuil, preuve d'auiitié qui me touche, dont je vous remercie tous les jours de cœur et de prières : je vous les dois à tant de titres. J'ai fait part de votre lettre à Marie, qui s'unit en tout à mes senmenta pour vous. Je suis chargée bien expressé-
ment de vous le dire de sa part et de celle de mon père. Nous vous prions tous de recevoir pour vous et chacun des vôtres l'expression de nos regrets, en commençant par M. et M'"* de Boisset. Quelle fille iU ont perdue! Mon Dieu, faut-il que leur cœur soit de si près et si souvent déchiré ! Que vos parents sont admirables de foi, de résignation! On est heureux d'avoir des parents chrétiens! Oh! que c'est vrai, ma pauvre Antoinette, le bon Dieu vous bénit, vous donne tout en eux.
Je ne vous quitterais pas sitôt, mais je crains de vous fatiguer. Dites -moi si vous voulez des lettres plus longues; vous en aurez : j'aime à consoler ceux qui pleurent, mais bien souvent on aime à pleurer seul. Encore merci de m'avoir écrit et donné des détails sur cette mort sainte. Gela m'édifie, me fait aimer Dieu davantage, afin de mourir avec ce calme, cette joie des saints. En efi'et, que pourraient-ils craindre? Aussi sainte Thérèse disait-elle à sa mort: « Pourquoi craindrais-je de mourir? Je vais toml^er dans les bras de celui que j'ai le plus aimé? » Notre fiaure en pensait autant. Gela donne envie de l'amour divin, d'être bien pieuse, bien pieuse. G'est sur la croix qu'on le devient, qu'on apprend, avec Jésus- Christ, toutes les choses du salut. Oh! oui, la croix! la croix! Gourage, vous qui la portez; du Gaivaire on s'en va au ciel. Ghère amie, que vous êtes heureuse aux yeux de la foi! Vous n'avez besoin que de foi\;e, la nature plie, succombe; mais encore Jésus
tomba trois fois dans le chemin du Calvaire. Je le prie bien d'être votre soutien.
Parlez-moi de votre santé, de madame votre mère, de M"® Blanche, tout de tous m'intéresse. Je me souviens, il y a un an, que j'étais dans votre famille, que vous étiez tous si bons pour moi. La congrégation se formait, et je dois à un ange de m'y avoir fait entrer. Cela reste au cœur toute la vie , et au delà.
Adieu, ma chère Antoinette; croyez bien que je vous suis attachée. Assurez aussi mesdemoiselles vos sœurs de mon affection pour elles. Rousou * a prié, la sainte fille, et priera encore.
Que fait Irène? et vos cousines de Gélis? Sans doute celles-ci ne doivent pas vous quitter. Si nous étions moins loin, vous auriez une amie de plus auprès de vous. J'arrivai hier soir d'Albi où j'étais aussi auprès d'une affligée, ma pauvre cousine Mathieu, infirme depuis un an. Oh ! que ce monde est bien une vallée de larmes I
1. Rose-la-Margnillière du Journal. Roiisou est le diminutif pa. toiB du nom du Uoso,
D'EUGENIE DE GUERIN. 131
A M"" LOUISE DE BAYNE.
Le 11 mai 1837.
Faut-il avoir du malheur, chère amie ! Deux occasions passées aujourd'hui sans que j'aie pu vous écrire, et, après m* être lamentée dans une grande page là-dessus, il a fallu que je l'aie écrite par mégarde sur le plan d'un jeu appelé y^w du Loup. Maudit loup qui me mange mon écriture! C'était plié comme un cahier, de sorte que j'écrivais en toute sécurité, lorsqu'au revers de la feuille j'ai vu ma bêtise*: toujours il faut qu'il arrive des accidents à mes lettres. Vous allez me trc\iter d'étourdie, je le mérite ; je mène sans réflexion mon papier, mais pas le vôtre assurément, il n'en est pas tombé au feu. Dès que je le tiens, je le serre dans mon bureau et dans mon cœur d'abord. Je vous garde aussi du loup. C'est un jeu du pasteur, que nous devons faire appliquer sur une planche, il faudra que je le montre avec mon écriture. Cela m'ennuierait, s'il y avait de l'intime, mais on ne verra qu'amitiés; tant mieux qu'on sache bien que je vous aime. Le pasteur vous connaît un peu et ne sera pas surpris de ce que je vous dis de tendre. Vous savez qu'il connaît mon cœur aussi, ou du moins ma conscience, ce qui fait que j'ai moins de peine de lui faire voir mes pensées.