A M. ALEXANDRE REY A PARIS
Veytaux, 19 novembre 1865.
Cher ami. Ce livre est le fruit de mon exil, parti du fond de mon exil. Jusqu'ici, les historiens ont considéré la Révolution comme un triomphe et ont donné la raison de ce triomphe. Pour moi, j'ai vu la Révolution dans ses jours de défaite. J'ai cherché les motifs de la disproportion qui existe entre les sacrifices et les résultats obtenus. Combien cette différence de point de vue change la face de l'Histoire : La critique de la Révolution, au nom de la Révolution. Elle sera le plus contredite.
C'est une chose cruelle d'imaginer que des idées méditées si longtemps, depuis quatorze ans,soient lancées dans le^ monde, sans pouvoir au moins être expliquées par l'auteur à ses amis. C'est ma conscience que j'envoie dans ce livre à des inconnus indifférents ou ennemis.
Faites-lui écho. Qu'au moins une âme me réponde.
Votre
EDGAR QUINET
CCCCLXXXVII
A PARIS
Veyianx, 22 novembre 1865.
Depuis quatorze ans, je vis en face de Téternelle justice. Voilà ce qu'elle a mis sous ma plume.
Mon ouvrage sera très attaqué par les petites églises jacobines qui ne permettent pas que Ton porte l'esprit d'examen dans leur passé. J'ai voulu renouveler l'Histoire de la Révolution en y faisant entrer la justice pour tous. Ce sera mon crime aux yeux de beaucoup de gens robespîerristes, bonapartistes, ultramontains. Malgré cette belle coalition, il s'agit de faire faire un pas véritable à la liberté et à la démocratie, en profitant de nos rudes expériences.
Ce que je vous envoie, c'est l'enquête d'une conscience sur les hommes, les faits, les événements.
On essayera de dénaturer ma pensée, on n'y parviendra pas.
Recevez, Monsieur, etc.
EDGAR QUINET
CCCCLXXXVIII