‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 9 sur 233 · A M. S. QUA6LIARELLA A RUVO DI PUGLIA · texte numérisé non relu

A M. S. QUA6LIARELLA A RUVO DI PUGLIA

Vcytaux, 13 août 1865.

Monsieur^

Tout mon désir est de servir en quelque chose Tltalie. Je suis heureux de voir que mes ouvrages sont en ce moment mêlés au travail de l'affiranchissement de votre noble patrie.

M. Monténégro, qui a traduit et publié les Révolutions d'Italie, est occupé, je crois, à publier la traduction du Génie des Religions, Je consens bien volontiers à vous donner l'autorisation que vous me demandez, elle ne peut concerner que les volumes qui ne sont pas traduits. Si vous êtes pauvre comme moi, je ne réclamerai aucun droit de traduction. Dans le cas contraire et d'après les résultats prévus de la publication, vous ferez ce qui vous paraîtra juste et convenable à mon égard.

Je tiendrais à ce que vous vous missiez en communication avec M. Monténégro et qu'il fût averti de vos projets.

Recevez, etc.

EDGAR QUINET

CCCCLXXXIII

A M. BÀRNI A GENÈVE

Veytaux, 13 août 1865.

Fermeté, élévation, justice, juslesse, vérité, voilà ce que je trouve à chaque page. Ce grand xviii* siècle a donc trouvé un défenseur après tant de reniements.

Puisse la France vous entendre et se frapper la poitrine! Qu'elle fasse son Confiteor en vous lisant, et les philosophes lui pardonneront, car ils sont charitables. Encore un bon livre qui vient de Texil. C'est ainsi que les proscrits se vengent de la proscription.

Je vois bien que je ne pourrai aller au Congrès de Berne; mais j'aurai une lettre à écrire et j'ai bien envie de vous en charger, si cela ne vous contrarie pas.

Amitiés.

EDGAR QUINET

LETTRES D'EIIL. 21

CCCCLXXXIV

A M. DESOR A NEUGHATEL

Veytaux, 28 août 1865.

Monsieur,

Ne vous effrayez pas trop de voir de nouveau mon écriture. Je prends la liberté de recommander instamment à votre sympathie une dame célèbre par ses fondations de Jardins d'enfants d'une partie de l'Europe : madame la baronne de Marenhollz qui se recommande suffisamment elle-même. C'est une des personnes que je respecte et vénère le plus. Sa vie n'est qu'un dévouement à l'éducation populaire.

Ne connaissant pas votre adresse à Berne , j'ai prié M. Dunoyer de vous remettre la lettre que j'adresse au Congrès ^ Vous l'aurez sans doute reçue, et j'espère que rien ne s'opposera à ce qu'elle soit lue dans l'Assemblée. J'y avais joint une lettre pour vous, qui vous sera certainement parvenue.

Veuillez encore une fois, Monsieur, agréer mes remerciements pour cette belle hospitalité de votre châlet

1. Voyez Lettre au Congrès de Berne. Livre de TExilé, page 397.

qu'illustrent vos hôtes et dont je n'ai su et pu profiter. Croyez à tous mes regrets. Recevez, etc.

EDGAR QUINET

CCCCLXXXV

A M. DESPOIS A PARIS

Veytaux, 19 novembre 1865.

Monsieur,

C'est aujourd'hui seulement^que j'échappe au travail -dans lequel j'ai été enseveli depuis plusieurs années. J'avais dû interrompre] mes correspondances les plus urgentes. Mon plus grand regret a été de ne pas vous remercier de votre livre si excellent, si varié et d'une si bonne trempe les Lettres et la Liberté. Je vous ai lu avec avidité, avec entraînement, si je n'ai pu vous écrire. Savez-vous quel est le vif regret qui me prend en vous lisant? C'est de vous avoir vu sijpeu, à peine en courant, dans le premier émoi de l'exil. Ces heures-là ne s'oublient pas.

Aujourd'hui, Monsieur, vous avez dû recevoir mes deux volumes la Révolution. Si j'étais en France, j'expliquerais mon point de vue. Mon livre est seul. Il va seul et sans moi en France. Bien des malentendus

peuvent et doivent inévitablement se dresser contre moi.

Vous n'êles pas enchaîné aux anciens formulaires. Vous voulez que Ton fasse rentrer la vie dans nos traditions historiques et révolutionnaires. Et cela ne se peut qu'en y appliquant la liberté d'examen, comme à toute époque du monde.

Où nous ont conduit les idolâtries? Vous le vovez mieux que personne. Osons regarder en face nos propres adorations. C'est le commencement de l'affranchissement véritable.

On peut tirer, je n'en doute pas, un immense parti de mon livre pour la liberté; car il a été écrit de la première ligne à la dernière dans le sentiment et le deuil de la liberté.

Emparez-vous, Monsieur, de ce qui en est le fond et l'âme. Ne laissez pas cette âme périr sans écho. Ce serait, j'ose le dire, un mauvais signe de jours mauvais. Conjurez ce sort.

EDGAR QUINET

CCCCLXXXVI

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