‹ Lettres d'Eugènie de GuérinChapitre 22 sur 69 · Cf. \e Journal, p · texte numérisé non relu

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2. Cliaipaii, pn'-s d'AIbi, ajipaitonant au marquis Charles d'Ara- (.'on, pair du France.

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êtes bien bonne, et moi bien négligente envers mon amie que j'aime; car ne croyez pas que- je vous ai oubliée pendant ce long temps de silence. Il y a des occasions où le cœur parle sans qu'on s'en doute, sans qu'on l'entende même. Je vous ai dit tout bas bien des choses; mais, vous sachant toujours souffrante, je n'écrivais pas pour ne pas vous fatiguer de mes lettres. Dans ces occasions, l'écriture ennuie : la tête malade n'aime qu'à se reposer; mais puisque vous me demandez, me voici; je ne dis jamais non à l'amitié, à la vôtre si bonne et gracieuse pour moi. Je voudrais être assez près pour y répondre autrement que par quelques mots d'écriture. Nous nous verrions souvent si j'étais à Lisle, mais à cinq lieues d'intervalle il n'est possible que de se voir de cœur et de pensée.

De cette façon , je viens vous joindre souvent. Je vous ai vue bien triste, bien désolée à la mort de cette chère Laure, et j'ai bien pris part à vos regrets. Qui n'a regretté cette bonne et sainte et aimable amie que le bon Dieu nous a prise ? Mais elle est au ciel à présent; cette pensée vient adoucir les regrets, et porter le cœur plus haut que cette pauvre terre où tout passe. Notre âme s'en détache aisément quand elle voit s'en aller ceux qu'on aime : une personne qui nous manque en ce monde le fait changer tout à fait; plus de charme, plus de bonheur, et alors on pense au ciel. C'est ainsi que l'aflliction mène à Dieu. Bénissons Dieu de ce qu'il a fait de

nos peines une occasion de salut ; c'est nous faire semblables à Jésus-Christ, qui n'est entré au ciel que par ses souffrances. Il me semble, ma chère amie, que ces vues de foi adoucissent tout, font supporter tout. Que deviennent ceux qui ne les ont pas, que leur reste-t-il? ils sont bien malheureux, bien à plaindre. La sainte famille de Boisset est admirable de résignation : avec le cœur brisé, on leur voit une force d'âme étonnante qui les soutient sous la croix. 11 est temps que je vous parle un peu d'une autre àfiligée, de vous, ma chère, qui êtes si fort éprouvée de toute manière. Dites-moi, quand vous le pourrez, ce qui en est de votre santé, la pauvre santé si maltraitée par ces secousses. La mienne va bien, mais je suis triste. De mauvaises nouvelles nous sont venues de Paris. Mon frère est malade, assez malade pour que son médecin l'envoie respirer l'air du pays. Il paraît que le froid de Paris, la grippe et un excès de travail lui ont délabré la santé. Pauvre enfant! quel bonheur pour nous de le voir! Mais Dieu veut que ce bonheur soit bien triste. Nous l'attendons je ne sais quand ; il doit s'arrêter chez un ami pour ne pas tant se fatiguer en route. Je vous dis cela, connaissant l'intérêt que vous me portez; vous demandez d'nillcurs de mes nouvelles, les voilà (elles qu'elles sont. Priez pour moi et pour le malade.

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A M'i« ANTOINETTE DE BOISSET.

5 juin [183~].

Je suis bien contente aujourd'hui , ma chère Antoinette, me voilà tranquille sur mon frère. Il vient de nous écrire; sa santé se remet, cette chère santé qui nous a donné tant de craintes depuis quinze jours. Je ne vous l'ai pas dit, nous l'avona'eu bien malade, ce pauvre Maurice, à Paris, si loin de nous; c'était bien triste. Par bonheur, nous avons là d'excellents parents qui l'ont bien soigné; puis le repos et l'espoir de nous revenir l'ont aidé à se rétablir. C'était la grippe et l'excès de travail qui nous ont donné ces alarmes pour sa poitrine. Les médecins qu'il a consultés assurent qu'il n'a rien à craindre. Dieu le veuille, et me fasse la grâce de ne pas voir ma famille en deuil.

Nous n'avons eu que la menace, et c'est assez pour être malheureux. Je regrette encore plus vivement ceux qui éprouvent de ces pertes. Cent fois j'ai pensé à vous, chère amie, à vos malheurs si rapprochés, à ces deux pertes si douloureuses. Pauvre Antoinette! que je vous trouve à plaindre, que je vous vois aflligéç ! mais en même temps je bénis Dieu de la force que je vous trouve, de la grâce qu'il vous fait de vous aider sous la croix. Sans ce secours du ciel, vous auriez succombé, vous seriez morte de

tristesse. Ne vous gênez pas avsc moi pour la cacher; au contraire, ouvrez-vous, pleurez, parlez de tout ce qui vous touche, cela fait du bien et soulage l'âme; Dieu permet ce soulagement, et qu'après les consolations de la foi viennent celles de l'amitié. Rien n'est plus doux sur la terre, et notre divin Sauveur semble nous l'indiquer en voulant au pied de sa croix le disciple qu'il aimait.

Je ne vous dirai pas combien ces témoignages d'amitié me sont précieux, et surtout la sainte image. J'ai trop tardé à vous en remercier; je le fais aujourd'hui de tout mon cœur, avec l'expression d'une pieuse reconnaissance, car c'est pour moi chose sainte que cette image, une relique de vous et de celle qui est au ciel. Voilà bien des titres qui me la rendent précieuse.

A M"« LOUISE DE DAYNE.

21 juillet 1837.

Érembert vient de me dire qu'il avait quelque envie d'aller à la foire d'Albi; charmante envie qui me donne celle de vous écrire. Vous savez, chère amie, qu'elle me vient souvent : à la moindre occasion, au passage de tout ce qui passe, j'ai quelque chose à donner pour vous ; c'est si doux, si facile de

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VOUS envoyer des tendresses! C'est bien sans effort que je les tire du cœur, ou plutôt qu'elles sortent et coulent comme de l'eau sur ce papier. Si j'écrivais à toute autre, cette feuille serait différente, quoique je n'écrive guère qu'à des personnes que j'aime; mais les amitiés sont différentes, et je crois bien que celle que j'ai pour vous ne ressemble à aucune autre.

M"^ Lisette*, ma vieille amie, m'a écrit le mariage d'une de ses nièces; bonne affaire, mais qui m'a surprise : je croyais que Glotilde s'était fixée au ciel. Au demeurant, tant mieux que les personnes pieuses se marient, ce sont les bonnes femmes, les bonnes mères, bien mieux que les personnes du monde, qui s'engagent dans cet état sans avoir eu l'idée d'aucun devoir : aussi Dieu sait quel ménage ! Cette noce toute modeste a fait peu de bruit ; seulement les amis y ont pris part de cœur, et vous savez que M"' Lisette est aimée.

Antoinette ne m'a pas écrit depuis; ses lettres d'ailleurs ne parlent que de choses saintes : congrégation, sermons, indulgences, puis de sa sœur, qu'elle ne peut oublier, et Antoinette est une âme tout à fait hors du monde. Quand j'ai lu ses lettres, quelque chose m'attire au ciel : c'est une sainte.

Notre pasteur m'apporta l'autre semaine deux de vos lettres, une grande et une petite. Je vous y ai déjà répondu, mais merci encore; on ne se lasse pas

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