‹ Lettres d'Eugènie de GuérinChapitre 45 sur 69 · A M"^ EUPHRASIE MATHIEU · texte numérisé non relu

A M"^ EUPHRASIE MATHIEU

Samedi soir [27 juillet 1839J.

C'est au son de la cloche qui annonce la neuvaine Je ce pauvre Maurice que je viens te parler de lui et de notre chagrin, ma chère Euphrasie. Je ne sais parler d'autre chose. Mon cœur, mon âme, ma pensée, tout en moi est en ce cher frère. Tu comprends cela, toi qui l'as connu, qui sais tout l'attachement que nous lui portions, toute l'amitié qui nous liait l'un à l'autre. Dieu nous a séparés, nous a mis bien loin, l'un au ciel, l'autre sur la terre. Mais nous nous rejoindrons bientôt, la vie n'est pas longue. Ce sont des croix qui en détachent, et de tout, ma chère Euphrasie. Tu as éprouvé cela naguère. A chacun son temps de larmes, d'épreuves; temps de mérite, trésor du chrétien, quand on le prend comme il faut, (ih! que la foi alors est bonne, qu'on est heureux de se consoler devant Dieul Prions bien, chère amie, pour ce cher Maurice, pour ces chères âmes qui non» quittent. La prière, c'est tout ce qu'on peut leur donner.

{ Je te remercie bien, chère Euphrasie, des expressions fiuchanles de ton amitié, de la part que tu prends à notre malheur. Connne nous, avec nous, tu

D'EUGENIE DE GUERIN.

regrettes ce cher, cet aimable Maurice. Son nom que j'aimais tant à présent me désole, et cependant je le dis sans cesse de cœur. Mon Dieu, quel sacrifice! quel triste retour de noce! Ainsi tout change. La providence n'a pas nos vues. Bénissons les siennes, quelque douloureuses qu'elles nous semblent. Ce qui nous fait pleurer maintenant sera peut-être un jour notre joie. Au ciel tout change. Ce qui ne changera pas dans mon cœur, c'est, ma chère Euphrasie, l'affection que je t'ai vouée. Mimi t'embrasse.

A M"« LOUISE DE BAYNE.

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