‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 11 sur 233 · A M. ISAMBERT A PARIS · texte numérisé non relu

A M. ISAMBERT A PARIS

Veytaux, 22 novembre 1865.

J'ai osé rompre les sept sceaux consacrés du livre de la Révolution et y faire enlrer Tesprit d'examen. Comment parviendrons-nous jamais à la liberté, si nous sommes esclaves de la lettre au point de n'oser envisager librement nos traditions? Ce doit être là, au contraire, le premier degré dans la régénération de la démocratie. Regarder son passé et le juger ! Il le faut, si l'on veut faire un pas en avant. Aidez-moi dans ce combat que je livre à tous les genres de despotisme, car je les aurai tous contre moi. Je compte sur les esprits capables de se renouveler. Ils sont la légion qui fera le grand avenir.

Votre tout dévoué.

EDGAR QUINET

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A M. LÉON PLÉE A PARIS

Veytaux, 29 novembre 18C5.

Monsieur,

C'est vous qui, en 1852, dans les premiers jours de mon exil, avez écrit de courageux articles sur mes Révolutions d'Italie. Je n'ai pas oublié, croyez-le bien,, cette intervention si noble de votre part en des jours ou presque tous gardaient le silence. Je vous en garde un souvenir reconnaissant. Aujourd'hui, Monsieur, c'est mon ouvrage toll^t7oiî*rton qui va vous remercier à ma place. Commencé en 1854, cet ouvrage n'a pas été écrit dans la pensée d'une polémique sur un point particulier. Il embrasse toutes les questions que notre grande Révolution soulève. Dans un si vaste horizon, je ne puis espérer rencontrer une conformité absolue d'opinion dans chaque chose, mais assurément, Monsieur, vous trouverez dans les deux volumes l'amour et le deuil de la liberté depuis la première ligne jusqu'à la dernière.

Je demande aux hommes de cœur et d'avenir de publier leurs opinions sur les idées et les faits nouveaux que je présente à l'examen public. Ce travail, auquel je les convie, peut avoir d'importants résultats.

Voyez, pesez, examinez, dites, si vous le voulez, les plus petites divergences,mais dites aussi les grandes conformités, dans les grandes choses. La lumière ramènera la vérité, et la vérité la liberté.

Recevez, etc.

EDGAR QUINET

A M. LAURENT PICHAT A PARIS

Veytaux, 29 novembre 1865.

Mon cher Monsieur,

Vous n'avez certes aucun besoin d'acquérir de nouveaux droits à l'estime et à la sympathie de tous. Mais c'est un besoin pour moi de vous dire que celte condamnation vous fait autant d'amis qu'il y a de gens qui vous connaissent. Ils vous suivront de cœur et d'esprit dans la prison. Quand vous serez seul, veuillez vous souvenir de moi, je serai là à vos côtés.

Vous avez dû recevoir mes deux volumes, la Révolution, que je vous ai fait adresser. On sera d'abord effarouché peut-être, de voir la liberté d'examen portée sur des points où elle ne se montrait pas. On examinera, on discutera. Du moins, c'est ce que je désire. La conscience publique pourrait se réveiller et se refaire danô

ce travail où je convie tous les gens de cœur et d'avenir. Mes poignées de main au prisonnier. Ma femme se joint à moi pour vous envoyer ses plus sympathiques souvenirs.

EDGAR QUINET

A M. SAINT-RENÉ TAILLANDIER A PARIS

Veytaux, novembre 1865.

Votre lettre, cher ami, me fait la plus grande joie du monde, parce que j'y trouve le vrai accent de l'amitié. J'écris de mon côté à Buloz, à Roujoux près Chambéry; il ne peut pas nous refuser. U Avenir national^ avec sa petite chapelle, taille sa plume et me déclare d'avance la guerre. J'ai commis le crime d'établir que la liberté doit être fille de la liberté et non pas du despotisme et de la terreur.

Si Ton m'aide, nous pourrons rendre un bien grand service en vidant la question.

La clef et la nouveauté de ce livre, c'est la critique de la Révolution au nom de la Révolution.

Emparez-vous des vérités qu'il contient, examinez-les, pesez-les, éclairez-les. Il s'agit de refaire la conscience.

Il va sans dire que c'est votre conscience elle-même qui parlera avec la pleine liberté qu'elle suppose.

Vous verrez un grand sujet que j'ai traité avec une complète indépendance. Vous y joindrez le jugement et rame d'un homme de bien. Être utile à la vérité, servir la justice! Ce serait un triste signe qu'un ouvrage consacré à la vérité seule, ne trouvât point d'écho en France.

Adieu, bien cher ami, je vous aime de tout mon cœur.

EDGAR QUINET

CCCCXCII

A M. CHASSIN A PARIS

Veytaux, 1" décembre 1865.

Voilà donc, mon cher ami, la grosse artillerie de V Avenir national t Eh bien, franchement, je lui dois un bon somme de cette nuit. Rien de plus creux et de plus vide. Un point à noter : C'est un scandale pour lui de dire qu'il n'y a pas de proportions entre les sacrifices faits dans la Révolution, et les résultats obtenus. Mais, si c'est là un scandale, de quoi se plaignent donc les oppositions, (les libéraux, les républicains et les socialistes?) S'il y a une juste proportion entre les efforts et les résultats

acquis, nous devons tous être charmés de ce que nous voyons et subissons.

Je savais bien qu'il y a des démocrates qui ne se sont pas même aperçus du 2 Décembre ; ils n'en souffrent en rien. Pour ceux-là, je dois faire scandale, rien de plus vrai. Mais aussi, qu'est-ce donc que leur opposition? Le premier effet de mon livre est d'en montrer le creux, le vide, le stérile néant, et les voilà qui le confirment euxmêmes.

Autre point du catéchisme : c La Révolution est une chose entière. :» Ou cela ne signifie rien, ou cela veut dire que chaque instant^ chaque homme, chaque fait de la Révolution doit être interdit à l'examen. ^ Anathème sur quiconque ose penser et discuter. »

Voilà tout ce que j'ai pu recueillir dans ces trois colonnes au moins. Il y a de la colère. Et c'est déjà un bon résultat. Cela vaut mieux que la léthargie accoutumée.

Vous ne me dites rien de l'admirable article de Nefftzer*, il constate l'important : l'effet sur le public. L'effet sur le public prouve une chose : il y a encore une âme en France! Sortons des sectes ! Réchauffons cette âme, et la vie reviendra.

Les brutalités de F Avenir national ne me font rien du tout; elles constatent qu'il est permis aux amis de la Révolution de guillotiner les grands hommes de 93, mais non de les discuter.

Ce qui me fait grand plaisir, c'est l'article de Nefftzer,

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