M. Hydo (le Nouvillc, l'ancien ministre de Ciiarlcs X
2. M»' Naiido, ('vf'que de Nevers, ué aux Angles, en Roussillon.
Marie a des passe-ports pour tous les couvents; il a été vingt ans père temporel des carmélites; aussi que de saluts et de saints compliments ! ^
Cette page est comme un journeZ, toute pleine de mes nouvelles; et les vôtres, les vôtres, chère Mimin, qu'elles m'ont fait plaisir et peine! Cette pauvre Eu-. phrasie vous a quittés brusquement, sans vous attendre à ce départ. J'ai bien regretté de la voir partir, elle vous coupait le temps, vous égayait par son rire, vous n'étiez pas seuls. Pauvres solitaires, ' que je pense à vous souvent ! Combien de fois je me place entre vous comme fait Wolffl Enfin, jusqu au retour. Je ne m'ennuie pas, que quelquefois, ma vie est assez variée; mais la vôtre, seuls, sans distractions, par ce temps d'hiver, me fait peme, et j y pense bien souvent. Il me tarde qu'Érembert vous revienne; ce sera, je pense, bientôt que vous le demanderez, mais je serais bien aise de le trouvera Paris. 11 attend, je pense, aussi mon retour.
Caro la charmante me presse tendrement de rentrer au logis. J'y trouverai de moins le bon M. Aubier, parti pour Boulogne. Maurice le trouvera de moins au dîner et le soir. Il a un charmant petit neveu que nous aimons tous; ce petit Bill est fort gentil et mon grand ami, il a dix ans. Caro aussi raime beaucoup. Maurice m'écrit qu'il découvre chaque jour en elle de nouvelles qualités, que sa piété s'éclaire de plus en plus, qu elle est charmante de douceur, d'attentions, et qu'il entrevoit du bonheur
avec cette petite femme. Dieu soit béni! Nous l'avons tant désiré.
Les nouvelles du moment sont de gloire et de deuil : la prise de la Yera-Cruz par nos troupes et la mort de la duchesse de Wurtemberg, la jeune princesse Marie d'Orléans, que tout le monde regrette; elle était bonne, belle, aimable et pieuse. Nous avons ici des visiteurs de Goritz qui disent merveille de Henri V ; en tout, pourtant, politique calme.
Ma pauvre tante est venue sur la charrette à bœufs! Dis-lui que cette idée m'a fait plaisir, que je pense à elle auprès d'une tante de M*"^ de Maistre, âgée et aimable, qui m'aime. Je conquête vieux et vieilles, c'est assez facile. Souvenirs à Marie; nous reprendrons notre correspondance à Paris. Louise me parle de deux lettres que tu lui as écrites. Je vous embrasse quatre fois tous deux. Llisa* a été bien aimable de te donner trois semaines; aussi aurat-elle une belle montre. La mienne marque bientôt onze heures. Bonsoir, je vais nre coucher. Souvenirs à tout le pays.
1. M''' Klisa Fontcnllles, coasine d'Eugénie, marée à M> Areène
Cûli'gry, pciiitro distini^ué de Toulouse.
D'EUGÉNIE DE GUKRIN. 84«
A M. DE GUÉRIN
An CAÏLA.
Paris, 20 janvier 1839.
Je vous ai écrit presque tous les jours un mot, mon cher papa. Aujourd'hui je veux vous écrire plus au long. Le bon général m'est venu voir dès qu'il m'a sue de retour de Nevers. Ce n'est pas, à vrai dire, tout à fait pour moi ces visites. Caroline lui convient tant, il la trouve si bien, il aime tant à le dire que je ne doute pas que notre Indienne n'ait sa bonne part dans l'amitié de l'aimable vieux. Un de ces jours il s'est trouvé ici comme Caro faisait une poupée à l'indienne pour les petites de Maistre. Il a été enchanté au point de travailler lui-même à la poupée et de vouloir demeurer jusqu'à la fin de la toilette qui, par malencontre, a été interrompue par des visites. Le marquis nous a quittés et le lendemain Caro lui a écrit que la dame indienne était achevée et serait charmée de lui être présentée, et voilà le bonhomme qui revient, passe avec nous l'après-midi et nous offre pour aujourd'hui de nous accompagner au Musée de peinture de M. Aguado. Nous allons donc y aller. On dit que c'est très-beau. De là, nous irons visiter l'intérieur du Palais-Royal. Il n'y a rien qiK! lous ne puissions attendre du bon marquis. C'est
une excellente faveur que nous a procurée Pulchérie; je l'en ai remerciée. Un paquet pour Rayssac va suivre avec ceci.
Mon cher papa, nous ne manquons pas d'amis à Paris. Que vous dirai-je de cette bonne et parfaite famille que je viens de quitter? Toujours nouvelles bontés et amitiés de leur part. Demain, samedi, grande et belle soirée chez M. de Neuville où j'étais engagée. Je céderai ma place à Éran qui accompagnera M"* de Maistre. Il y a une espèce de réunion des beautés de tous les pays, Anglaises, Allemandes, Espagnoles, et la belle ambassadrice des États-Unis. C'est joli à voir pour qui aime le monde. Je refuse tant que possible de sortir. Je ne pourrai pourtant pas me dispenser d'aller chez M. de Neuville, qui s'est montré si gracieux pour Érembert. J'ai vu la baronne* de Vaux, la Jeanne d'Arc de Henri V, qui, en JS30, ne demandait quecinquantehommesàunolTicierdela garde royale pour se défaire de Philippe, elle en tête avec son épée. C'est une femme homme d'énergie et de taille. La voilà toute à Dieu, visitant les prisons et exhortant les condamnés à la mort. Avec cela d'une simplicité charmante. On me fera faire encore d'autrès connaissances dont je vous parlerai. Tout cela ne fait pas que je ne pense beaucoup et beaucoup au Cayla et que le mois de mai ne soit attendu avec impatience. Je partirai même avec Érembert, si je le puis, au commencement du Carême.
M'"*' de Maistre et de Sainte-Marie vous envoient
D'EUGENIE DE GUERIN. «51
mille souvenirs. Elles ont trouvé Garo charmante; tout ce qu'on peut voir de plus ravissant, m'a dit Henriette. Le soir qu'elle les a vues elle était vraiment radieuse, — elle est mieux qu'avant son mariage. C'est une excellente petite femme, aux petits soins pour Maurice, comme Maurice pour elle. Ils sont heureux. Maurice se conduit parfaitement. Il vaut cent fois mieux que l'an dernier, comme il m'a dit lui-même. C'est toujours même confiance en moi. Nous causons souvent intimement. Il tarde à ce cher Maurice de vous voir. Le Mimin lui revient souvent. Nous serons tous heureux de nous revoir au Cayla. Samedi, je penserai à toi, Mimin, à Saint-Thoma3 d'Aquin où nous allons entendre l'abbé Dupanloup qui doit, au reste, y prêcher le carême. L'on ne manque pas d'instruction en Dieu à Paris, mais les instruits sont bien rares. Plus on voit le monde, plus on est frappé de son ignorance des choses essentielles. — La sœur d'Yversen nous vient voir de temps en temps. Elle me parla de M"'*L***qui voudrait nous voir; mais nous avons déjà tant et tant de monde à voir que je perds l'envie de connaissances nouvelles. Tout le temps se passe en toilette, en visites à faire ou à recevoir, presque rien pour lire ou travailler. Les Lastic sont venus. M'"* de La Renaudière *, les Barry, famille anglaise qui aime beaucoup Maurice, une infinité d'autres dont je ne sais pas même le nom,