III
tice. Il nous arrive trop souvent de nous croire presque seuls.
Nous avons pu parler de vous avec mademoiselle Hortense. Remerciez-la encore du bien véritable qu'elle nous a fait. Amitiés dévouées à vos chers parents et à tous les vôtres. Combien je pense à Victor Chauffour !
Recevez, chère Madame et amie,letémoignagne de ma douleur et de mon dévouement.
EDGAR QUINET
DXCV
A M. CHARLES DOLLFUS A PARIS
Veytaux, 21 janvier 1867,
Monsieur,
Avant tout, il faut que je vous remercie encore des bonnes heures que je dois à la Revue Moderne, Elle m'arrive avec une fidélité tout amicale; le froid, la neige haute de deux pieds, ne l'arrêtent point. Ah! Monsieur, quelle excellente et rare amie je vous dois!
Je vous devrai plus encore, si vous pouvez entrer dans le petit projet que je vais vous dire. Un de mes amis de Genève, M. Bétant, était, de iStb à 1829, secrétaire de Capo d'Istria, en Grèce. C'est de plus un helléniste fort
distingué, auteur de travaux très estimés sur Thucydide. Après trente-six ans, il a eu la curiosité de revoir la Grèce. Il en revient, après avoir reçu beaucoup d*ovations. Je lui ai conseillé de raconter pour le public ce qu'il a vu; ill'a fait, à ma requête, simplement, en se contentant du trait important, caractéristique. C'est la Grèce ac> taelle sans phrase. En lisant ces douze lettres qu'il m'adresse, j'ai pensé qu'elles pourraient tenir une honorable place dans la Revue Moderne. Je serais charmé que vous ne vissiez aucun obstacle à leur donner cette hospitalité. Dans tous les cas, je vais inviter H. Bétant à vous adresser son manuscrit de cinquante-six pages. L'intérêt que la Crète a tout à coup rendu à la Grèce vient bien à propos et vous recommande, bien mieux que je ne puis le faire, les pages de mon ancien compagnon de philhellénisme, dans la guerre de l'Indépendance. Recevez, Monsieur, etc.,
EDGAR QUINET
DXCVI
A M. JULES FERRY A PARIS
Veytaux, 23 janvier 1867.
Cher Monsieur et ami. Voilà donc le couronnement! Il est digne de l'édifice. Le gouvernement fait son rôle;. il fait bien! Mais la France! mais l'opinion!
iU LETTRES D*EXIL.
Une seule chose gênait le gouvernement et tendait à réveiller un peu l'esprit public. C'était la discussion de l'Adresse. Tous les discours, convergeant à un même effet, finissaient par réveiller les sourds. C'est précisément là ce qu'on supprime. On confisque une réalité qui était entrée dans les mœurs. Puis, à la place, on donne des mots. Et les Français sont contents de cette échange! La presse, leur dit-on, va rentrer dans le droit commun. Oui, dans le droit commun de Dracon, sans jury, etc. Mais à quoi bon en dire davantage sur ce piège grossier, brutal, toujours le même, et toujours bienvenu, qui consiste à couronner un bon verre d'arsenic avec un peu de vin bleu delà Courtille, sucré sur les bords! Allons, bois cela et va dormir! Voilà ce que nous allons entendre de centaines de milliers de voix.
Et les interpellations, ajoute-t-on. J'en ai vu le jeu dans des assemblées libres. C'est, je vous assure, une piètre chose. Et ce jeu, espacé à de lointains intervalles dans toute une session, ne produit sur l'esprit public aucun effet durable.
On m'écrit d'Allemagne que tous les journaux allemands se sont occupés de mes articles. La presse de M. de Bismark voudrait bien faire croire que c'est là une déclaration contre l'Allemagne.
Croiriez-vous que Buloz me fait les plus vifs reproches de ce que je n'ai pas envoyé ma France et Allemagne à la Revue des Deux Mondes ? D'un autre côté, l'administration du Temps se plaint de ce que le journal n'est pas mentionné stir la couverture. Mon ami, M. Chassin, sans lequel j'aurais été souvent dénué de toute aide, a reçu des
reproches que franchement il ne mérite pas. Veuillez, cher Monsieur et ami, jeter un peu d'huile sur ces flots agités. Mon Dieu , qu'il est difficile de satisfaire tout le monde en ce temps-ci ! Vous, du moins, croyez à mes sentiments les plus dévoués.
EDGAR QUINET
DXCVII