‹ Lettres d'Eugènie de GuérinChapitre 65 sur 69 · Deuxième volume, livraison du samedi ..'1 mai IH · texte numérisé non relu

Deuxième volume, livraison du samedi ..'1 mai IH

papiers et causera volontiers avec vous sur ce qu'il contient.

Je ne sais si M. Morvonnais est revenu ou non à Paris. S'il y est encore, veuillez l'assurer de mes allectueux souvenirs, et lui dire que je regrette de n'avoir pas reçu les volumes de ses œuvres qu'il avait eu la bonté de vouloir m'envoyer en arrivant à Paris. Je lui indiquais pour cela l'adresse de M. Raynaud, que je lui indique encore, s'il est possible à ce bon M. Morvonnais de me faire cet envoi.

Voilà toujours des missions dont je vous charge; mais je connais votre infatigable zèle, et puis comptez, monsieur, sur mes sentiments de reconnais" sauce.

A M. II. DE LA MORVONNAIS

Au chiteau du Cayla, 3 janvier 1845.

En attendant de vos nouvelles, mou bou poëte, je ne vous écrivais pas ; mais voici la saison des vœux et je viens vous offrir les miens ou plutôt vous parler de ceux que j'adresse au ciel pour vous , car c'est d'en haut que vient le bonheur. Je voudrais voir desceiidie sur vous tout celui que Dieu peut donner, c'est-à-dire un bien infmi. Mon, ce ne serait pas plus que je ne vous désire. Mais en cela le cœur est assez peu exaucé, du moins dans le trajet de la vie. Dieu

tes LETTRES

n'a point promis de nous la rendre heureuse, depuis que nous avons perdu la terre de félicité. Mes souhaits donc ne se renferment pas dans le temps, c'est à des biens célestes qu'ils s'attachent pour vous. Ceux-là seuls me semblent dignes de vous appartenir et en rapport avec votre âme poétique et chrétiernie. Sa voix , que je connais , me paraît bien loin d'icibas : c'est un oiseau qui chante en montant

Et à propos de vos chants, j'ai bien des regrets, c'est de n'avoir point reçu les œuvres que vous m'avez promises avec tant de bonté. 11 y a déjà longtemps de cela, je conserve les dates quand elles marquent au cœur. Ce que je crains, ce n'est pas un oubli de votre part (l'oubli entre la Bretagne et le Cayla est impossible); ce que je crains donc, c'est qu'il y ait eu des empêchements malheureux à cet envoi. Vous me le faisiez espérer de Paris le mois de juin dernier. Peut-être ce voyage a-t-il été différé par quelque maladie. Votre santé est assez frêle pour donner de tristes interprétations à votre silence. Et chez moi la pensée de la mort s'avance vite depui;: que j'ai vu mourir. Otez-moi donc de peine, m(.n doux poëte; écrivez- moi une de ces bonnes lettres bretonnes que j'aime et qu'il faut à mon amitié pour 'ami de mon cher Maurice. Oh ! mon cher Mauice! il m'eût fait aimer un serpent; jugez de ce qu'il m'a laissé au cœur pour vous qui lui avez été si gracieux et si bon.

Je ne sais pourquoi M. Quemper ne me répond

D'EUGENIE DE GUERIN. 469

pas sur un envoi que je lui ai fait , qui contient une partie des productions de notre cher Maurice. Désespérant d'eu avoir le complet recueil, j'avais pensé que ceci pourrait faire une petite publication de choses fort distinguées. Il y a toutes ses poésies, ses lettres cà vous, et plusieurs à difîerentes personnes du temps qu'il était à La Chênaie. Je priais M. Quemper d'ouvrir ces papiers à M. Pitre, et de se concerter avec ce monsieur et vous, pour aviser à leur publication. S'il n'y avait pas lieu, je me résignerais au silence et à renfermer pour jamais ces précieux écrits, cette âme de l'âme du poëte, dans une urne funèbre à côté de sa tombe. Mais j'attends toujours une réponse de M. Quemper. Je suis si certaine de son obligeance et de son dévouement pour la mémoire de Mauiice, que son silence me surprend beaucoup.

Je vous ai dit ceque j'éprouvais du vôtre, mon bon monsieur, et vous comprenez assez par là l'accueil que recevra votre lettre. Parlez-moi de votie chère petite Marie que j'aime, et ce n'est pas nouveau. Il n'y a pas longtemps que, parcourant un Journal que j'écrivais à Maurice, j'ai rencontré une longue page sur cette enfant du Val '. Avec quelles tristes délices je me suis arrêtée sûr ce gracieux visage et çur ce gracieux endroit!

Les jours s'en vont, mais le temps n'effacera pas en moi le souvenir des chères et saintes mémoires.

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