AU COMTE XAVIER DE MAISTRE
[Aux Coques, avril 1839.|
Monsieur,
Une feuille de rose jamais n'embarrasse, disait, je crois, un poëte persan. Aimable idée, qui semblerait de vous, et dont s'enveloppe cette feuille de papier, pour se joindre au bouquet de jolies choses que vous adresse mon amie. Daigneiez-vous agréer cela, monsieur, et mes hommages de remercîments pour ce cahier de poésies que vous avez eu l'indulgence de lire ? Rien de plus heureux ne leur pouvait arriver, et votre opinion surtout, si flatteuse, sera à jamais ma plus belle couronne poétique. Je n'en espérais pas tant, et n'en ambitionnerais pas davantage. Je n'ai nul désir de gloire, et les conseils que vous voulez bien me donner sur ce sujet sont tout l'accord de mes idées. Renommée ne fait pas bonheur, plus d'un grand homme peut le dire ; à nous autres femmes surtout, les grandes sphères ne conviennent pas : Dieu nous les a faites petites, comme aux fleurs. Oh ! je ne voudrais pas en sortir, mais on m'a dit que Dieu ne faisait rien en vain, et que le
1. Voyez à la fin du volume la lettre du comte Xavier de Maistn' qui a doiim^ lieu à celle-ci.
don d'intelligence devait servir à sa gloire où qui) se trouvât départi.
Oh I chantez, chantez donc, vous qu'il fit pour chanter.
Ainsi m'est venue la pensée de mes Enfantines, petites poésies à la portée des enfants, but utile à mes inspirations; avec une espérance, l'espérance du pauvre Homère : «Donnez quelque chose pour mes chants.» Ressource utile à mon père, idée que j'ai au cœur, comme Prascovie celle d'aller à Moscou.
Yoilà, monsieur, mon petit rêve, que vous avez flatté de votre belle opinion , au point d'en faire une réalité. Vous donnez vie au talent que vous avez trouvé, qui s'entend dire par vous qu'il peut faire ce qu'il voudra : il en est tout fier, et bien fort de votre approbation conquise.
Veuillez agréer l'hommage de tous mes lauriers en espérance, et, ce qui est plus certain , les sentiments de profond respect avec lesquels j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre très-humble servante.